CHAPITRE QUATRIÈME
appliqua les principes d'une induction rigoureuse. « Pourquoi, disait-il, commencer par l^lnconnu plutôt que par le connu? Étudions d*abord les langues modernes pour les comparer entre elles et en découvrir les différences et les affinités. Passons ensuite aux langues qui les ont précédées, afin d'établir leur filiation, et remontons ainsi, de proche en proche, jusqu'aux dialectes les plus anciens. »
De nos jours, les beaux travaux de philologie comparée nous permettent d'apprécier les résultats de cette méthode.
Convaincu de la nécessité de recueillir le plus grand nombre de faits possible, Leibnitz s'adresse tour à tour aux missionnaires et aux voyageurs, aux ambassadeurs, aux princes, aux empereurs même.
C'est à Pierre le Grand qu'il écrivait : Que Votre Majesté fasse traduire , dans tous les idiomes de votre vaste empire, le Décalogue, l'Oraison dominicale et le Symbole des apôtres : ut omnis lingua laudet Dominum,
C'était l'ambition d'un grand cœur et d'un noble génie. Noble et puissant génie, en effet, que celui qui , tout en s' occupant avec un égal succès de linguistique et de théologie, de jurisprudence et d'histoire, de philosophie et de mathématiques, s'efforçait, avec Bossuet, d'amener un rapprochement entre la Réforme et l'Église, défendant par tous les moyens la cause de la Vérité et de la Religion contre les
envahissements du matérialisme philosophique qni menaçait la France et TÂngleterre.
Les premiers collaborateurs auxquels s'adressa Leibnitz f arent les missionnaires. Ils étaient depuis longtemps à Tœuvre en Chine , dans Tlnde et dans rOcéanie. Ils avaient traduit TOraison dominicale dans la plupart des idiomes connus.
Les premiers jésuites qui s'introduisirent à la cour de Pékin avaient préludé à leur apostolat par de longues années consacrées à l'étude de la langue chinoise. Ils y réussirent si bien, que leurs ouvrages, admis dans les bibliothèques du Céleste Empire, répandirent ainsi nos chefs-d'œuvre français, traduits dans le plus pur dialecte chinois ^
Dans l'Inde, saint François-Xavier poussa si loin le zèle et le dévouement, il parvint si bien à gagner tous les cœars, que, entre autres dons miraculeux, on lui a attribué le don des langues '. Pour prêcher l'Évangile, il fallait s'adresser à la religion et aux mœars, c'est-à-dire aux idiomes, à la littérature, à la philosophie et aux traditions d'un peuple dont la civilisation semble toucher au berceau du monde.
Or, combattre des dogmes qui avaient leurs racines dans une pareille civilisation, n'était pas chose facile. La tâche fut d'autant plas ardue, qu'il fallut s'attaquer à des doctrines contenues dans des textes sacrés, entièrement fermés au vulgaire; livres écrits
' Commentaires d'un marin.
3 Mallbauër, cité par Miiller.