CHAPITRE DIX-HUITIÈME
été le tradacteai* parmi nous, n* hésite pas à porter la date de l'original à deux siècles avant Moïse. Ses points de coDtact avec le récit biblique sont nombreux. Et cependant, malgré cette concordance et la probabilité d'un même point de départ, on se trouve ici en présence de deux traditions distinctes. La version de Moïse se rapporte à un peuple continental. Le poëme chaldéen s'applique au contraire à une population maritime; les expressions nautiques y sont trop caractérisées pour en douter.
Toutefois, si les deux versions sur le déluge se ressemblent par leur côté matériel, elles diffèrent sous le rapport moral et dogmatique.
De la théodicée des tablettes d'Érech à celle du Pentateuque , il y a aussi loin que de la théogonie d'Hésiode ou du Mahâbharathaà celle de l'Évangile.
La priorité du poëme chaldéen, en l'admettant comme un fait constaté, ne servirait donc qu'à faire* ressortir la supériorité de la doctrine juive sur la doctrine des habitants des bords de l'Euphrate. Elle nous autoriserait, en même temps, à demander à quelle source Moïse, qui n'est venu qu'après, a pu apprendre à épurer la sienne '. Dans le récit chaldéen
Avec un grand nombre de tableUcs, M. Smiili a aussi d<5couvert dix-sept lignes de la première colonne, contenant le récit chaldéen du déluge. (Assyrian discoveries. jin account of explorations and discoveries on the site of Nineveh during 1873 and 1874, by Georges Smith. London, Sam[)son and Low, 1875.)
» M. Grégoire, la Bible et Vaesyrio'ogie [Revue des questions lastoriffueSf avril 1873).
on retrouve le vaisseaa construit sur des mesures données par les dieux mêmes, le choix des hommes et des animaux qui doivent y prendre place, l'envoi de la colombe qui doit s'enquérir du point où en est l'inondation , l'arrêt de l'arche sur le sommet d'une haute montagne, le sacrifice au sortir du vaisseau, le nouveau pacte du ciel avec les hommes. Ce récit n'est lui-même qu'un fragment d'une vaste épopée chaldéenne dont Xisuthrus (Noé) et Isdubar, THercule babylonien, seraient les héros.
« La découverte d*un poème épique sémitique a été une chose inattendue; elle a renversé tant d'idées préconçues sur la race de Sem, elle peut, en même temps, jeter un jour si nouveau sur les origines littéraires de l'antiquité, qu'il n'y a rien d'étonnant dans l'empressement des assyriologues à expliquer les précieux fragments de briques qui nous ont conservé intactes, à Ninive, pendant tant de siècles dans le palais de Sardanapale, ces vieilles légendes , dont personne ne soupçonnait même Texistence *. •
Dès 1863, M. Fox Talbot fut le premier, en Angleterre , à en hasarder quelques explications. Puis vint M. Lenormant en 1872, dans son essai de Commentaires des fragments cosmogoniques de Bérose.
La tâche de ces savants ne fut repdue possible que lorsque, en 1873, M. Smith eut découvert et traduit le
1 Pohbiblion, avril 1875.