‹ Voyage au pays de Babel; ou, Explorations à travers la science des langues et des religions: ouChapitre 128 sur 137 · CHAPITRE DIX-NEUVIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIX-NEUVIÈME

des langues diverses, comme il en a été ailleurs pour Talphabet phénicien qui a servi à constituer l'écriture adoptée par des langues tout aussi variées, telles que le grec et le latin, l'anglais et le français, le slave et le hongrois; le turc a adopté le caractère arabe.

On voit par là que les caractères graphiques, bien moins encore que les langues, ne peuvent affirmer la filiation des peuples ' ,

Mais les deux langues persane et assyrienne que nous venons de rencontrer, Tune d'origine aryenne, l'autre d'origine sémitiqu€, ne sont pas les seules langues qui se présentent à nous sous les traits cunéiformes.

Les rois achéménides, dans leurs inscriptions trilingues, s'adressaient à trois peuples : au peuple conquérant, c'étaient les Perses; au peuple conquis et tributaire, c'étaient les Assyriens; enfin à un peuple allié, auxiliaire de leurs victoires, c'étaient les Mèdes. Le texte qui les concerne occupe la deuxième colonne dans les inscriptions de Bisitoun et de Persépolis. Dans l'ordre des découvertes, il a été aussi le second à céder aux efforts des assyriologues ; car, dès 1844, le Danois Werstergaard , le docteur Hincks et M. de Saulcy constatèrent, dans ce texte, l'existence d'une langue médo-scythique, s'écrivant

Voir note C le résume de la très-intérestante ëtnde que M. Maury vient de publier sur YHistoire de l'Ecriture, dans la Bevué des Deux Monda du 15 septembre 1875.

de gauche à droite, avec des signes grapliiques peu différents de ceox qui constituent récriture assyrienne.

Quant au fond même de la langue, ils découvrirent une structure indo-européenne, avec des substantifs à déclinaison turque, des pronoms sémitiques, des adverbes sanscrits, des conjugaisons tartaro-celtiques, et pour compléter ces bizarreries grammaticales, un vocabulaire bigarré de toutes ces langues.

Il n'est pas étonnant d'ailleurs que les Mèdes qui ont fondé un grand empire , après les Assyriens et avant les Perses , et qui n'étaient ni Sémites comme les premiers, ni Aryas comme les seconds, il n'est pas étonnant, comme l'observe M. Oppert ^ qu'ils * aient parlé une langue entièrement distincte et originale, et qu'ils aient laissé des traces évidentes de cette langue dans le zend et le persan moderne, dans le turc et le mongol, dans le géorgien et l'arménien; et Jusque dans la langue des Tsiganes.

Comme MM. Norris et Bawlinson^ M. Oppert établit que cette langue, qui n'est ni aryenne ni sémitique, est la langue médoscytbique parlée par les populations tartaro-finnoises répandues de toute antiquité entre le Danube et l'Oural, au nord de la mer Noire et du Caucase, de la Caspienne et de l'Aral. Cette langue constitue le principal appoint du groupe composé des langues touranienncs.

' Mémoire de M. Oppert au congrès des orientalistes dé 1874. {Revue des eoun lUtérairetf 17 oct.)

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