CHAPITRE QUATRIÈME
crut pouvoir se produire eu publie et prêcher aux brahmanes.
Il fit appel aux plus instruits de toutes les provinces; il les convoqua à une discussion solennelle. Il portait leur costume , parlait leur langue , pouvait invoquer à son aide les textes de Manou , les Para' nahs, les Apostombà-Sûlrahs , et tous les commentaires védiques à peine connus aujourd'hui par nos plus forts indianistes contemporains^
Ce n'était point assez. Après avoir épuisé ses investigations sur les trois livres connus des Yédas, Roberto de Nobiii afiirma qu'il existait dans le monde un quatrième Yéda, perdu depuis des siècles, Yéda plein de lumière et de vérité, seul nécessaire pour le salut des âmes.
Ce quatrième Yéda, lui Roberto de Nobiii, lui rajah romain, l'avait retrouvé et il venait le prêcher publiquement, le proclamer bien haut à tous les brahmanes de bonne volonté.
Après deux mois d'ardentes controverses, quelquesuns des plus savants et des plus sincères d'entre eux se convertirent à la foi.
« Il n'est pas prouvé que le quatrième Yéda ou Azour-Véda soit de Roberto de Nobiii. Il est probablement l'œuvre de quelque brahmane converti. Ce poëme, écrit en vers sanscrits, dans le style des Puranahs, offre un étrange mélange des idées hindoues et des idées chrétiennes. La traduction française en fut envoyée à Yoltaire, et publiée par lui en 1778,
soas ce titre : VEzour-Véda traduit du sanscrit par un brahmane» Voltaire déclara, sans hésiter, qae l'original était de quatre siècles antérieur à Tépopée d'Alexandre, et que c'était le don le plus précieux que l'Orient eût jamais fait à l'Occident ^ »
Ab uno disce omnes !
De nos jours, la même plaisanterie a été renouvelée au détriment de M. Jacoliot^ l'auteur de l'ouvrage intitulé : La Bible dans l'Inde, ouvrage dans lequel Michelet n'a pas manqué de venir à son tour puiser en partie sa Bible de r humanité! Max Millier déclare que Jacoliot a été indignement joué par le maître indigène qui lui servit d'inspirateur, de traducteur et de guide.
Ces erreurs ne nous surprennent pas plus que la persistance que quelques-uns de nos publicistes modernes mettent encore à vouloir retrouver dans l'Inde les origines du christianisme; et cela, après les investigations séculaires, après les découvertes considérables que nos missionnaires transformés en brahmanes ont pu faire dans la langue, dans la littérature et la religion des Hindous.
Roberto de Nobili, qui mourut aveugle, dans l'Inde, après quarante-cinq ans d'apostolat, eut des successeurs dignes de lui ; les disciples ne manquèrent point à son œuvre.
^ Max Mtiller, Science du langage, 1867, III* leçon.