‹ Voyage au pays de Babel; ou, Explorations à travers la science des langues et des religions: ouChapitre 19 sur 137 · CHAPITRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIÈME

dans le texte sacré, et y demeurer trop étroitement enchaîné.

C'est une erreur ; car la Bible n'a jamais eu pour but de nous enseigner des vérités proprement spéculatives. La science, dit Gauchy, a plus de services à attendre de la Bible qu'elle n'a à lui en rendre. Toutefois, si, sous son admirable et poétique langage oriental, on rencontre de profondes et surnaturelles beautés, ce n'est pas une raison pour la transformer en système classique de métaphysique et d'astronomie, de géologie, d'histoire naturelle et de philologie comparée.

Mais ce n'est pas une raison non plus pour se jeter aveuglément dans l'extrême contraire, et prendre, coûte que coûte, le contre-pied du texte sacré. Pour fuir le dogme religieux, on ne craint pas de s'éterniser dans les entraves d'un dogme scientifique suranné. M. Barthélémy Saint-Hilaire,dont le témoignage indépendant ne peut être suspect, en cite un exemple bien frappant dans le Journal des savants; c'est à propos du langage.

Sur cet inépuisable sujet d'investigation et de recherche, il est une hypothèse qui explique tout et sans efforts. Elle est conforme aux traditions des peuples civilisés et des peuples barbares. C'est l'hypothèse d'une première langue transmise par une première famille, se modifiant ensuite en idiomes divers chez tous les peuples.

Nous n'avons nullement la prétention de démontrer la réalité de ce fait, c'est-à-dire la réalité d une pa-

reille famille unique, formant le genre humain et lui transmettant sa langue. Toutefois, scientifiquement parlant, ce fait n'a rien d'inadmissible, puisque si une catastrophe venait à détruire Thumanité, il suffirait encore d'une seule famille épargnée pour recommencer le genre humain et lui conserver sa langue. Cette langue , sans doute, pourra s'altérer à la longue ainsi que s'altèrent les traits de la figure. Mais à travers les âges, à travers les variations et les idiomes, on retrouvera toujours les traits d'une commune origine.

Cette hypothèse de la création naturelle du langage n'a contre elle que d'être trop conforme à la Bible. Elle est si simple qu'elle contraste par sa simplicité avec l'hypothèse contraire, celle de l'invention du langage par les hommes.

Cette seconde hypothèse de l'invention humaine du langage exige d'abord l'antiquité indéfinie du monde; elle exige, en seùond lieu, la naissance spontanée de l'homme, sous une forme étrangère à son espèce. Enfin, elle implique l'état insociable et brut du genre humain, dans son enfance. Certainement ces difficultés n'ont point arrêté les philosophes matérialistes des siècles précédents. Elles n'arrêtent pas davantage nos contemporains.

Mais, de bonne foi, croit-on que si la religion n'était pas ici directement en cause, les philosophes humanitaires de toutes les écoles n'auraient pas mis la logique et la raison de leur côté, pour revendiquer,

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