‹ Voyage au pays de Babel; ou, Explorations à travers la science des langues et des religions: ouChapitre 37 sur 137 · CHAPITRE SEPTIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEPTIÈME

Ce fat alors que quelques Parses, restés fidèles au culte d'Ormuzd, se retirèrent dans le Kohistan , descendirent plus tard vers le golfe Persique, et de là, emportant toujours avec eux le feu sacré, firent voile pour rinde.

En 1450, nous les retrouvons ligués avec le rajah de Sandjan pour combattre le sultan.

A notre époque, leur condition s*est améliorée. Leur nombre augmente; on en compte cent cinquante mille à Bombay et dans quelques villes du Guzarate.

Ils ont des établissements à Calcutta , et leur prospérité commerciale leur a fait faire un retour vers leurs livres sacrés. Plusieurs se sont mis en relation avec nos savants d'Europe, dont ils empruntent les lumières pour éclairer et ranimer leur foi.

Quant à ceux qui restèrent dans leur patrie, les plus influents furent massacrés. Le plus grand nombre se convertit à l'islamisme; les pauvres et les ignorants, indignes même de la proscription, restèrent parqués dans la plaine marécageuse de Kîrman , où pendant douze siècles, et sans la moindre tentative de révolte contre le croissant, ils ont mené une vie de misère et de servitude.

Et pourtant, ces hommes n'ont point changé. Ce sont les frères de ceux que nous trouvons dans l'Inde; ils ont les mêmes livres, le même culte, la même physionomie. Il n'est pas jusqu'aux traits de leur figure qui ne se retrouvent gravés sur les marbres de Persépolis, comme pour nous attester que depuis vingt-

trois siècles, Tair de famille des Âchéménides s*est transmis d'âge en âge sur le visage des sectateurs d'0^muzd^

Si le texte zend, religieusement gardé par les prêtres, a été jusqu'ici lettre close pour eux, en revanche, pour la pratique de leur culte et l'interprétation de leur religion , ils possèdent de ce dialecte primitif et sacré une traduction faite dans une langue déjà fort ancienne , la langue pehlevi^ parlée au temps des Sassanides, dans les premiers siècles de notre ère, et qui nous a été conservée, d'une part, dans cette traduction du Zend-Âvesta, et de l'autre, dans les inscriptions et les monnaies de l'époque'.

Cette version pehlevi du Zend-Avesta a donc été jusqu'à nos jours la source première, la source unique à laquelle les docteurs parses puisaient toute leur science.

Mais la langue liturgique de ces docteurs, la langue parse, est elle-même déjà ancienne. C'est la langue du poète Ferduci , l'Homère persan du moyen Age.

Elle a donc eu besoin, à son tour, d'être traduite, ou tout au moins interprétée en dialecte vulgaire, c'est-à-dire en persan moderne, pour être mise à la

1 Menant, p. 21,22.

' Les inscriptions sassanides ont été particulièrement étudiées par M. de Sacy au commencement de ce siècle. Elles ont aidé Grotefend, dans ses travaux sur les cunéiformes du temps de Darius, à découvrir quelques noms de rois âchéménides.

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