CHAPITRE QUATRIÈME
dans une langue morte, et dont le dépôt, l'étude et rinterprétation étaient exclusivement réservés à une seule caste noble , savante et privilégiée, la caste des brahmanes.
Ces livres sacrés sont les Védas. Ce sont les livres de la Loi; ils sont regardés comme émanant de l'inspiration de Dieu même.
C'est à ces sources brahmaniques que les missionnaires durent aller puiser les arguments et les vérités propres à combattre Tidolàtrie. Car, dans le recueil des Védas, les vérités primordiales ne font pas défaut. « A côté de l'idée exacte du vrai Dieu, de son unité et de ses attributs, se rencontrent les notions de notre salut et de notre réprobation, comme autant de parcelles d'or, dit le Père Calmette, répandues dans des monceaux de sable. »
Mais comment arriver aux sources d'une religion dont la connaissance et l'interprétation restent ainsi l'apanage exclusif d'une caste ombrageuse et jalouse?
Parmi les premiers missionnaires qui réussirent à pénétrer ce mystère se trouve, un siècle après François-Xavier, le jésuite Roberto de Nobili. Ce fut l'initiateur, le premier explorateur, aussi hardi que profond, de la science sacrée des Hindous.
Nous sommes heureux de rencontrer les traits de cette originale et austère figure d'apôtre, esquissés par une plume protestante ^
' C'est à roavrage de Mai Millier qae noas avons empruolé sur les missiouaaires les détails qui suivent.
Koberto de Nobili arriva jeune dans Tlnde. 11 comprit TinviDcible répugnance que la classe élevée des brahmanes éprouvait pour la plupart de nos établissements chrétiens du Maduré. Ces communautés se composaient principalement des pauvres et des déshérités de ce monde. Ce sont les préférés de Dieu, selon rÉvangile,mais non selon Tesprit des scribes et des pharisiens ; car cette caste orgueilleuse se retrouve dans tous les temps et dans tous les pays. C'est à elle, c'est à Taristocratie des savants et des lettrés qu'il faut s'adresser pour pouvoir saisir véritablement ridolâtrie à sa base. Comme saint Paul qui se fit tout à tous, Boberto de Nobili se fit brahmane pour sauver les Indiens.
Patricien d'origine, il se posa comme rajah romain, ceignit la ceinture des saninssis, renonça à la viande, ne fréquenta que la société des brahmanes, et, comme eux, ne vécut que de riz, d'eau, et de plantes amères.
11 ne borna pas ses études aux langues vulgaires des Hindous, le tamoul et le télinga.
Il voulut pénétrer plus avant; et, pour pouvoir s'inspirer des Védas, pour interpréter leur texte, pour juger leurs nombreux comlnentaires, il lui fallut, avant tout, posséder à fond le sanscrit, s'assimiler le génie de cette langue aussi ancienne que parfaite, aussi féconde que subtile.
Il y consacra de longues veilles et de fortes études. Enfin, après dix ans d'un travail sans relâche, il