‹ Voyage au pays de Babel; ou, Explorations à travers la science des langues et des religions: ouChapitre 21 sur 137 · CHAPITRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIÈME

de circonscrire toutes ces questions dans les termes précis et réservés où elles doivent être posées.

« Les travaux de linguistique ne manquent pas en France, dit M. Bréal, et notre goût pour ce genre d*investigation ne doit pas être médiocre, s'il est permis de mesurer la faveur dont jouit une science, au nombre des livres qu elle suscite. Parmi ces travaux, nous en pourrions citer qui sont excellents et qui valent, à tous égards, les plus savants et les meil* leurs de Tétranger. Mais, pour parler ici avec une pleine franchise , la plupart nous semblent loin de révéler cette série continue d'efforts et cette unité de direction qui sont la condition nécessaire du progrès d'une science. On serait tenté de croire que la linguistique n'a pas de règles fixes, lorsque, en parcourant le plus grand nombre de ces ouvrages, on voit chaque auteur poser des principes qui lui sont propres et expliquer la méthode qu'il a inventée. Trèsdifférents par le but qu'ils ont en vue et par l'esprit qui les anime, les livres dont nous parlons offrent entre eux un seul point de ressemblance ; c'est qu'ils s'ignorent les uns lès autres, je veux dire qu'ils ne se continuent ni ne se répondent : chaque écrivain, prenant la science à son origine, s'en constitue le fondateur et en établit les premières assises. Par une conséquence naturelle, la science, qui change continuellement de terrain, de plan et d'architecte, reste toujours à ses fondations. Ce n'est pas de tel ou tel idiome, encore moins d'un point spécial de philologie

qae traitent ces ouvrages à vaste portée, leur objet habitael est de rapprocher des familles de langues dont rien jusque-là ne faisait pressentir Taffinité, ou bien de se prononcer sur Tunité ou la pluralité des races du globe, ou de remonter jusqu'à la langue primitive et de décrire les origines de la parole humaine, ou enfin de tracer un de ces projets de langue unique et universelle dont chaque année voit augmenter le nombre. A la vue de tant d'efforts incohérents, le lecteur est tenté de supposer que la linguistique est encore dans son enfance, et il est pris du même scepticisme qu'exprimait saint Augustin, il y a près de quinze siècles, quand il disait, à propos d'ouvrages analogues, que l'explication des mots dépend de la fantaisie de chacun, comme l'interprétation des songes. »

Nous nous empressons d'ajouter qu'au commencement de ce siècle, nous trouvons dans le domaine de la linguistique un fait étrange et capital dont la découverte fit tomber des erreurs séculaires. C'est la découverte du sanscrit.

1 Michel Bréal, tradaction delà Gtammairt comparée At Bopp, inlroduct., pag. m.

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