CHAPITRE SEPTIEME
Les dernières années de la Restauration, qui, pour ne le répéter qu'en passant, furent des années de renaissance pour les arts, pour la littérature comme pour les sciences, virent enfin s'éclairer d'une lumière plus vive et plus directe les premiers âges du vieux monde iranien. Gomme nous venons de le voir, on n'y avait encore pénétré qu'à travers les traductions douteuses, les commentaires hasardés, les traditions séculaires.
Le monument original, intact et primitif, existait cependant. C'était la loi , la loi et la réforme » ; c'était le Zend-Âvesta, tel que le grand réformateur bactrien l'avait lui-même écrit dans un dialecte devenu inin* telligible pour tous. Ce fut vers la source même de qette langue incomprise que notre compatriote Eugène Burnouf^ dirigea ses efforts. Il chercha à y pénétrer directement, sans interprètes, sans intermédiaires, sans commentateurs traditionnels, avec le seul secours de la science pure, de la science philologique telle que venaient de la rendre possible les découvertes modernes et l'application de l'étude de la grammaire comparée.
11 existait un recueil des écrits zoroastriens connu sous le nom de Yaçna, dans lequel le texte zend est mis en regard du texte sanscrit. D'après Max Mùller, cette traduction sanscrite aurait été faite sur la
' D*après M. Oppert, avesta veut dire réforme, et zend loi. {Annales de philosophie chrétienne, isinyier 1862.)
^ FiU de Tantear de la fameuse grammaire grecque, si connue des écoliers de notre âge.
version pehlevi. Quoi qu'il en soit, comme l'observe M. Félix Robiou, ce double texte zend et sanscrit fut, pour Eagène Burnouf, le point de départ, la condition et Tinstrument de succès de sa magnifique entreprise.
Nul, d'ailleurs, mieux que lui, n'était en mesure d'en tirer un aussi bon parti. Indianiste consommé, versé dans la connaissance la plus approfondie du bouddhisme et du sanscrit des Yédas , il put s'appliquer à comparer entre eux tous les passages dans lesquels chaque mot zend était employé , et il ne tarda pas à reconnaître que les flexions grammaticales de ces mots répondaient partout exactement à celles des mots sanscrits.
Ainsi se trouva vérifiée scientifiquement la proposition émise sans démonstration, en 1826, par le Danois Rask, relative à l'étroite parenté qui unissait le zend, l'antique langue delà Perse, avec le sanscrit védique, le dialecte antébrahmanique du Rig-Véda.
Des recherches parallèles et simultanées avaient été tentées sur le même sujet, à Kiel, par le professeur Olshausen, à Munich, par Joseph Mùller, et même par Bopp, l'illustre auteur de la Grammaire comparée des langues aryennes. Mais, d'après le témoignage même de M. Haugh*, toutes ces recherches n'avaient
1 Haugh, Essays, p. 24. Le docte Wurtembergeois appelle notre compatriote « le savant le mieux doaé du monde entier. »
[Gît. faite de] Félix Robiou, de V Ancien Iran et Zoroastre, Revue des questions historiques, octobre 1873,