CHAPITRE TROISIÈME
Deux classes d^observateurs. — Origine du langage. — De Bonald
el le Journal des savants»
Dans rinterprétation philosophique des faits, la question d'origine se trouve éternellement et invariablement posée entre deux classes d'hommes^ le théiste et Tathée ; entre celui qui croit en Dieu et en sa providence, et celui pour lequel Thomme n'est que le produit des forces et des agents physiques.
Pour l'un, l'homme en recevant d'un maître souverain le corps et l'âme^ en a reçu aussi la connaissance de ses devoirs, de son origine et de sa lin.
Pour l'autre, plante ou reptile, mollusque ou mammifère, il a eu tout à acquérir, âme et corps, parole et pensée, et il a tout acquis. Ce n'est qu'une af« faire de temps et de transformation. Partie de la matière, V Evolution l'élève peu à peu aux conceptions de Socrate et de Platon , à l'idée de Dieu même. C'est la loi du progrès ! Mais, en vertu de cette même loi, ces conceptions^ si sublimes soient^elles, ne sont que des hypothèses qui ont fini leui* temps»
Nous ne dirons rien du système intermédiaiife et
bâtard qai, toat en reconnaissant un Être suprême, une sagesse souveraine, lui refuse le gouvernement et la direction de i*liomme et de la société.
« Dieu a pu être un moment, à Torigine des choses. Mais une fois Timpulsiou donnée, et la matière en mouvement, Dieu est tout à fait inutile, et les causes ' secondes, désormais suffisantes , ont doucement éconduit la cause première, en le remerciant, — c'est Texpression même d'un chef d'école, — en le remerciant de ses services provisoires. Erreur 1 disent les partisans de r Éternel Devenir, Dieu n*a Jamais été dans le passé, si loin que vous puissiez atteindre. C'est devant vous qu'il faut regarder , non pas en arrière. Dieu sera peut-être un jour; nous n'affirmerons rien , mais selon la loi du progrès, il est très-probablement en voie de se faire'. »
£n présence des deux classes d'observateurs que nous venons de définir et qui, à des points de vue opposés, se partagent le domaine scientifique, on doit s'attendre de part et d'autre à des idées préconçues et à des erreurs inévitables et de parti pris. Il est bien difficile, en effet, de se soustraire à l'influence de deux points de départ si opposés, quelque scientifique d'ailleurs que soit la méthode employée dans l'étude de ces questions d'origine.
On reproche aux uns de céder trop aisément à des influences étrangères à la science pour se retrancher
^ Camille Doucet. Réception de M. Caro à rAcadëmie française. (Séance du 11 mars 1875.)