CHAPITRE CINQUIÈME
Que conclure alors ^ qae supposer, sinon qae, véritables débris du langage primitif de Thumanité, ces mots, comme les épaves d'un immense naufrage, ont été emportés et conservés par les tribus, dans leur migration au Nord et au Midi , après la grande catastrophe de la confusion des langues à Babel ?
N*est-i] pas vraiment étonnant, observe Max Mùl- 1er, qu'une découverte de cette valeur soit restée perdue dans les Mémoires d'une société savante? Il a fallu, de nos jours, Fesprit investigateur de M. Michel Bréal pour Texhumer de sa poussière académique et revendiquer pour ce modeste religieux Fhonneur qui lui revient incontestablement d'avoir ainsi devancé, déplus d'un demi-siècle, quelques-uns des plus importants résultats de la philologie comparée^
« Ne sont-ce pas ces pauvres missionnaires du Ma- » labar qui nous ont apporté les premiers éléments « de cette langue sanscrite, qui est aujourd'hui le « centre de nos plus puissants travaux philolo- «giques^?»
Sur ce point, d'ailleurs, comme sur bien d'autres,
1 Lues devant rAcadémie en 17G8, les lettres du P. Cœardoux ne furent imprimées qu'en 1808, après la mort d'Anquetil-Duperron, à la suite d'un de ses Mémoires. Dans l'intervalle, les éludes sanscrites avaient été constituées, et la question soumise par le P. Cœnrdoux à TAcadémie fut posée par d'autres devant le public. — • Michel Bréal, Introduction^ page xvin.
' Evéque d'Orléans, Discours à l'Assemblée nationale, 4 décembre 1874.
les études des missionnaires, beaucoup plus profondes qu'on n*est généralement disposé à l'admettre, ont préparé la voie aux travaux de la Société asiatique de Calcutta. La fondation de cette célèbre société ne remonte pas au delà des dernières années du dix-huitième siècle *•
Ce sont ses membres, il est vrai, qui facilitèrent à notre monde savant la connaissance de la iittéra- ^ / ture : Wiiliaral Jones, Carey, Wilkins, Forster et Colebrooke, furent, sinon les initiateurs, du moins les vulgarisateurs en Europe de cette antique langue des Yédas, mystérieuse et sacrée, abondante et parfaite, déjà parlée avant Salomon et morte au temps d'Alexandre. On en connaissait Texistence; on en soupçonnait la richesse ; mais qui pouvait prévoir ses liens d'étroite parenté avec le grec et le latin?
Cette affinité, signalée d'abord par le Père Coçurdoux, puis constatée et mise au grand jour parles travaux de Halhed, de Jones et de Wilkins, fut une des plus grandes découvertes du siècle. Elle fit révolution dans les systèmes d'exégèse et de métaphysique en vogue à cette époque.
Théologiens, littérateurs, philosophes s'en émurent ; c'était bien naturel.
Comment admettre que cette langue des Hindous, des Parias, des sujets du Grand Mogol, pût être de la