CHAPITRE DEUXIÈME
et Tobservatioa qui ont conduit Copernic à la découverte du mouvement diurne : c'est la philosophie; le calcul n'est arrivé qu'après. Ce qui l'a guidé, c'est le sentiment profond de la symétrie et de la beauté qui doivent régner dans la marche des astres, comme dans toutes les œuvres de Dieu. Pour lui, la simplicité est plus sublime que la complication. C'est l'aveu que Ton trouve dans la dédicace de son ouvrage au pape Paul IIP.
« Le génie ne se traîne guère appuyé sur des syllogismes. Son allure est libre; sa manière tient de l'inspiration : on le voit arriver, et personne ne l'a vu marcher. Y a-t-il, par exemple, un homme qu'on puisse comparer à Keppler dans l'astronomie?
Newton lui-même est-il autre chose que le sublime commentateur de ce grand homme, qui seul a pu écrire son nom dans les cieux? Car les lois du monde sont les lois de Keppler. Dans la troisième surtout , il y a quelque chose de si extraordinaire^ qu'on ne peut se dispenser d'y reconnaître une véritable inspiration : or, il ne parvint à cette immortelle découverte qu'en suivant je ne sais quelles idées mystiques de nombres et d'harmonie céleste*. »
C'est ce même Keppler qui terminait ainsi son œuvre surhumaine :
« Et maintenant, il ne me reste plus qu'à élever les mains et les yeux vers le ciel, et à adresser avec
' Ouvrage commencé en 1511, terminé en 1547.
^ De Maislre, Soirées de Saint-Pétersbourg , X« entretien.
dévotion mou humble prière à l'autéar de toute lumière : toi, qui, par les lumières sublimes que tu as répandues sur toute la nature, élèves nos désirs jusqu'à la divine lumière de ta grâce, je te remercie, Seigneur et Créateur, de toutes les joies que j'ai éprouvées dans les extases où m'a jeté la contemplation de l'œuvre de tes mains. Voilà que j'ai terminé ce livre qui contient le fruit de mes travaux, et j'ai mis à le composer toute la somme d'intelligence que tu m'as donnée. J'ai proclamé devant les hommes toute la grandeur de tes œuvres, leur en démontrant les perfections, autant que les bornes de mon esprit m'ont permis d'en embrasser l'étendue infinie. Je me suis efforcé de m'élever jusqu'à la vérité, de la connaître aussi parfaitement que possible, et, s'il m'était échappé quelque chose d'indigne de toi*... fais-le-moi connaître afin que je puisse l'effacer. Ne me suis-je point laissé aller aux séductions de la présomption , en présence de la beauté admirable de tes œuvres ? N'ai-je pas cherché ma gloire propre, parmi les hommes, en élevant ce monument qui ne devait être consacré qu'à ta gloire? Ohl s'il en était ainsi, reçois- moi dans ta clémence et dans ta miséricorde, et aceorde-moi cette grâce, que l'œ^uvre que je viens d'achever soit à jamais impuissante à produire le mal, mais qu'elle contribue à ta glorification et au salut des âmes*. »
1 Cité par Henfi Reusch, la Bible et la nature ^ traduciion, p. *J0»