‹ Voyage au pays de Babel; ou, Explorations à travers la science des langues et des religions: ouChapitre 20 sur 137 · CHAPITRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIÈME

eu faveur de l*homme et de la société, la prérogative d*nne noble origine ?

Gomment, en effet, ces docteurs de rhumanité, ces champions de la perfectibilité indéfinie de Tespèce humaine, comment expliquenMls l'incroyable immobilité des sauvages ? Les sauvages ont la même terre et le même ciel que nous. Ils ont nos organes , nos besoins , nos passions. Ils ont une langue articulée et perfectible ; ils ont Tintelligence de la parole et l'expression de cette intelligence. Pourquoi alors ne progressent-ils pas? Que font-ils donc de tous ces dons du ciel, ces déshérités de la perfectibilité humaine, ces parias de l'évolution ?

Après deBonald, cette objection tirée des sauvages, à propos de l'art merveilleux du langage, a également attiré, comme nous l'avons dit, l'attention de Barthélémy Saint-Hilaire.

On n'a jamais rencontré une peuplade sauvage, quelque abrutie qu'elle pût être, qui ne possédât une langue articulée, perfectible, exactement de la même nature que la nôtre. Devant ce fait, dit-il, pourquoi ne pas admettre qu'il en a toujours été ainsi, aux premiers âges du monde, aux jours même de la première apparition de l'homme sur la terre?

La religion, ajoute le philosophe devenu l'ami de M. Thiers, la religion seule envisage la question du langage sous cet aspect. Elle s'en est fait un monopole et un privilège, qu'aucune science n'a voulu partager avec elle; c'est un tort, car dans un dogme il

faut prendre ce qu'il a de bon ; il fout savoir y découvrir le fait réel qui s'en dégage*.

Il est certain que l'origine du langage soulève tout un monde d'idées. Que de questions ne s'élèvent pas à ce mot!

Qui a inventé le langage? Les langues ne sontelles pas sœurs? Sont-elles les dialectes d'une langue unique? Out-elles été créées tout d'une pièce, complètes et formées, comme le veut Benan, ou monosyllabiques, radicales et développables, comme le veut Mûller? En d'autres termes, ont-elles eu une période d'enfance ; et dans cette période, étaient-elles simples ou compliquées, riches ou pauvres? Gomment s'est opéré leur développement? Ont-elles suivi la pensée et de combien de temps ? Ou bien y a-t-il eu toujours connexité entre la forme et le fond, entre l'idée et le mot? L'homme a-t-il d'abord pensé sa parole ou parlé sa pensée ? Autant de questions qui s'imposent et qui ont exercé la sagacité de tous les philosophes.

Notre siècle est-il, plus que les autres siècles, en mesure d'y répondre? La richesse des observations scientifiques, dont nous parlions plus haut, lui en donne-t-elle le droit ? Nous n'hésitons pas à le croire, ou du moins , en réservant toujours la question d'origine, nous pensons que les nouveaux documents philologiques recueillis de nos jours nous permettent

^ Barthélémy Saint-Hilaire, Journal des savants, avril 1866.

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