‹ Voyage au pays de Babel; ou, Explorations à travers la science des langues et des religions: ouChapitre 43 sur 137 · CHAPITRE liUITIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE liUITIÈME

Hérodote et Strabon parlent bien d'une stèle commémorative élevée par Darius sur les bords du Bos* phore, et écrite en grec et en assyrien; mais c*est tout. Impossible d'en retrouver la trace. Un tel fil conducteur a manqué à nos explorateurs. Ils se sont trouvés seuls en présence de signes archaïques, de véritables arabesques composées de clous enchevêtrés dont les dessins, d'aspect cabalistique, servent de cadre aux bas-reliefs de la Perse ou de l'Assyrie.

Et tout d'abord, dans cette capricieuse décoration, comment reconnaître une écriture et une langue?

Supposons toutefois ce point facilement admis; dans ce cas, quelle que pût être la langue écrite avec de tels caractères, on eût eu alors à se demander si ces caractères représentaient ceux d'un alphabet, comme le soupçonnait déjà le génie de Leibnitz; ou bien s'ils étaient simplement des caractères syllabaires, comme dans le devanâgari sanscrit; ou enfin s'ils n'étaient pas plutôt des hiéroglyphes plus ou moins altérés % des signes talismaniques représentant des invocations magiques et des mystères sacerdotaux.

Il était bien naturel de demander le secret d'une pareille énigme à la langue et à Tantique religion de la Perse ; d'autant plus naturel que, de nos jours encore, « non loin des palais, parmi les tombeaux, dernier refuge des idées religieuses, on voit les disciples de Zoroastre accourir, à certaines époques de l'année

' Signes pariiculiers tenant le milieu entre l'égyptien et le chinois.

et dans quelques lieux de pèlerinage privilégiés , représenter textuellement, minutieusement , religieusement les cérémonies sculptées en bas-reliefs sur le marbre des cénotaphes, ou sur les parois d'un rocher ^ »

Vers le milieu du siècle dernier, la même année où notre Anquetil Duperron partait pour Flnde, le Danois Niebuhr, sur des inscriptions copiées à Persepolis, soutient et démontre ce que le chevalier romain Pietro Délia Valle avait avancé à leur égard deux siècles auparavant, c'est-à-dire que les signes qui les composent expriment des lettres.

Elles se lisent de gauche à droite et représentent un alphabet bizarre, mais un véritable alphabet, dont les signes ne diffèrent que par la forme des autres alphabets.

« Niebuhr reconnut eu outre que si les caractères des inscriptions de Persépolis procédaient toujours de la même origine, du clou ou du coin, ils n'en formaient pas moins des combinaisons différentes, suivant les inscriptions que l'on considérait. Clou ou coin , ils ont en général une position verticale f , ou horizontale >-, ou oblique y^ ; quelquefois réunis par la tête, deux de ces signes forment le crochet eu équerre < . Ces éléments primitifs ont la même apparence dans toutes les inscriptionSé Mais les combinaisons qu'ils forment ne se confondent jamais dans un même textCé

' Mcnanti ouv. cité.

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