‹ Voyage au pays de Babel; ou, Explorations à travers la science des langues et des religions: ouChapitre 38 sur 137 · CHAPITRE SEPTIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEPTIÈME

portée du peuple. On voit par quelle série de transformations, d'interprétations et de commentaires elle a dû passer, et par suite , on voit à quelles nombreuses chances d'erreurs le Zend-Âvesta a été exposé avant d'arriver jusqu'à nous. Toutes ces causes d'erreurs se sont trouvées accumulées dans la première traduction en langue européenne qui parut à la fin du siècle dernier, et qui fut apportée de llnde par notre compatriote Ânquetil-Duperron. C'est à lui, en effet, que nous devons les premières notions des livres de Zoroastre.

Plein de jeunesse et d'enthousiasme, entraîné par une noble passion pour l'étude, il partit en 1754, à l'âge de vingt ans, simple engagé dans un détachement de recrues envoyé dans l'Inde au service de la Compagnie. II y resta jiuit ans. Son séjour fut un roman, plein d'incidents imprévus, quelquefois dramatiques. Mais rien ne le détourna de son œavre. 11 la poursuivit avec un courage qui le fit triompher de tous les obstacles. « Il parvînt à obtenir des copies des livres de Zoroastre, s'instruisit de la langue dans laquelle 11^ étaient composés, acheta des manuscrits, les copia lui-même et les défendit quelquefois au péril de sa vie, le pistolet au poing ^ » Sous la direction d'un docte Parsi, il s'appliqua à l'étude de l'ancienne langue persane , à l'interprétation des textes sacrés, à la connaissance des rites et des cérémonies de la re-

1 Menant , p. 20.

ligion, dont il donna une description très-exacte, a Ses manuscrits et les dictées du maître parsi sont déposés à la Bibliothèque nationale. En 1759, il osa tenter la traduction de la loi de Zoroastre, et il rentra en France, en 1762, après avoir eu la précaution de vérifier en Angleterre rauthenticité de ses manuscrits zends , en les comparant à ceux qui s'y trouvaient amassés ^»

Quant à la langue primitive dans laquelle ils sont écrits, elle était restée pour lui, comme pour les plus savants prêtres parses, un impénétrable mystère. Tous ses efforts n'avaient pu aboutir à le faire aller au delà de la version pehlevi. Aussi, « quelque consciencieux qu'aient été ses travaux, ignorant la clef analytique, la grammaire et le vocabulaire de la langue qu'il étudiait, Anquetil-Duperron s'est exposé à de graves méprises, méprises qui ont donné lieu à uneconceptionfàcheuse^non-seulementdansles détails de son œuvre, mais encore dans des faits de la plus baute importance*. »

Ces méprises expliquent les appréciations si étranges et si fausses sur la doctrine de Zoroastre, que l'on rencontre à la fois dans V Encyclopédie de d'Alembert et dans le Dictionnaire théologique de Bergier. Elles donnent la mesure de ce que pouvait être, à cette époque, l'état des études orientales.

1 Félix Robiou, Bévue des questions historiques, octobre 1873. ^ Haugh, Essays on the saered language, writings and religion of the Parses,

Page 1