‹ Voyage au pays de Babel; ou, Explorations à travers la science des langues et des religions: ouChapitre 33 sur 137 · CHAPITRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SIXIÈME

ces trîbas errantes comme leurs troupeaux, légères comme leurs tentes, mobiles comme les chars sur lesquels ils emportent leurs femmes et leurs enfemts.

Et pourtant, au fond de ce désordre apparent, on peut déjà saisir les admirables plans de la Providence.

« Cette immense invasion qui force la frontière romaine n*étonne plus de la part de ces peuples , poussés par d^autres peuples, errants comme eux , destructeurs comme eux, formant du fond de TOrient une innombrable armée en marche, armée dévastatrice il est vrai, mais derrière laquelle, comme dans une antique et génésiaque pénombre, on aperçoit des sociétés organisées, des lois, des religions et des langues savantes, en un mot, tout ce qui donne aux hommes un rôle dans les desseins de Dieu et un plan dans l'histoire*. »

Et, en effet, au moment où, des bords de la Baltique et du Danube, les tribus germaniques vinrent s'abattre successivement sur l'Italie, la Gaule et l'Espagne, lorsque Goths et Lombards, Vandales et Âlains, Francs et Bourguignons, tous différant par leurs lois et leurs mœurs, vinrent, sous la conduite de leurs rois respectifs, prendre part aux débris de l'Empire romain, quelle langue parlaient ces barbares?

Était-ce une langue unique, ou des dialectes divers

' Ozanam,

qui, en passant par le saxon ^ et par le haut allemand du temps de Gharlemagne ', sont devenus les dialectes modernes de la haute et basse Allemagne , de TAngleterre et de la France, de la Hollande et de rAutriche, de la Suède et du Danemark'? Tous ces dialectes nous échappent de bonne heure; nous en perdons les traces écrites, dès le septième siècle. Un seul fait exception, c'est celui parlé par les Goths.

Un heureux hasard, en effet, nous a conservé la traduction gothique que Tévêque Ulphilas a faite de la Bible , au commencement du quatrième siècle. C'est au moment où , se mettant à la tète de ces barbares ,

^ La langue de TAngleterre se rattache direcieoient au saxon, que nous retrouvons, dès le septième siècle, sur les côtes du nord de l'Ailemagne; et aujourd'hui encore, plus d'un matelot aUf^lais a dd prendre pour un patois corrompu de son pays le bas allemand ou nieder deutch qu'il entend parler dans les ports d'Anvers, de Brème et de Hambourg.

' Du huitième au dix-septième siècle, le saxon ou bas allemand s'est conservé dans quelques compositions écrites; mais ce qui l*a fait tomber dans l'oubli, c'est la traduction de la Bible, par Luther, en haut allemand. Depuis Gharlemagne jusqu'à nos jours, le haut aile-* mand n'a cessé d'être la véritable langue littéraire de TAllemàgne, dont les dialectes sont parlés en Bavière, en Autriche, en Souabe et en Franconie.

^ La branche Scandinave, ajoutée au gothique, .au haut et au bas allemand, complète le faisceau des langues teutoniques. Le Scandinave, parlé jusqu'au onzième siècle en Suède, en Norvège et en Danemark, a été conservé en Islande d'une manière intacte. C'est la langue dans laquelle fut écrit le poëme de VEdda^ la langue des scaldes, qui rappellent le souvenir d'Odin, venu de rOrient.

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