CHAPITRE DIX-NEUVIÈME
formation graphiqae et les caractères de son alphabet.
L'évidence de cette origine sémitiqae est démontrée par M. de Saulcy, dans une série de brochures publiées de 1847 à 1850.
A Taide de son alphabet et de quelques groupes idéographiques parfaitement circonscrits et déterminés par lui, on passe sans difficulté des textes trilingues de la Perse aux inscriptions unilingues de Ninive et de Babylone. Le docteur Hlncks et le colonel Rawlinson ont poursuivi énergiquement cette étude.
Grâce à leurs efiforts réunis, la seconde moitié du dix-neuvième siècle a pu entrer en possession d'une langue morte et perdue depuis vingt-cinq siècles. Nous avons pu entendre la voix de ces grandes cités; c*est la voix des vrais fils de Sem qui, des bords de la Mésopotamie, ont protesté contre les conceptions fantaisistes de nos critiques contemporains. Jusquelà, observe M. Menant, on ne connaissait du monde sémitique qu*un groupe fort restreint; et, à son égard, on avait épuisé tout ce qui pouvait être dit sur le peuple juif et le développement de Tlslam >.
Lorsqu'en f 847 M. Renan publia son ouvrage sur l'origine et l'histoire des langues sémitiques, il fit un livre attrayant, attrayant comme tout ce qu'il a écrit, attrayant comme un vrai roman.
1 Menant, pp. 206-208.
Mais , ponr un livre complet, les documents manquaient.
Cet esprit si généralisateur ne pouvait entrevoir qu'une face de la question, et les quelques inscriptions phéniciennes qu'il possédait déjà ne servaient qu'à mieux laisser pressentir tout ce qu'il y avait de vague et d'hypothétique dans une pareille théorie.
La lecture des cunéiformes est venue élargir tout à coup l'horizon; elle a produit une révolution; et, comme valeur philologique, l'importance des découvertes de l'épigraphie ninivite et babylonienne est telle, que le docteur Hincks a pu dire : « L'idiome assyrien est appelé à jouer, au milieu des langues sémitiques, le rôle du sanscrit au milieu des langues indo-européennes*. »
Toutefois, quelque riches et fécondes qu'aient été ces découvertes, elles n'ont point désarmé la critique.
« Comment peut-on admettre, dit M. Renan ', que des peuples aussi civilisés que les Ghaldéens et les Assyriens se soient contentés, et pendant si longtemps , d'une écriture aussi incommode et aussi barbare que l'écriture des cunéiformes? » L'abondance des tablettes trouvées à Ninive et à Babylone répond à l'objection : le fait est là, il est patent; et sous nos yeux, chez les Chinois et chez les Japonais, l'antiquité
^ Préface de M. Menant, avril 1864.
' Journal des savants, 1859, mars, avril, mai.