CHAPITRE CINQUIÈME
Les missioDDaires français décoa?rent la parente du sanscrit avec le grec et le latin. — M. Bréal revendique poar eux l'honùeur de ce fait oublié. M(jr Dupanloup le rappelle à la tribune. — Schlegel étend cette parenté à nos langues d'Europe. — Inspiration de poëte. — Bopp la confirme. — Grammaire comparée.
Nous retrouvons les disciples da maître parmi les jésuites français que Louis XIV envoya dans Tlnde, après le traité de Ryswyk. Ce n'était plus un mystère pour eux que l'existence, dans ces contrées, d'une littérature aussi remarquable par son antiquité que par ses richesses. Dès 1733, le Père Calmette put recueillir la plupart des livres originaux relatifs à la religion des Hindous. Quelques années plus tard, le Père Pons présente, dans un tableau d'ensemble, l'indication de tous les trésors littéraires des brah« mânes, et donne une description, aussi intéressante qu'exacte, des différentes branches de la science sanscrite, des quatre Yédas, des traités grammaticaux, des six systèmes de philosophie et d'astronomie des Hindous.
L'étude de la grammaire n'était point négligée. La Bibliothèque de Paris en possédait un traité, composé en latin, d'après les documents envoyés au collège
romain par les savants jésaites Hervas et Hanx-Leden. La grammaire sanscrite la plus complète fut publiée à Rome par le carmélite allemand Santo Bartholomeo, qui, pendant un séjour de quinze années dans rinde,s*était livré à une étude approfondie de la langue, des antiquités et de la religion des Hindous.
En 1767, le Père Gœurdoux, pressé de questions par Tabbé Barthélémy, de T Académie des inscriptions et belles-lettres , écrivit de Pondichéry aux membres de cette société savante, pour leur poser à son tour cette question : « D*où vient que, dans la langue sanscrite, il se trouve un grand nombre de mots qui lui sont communs avec le latin et le grec, avec le latin surtout^? » Et à Tappui de son assertion, le savant missionnaire donne un grand nombre de comparaisons, dont la justesse est frappante et dont la concordance n*a point été démentie par la philologie contemporaine. Il va plus loin : sortant du cercle des analogies et procédant à Texamen des différentes hypothèses qui peuvent servir à les expliquer, il démontre que ni le commerce, ni les relations littéraires, ni le prosélytisme ne suffisent à rendre compte de ce fonds commun de mots qui se trouvent, à la fois et en si grande abondance, dans le sanscrit, le grec et le
latin.
1 Michel Bréal, Introduction à la grammaire comparée de Boppy page xvr. Cette ialroduction est pleine d'intérêt ; Mai Millier y a recours plusieurs fois dans TexpositioD des faits que nous venons de signaler.