‹ Voyage au pays de Babel; ou, Explorations à travers la science des langues et des religions: ouChapitre 22 sur 137 · CHAPITRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIÈME

Leibnitz et l'indactioD. — Ses collaborateurs. — L'antique langue des Hindous et le sanscrit. — Le quatrième Véda prêche' par un brahmane romain. — Voltaire et la Bible dans Clnde,

L'Évangile ayant appris aux hommes qu'ils étaient frères, il était assez naturel de croire à l'existence d'une langue unique et primitive.

Pour plusieurs Pères de l'Église et quelques théologiens du moyen âge, cette langue première ne pouvait être que l'hébreu; c'était rationnel. L'hébreu, dit saint Jérôme, étant la langue de l'Ancien Testament, est naturellement le commencement de toute langue humaine. Origène ne dit pas autre chose dans ses homélies.

L'hébreu nous apparaît , en efifet, à la limite des temps historiques, comme une langue unique, exceptionnellement féconde pour exprimer toutes les idées morales, Dieu et son plan, l'homme et ses devoirs, l'humanité et ses destinées ^ Langue admirable, que, dès les premiers pas d'un peuple charnel et grossier, nous retrouvons, comme le dit Benan, coulée,

' De Bonald, Becherches philotophîques.

une fois pour toutes, dans an moule immuable ' ; langue pleine de feu et de poésie, de graves et sublimes leçons, douée enfin, dans de justes limites, de ces riches flexions qui animent, qui personnifient la parole et qui, dans le grand sens des mots, sont Timage vivante de Dieu et de la nature^. Prendre une telle langue pour langue primitive de Thumanité, c'était donc naturel. Mais pour en donner la preuve rationnelle, c'était plus difficile. Toutes les tentatives faites * à ce sujet ont coûté des efforts inouïs ; on ne peut les dire stériles pourtant, car après des siècles d'infructueuses recherches, tous ces essais conduisirent Leibnitz, de guerre lasse, à retourner le problème, et à se demander si l'hébreu, en effet, sous sa forme actuelle, au lieu de nous représenter la langue primitive, n est pas au contraire un des produits de la confusion des langues à Babel. — Pas un mot de l'Ancien ou du Nouveau Testament ne nous oblige à croire quelle a été la langue d'Adam et de toute la terre, alors que «la terre n'avait qu'une lèvre et qu'un langage. » Ainsi posé, le problème était résolu. Le génie universel de Leibnitz , en déblayant le terrain scientiflque de cet obstacle séculaire, faisait de la philologie une vraie science d'observation; il lui

1 Renan, Histoire générale et système compare' des langues sémi^ tiques f chap. y, liv. l»'. « Les langues sémiliqiies n'ont point vëgété, elles n'ont point vécu y elles ont duré. Sur les choses spirituelles, un Israélite du temps de Samuel et un Bédouin du dix-neuvième siècle sauraient se comprendre.

^ P. Gratry, Connaissance de tâme.

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