‹ Voyage au pays de Babel; ou, Explorations à travers la science des langues et des religions: ouChapitre 127 sur 137 · CHAPITRE DIX-NEUVIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIX-NEUVIÈME

de leur civilisation les a-t-elle empêcliés de conserver jusqu'à nos jours une écriture tout aussi incommode et tout aussi barbare?

D'ailleurs, continue le critique, qu'est-ce qu'une langue sémitique dont l'écriture se lit de gauche à droite, et quel degré de confiance accorder à des traductions qui nous révèlent des faits inconnus à l'histoire, tels que le polythéisme des Sémites? Ces traductions, en définitive, ne reposent que sur un alphabet syllabique, idéographique et même quelquefois polyphone. Dès lors, n'y a-t-il pas lieu de penser que les savants, qui se donnent ainsi le privilège de déchiffrer une pareille langue, ont créé, à leur guise ou à leur insu, une langue factice, et que, mis en présence, il leur serait bien difficile de s'entendre et d'établir des moyens de contrôle? Le défi était jeté; la critique demandait des preuves ; c'était son droit et son devoir. La Société royale asiatique de Londres se chargea de les lui fournir; c'était en 1857. On venait de recevoir au British Muséum des inscriptions cunéiformes qui n'avaient point été traduites, celles qui recouvraient les prismes de Téglath-Phalasar.

1 M. Fox Talbot, déjà connu par ses travaux assyriologiq^aes , dut à l'obligeance des administrateurs du Musée la connaissance d'une épreuve lithographique de cette longue inscription. Il en envoya une traduction sous pli cacheté à la Société asiatique , en engageant cette société à provoquer des traductions indépendantes du même monument, pour les com-

parer ensuite et voir quel serait, d'après le résultat obtenu , Tétat des études assyriennes. Le conseil de la Société, sur la proposition de sir H. Rawlinson, se mit en mesure de satisfaire au désir de M. Fox Talbot; sir Henri Rawlinson promit en même temps de fournir une traduction.

ce Le docteur Hîncks, ainsi que M. Oppert, qui se trouvaient alors à Londres, acceptèrent le concours » et un mois après tous les concurrents avaient terminé leur travail : Tépreuve a été des plus satisfaisantes*. »

Dès ce moment, les principes de la langue étaient acquis. Il ne restait plus qu*à les formuler. C'est ce que MM. Norrîs et Rawlinson firent en Angleterre, ce que M. Oppert a fait parmi nous.

Il est donc admis que, malgré son écriture cunéiforme bien étrangère à l'alphabet hébreu , l'idiome assyrien de Ninive et de Babylone rentre intégralement dans la famille des langues sémitiques, de même que le texte persan des inscriptions achéménides^ est d'origine aryenne, quoique l'écriture cunéiforme qui le représente n'ait rien de commun avec récriture de l'alphabet des langues indo-européennes.

Dans cette partie de l'Asie, il en a été pour les cunéiformes qui ont servi d'expression graphique à

1 Menant, p. 240.

^ Première colonne des inscriptions trilingnes de Darius, à Bisitoim, Persépolis, etc.

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