CHAPITRE DIXIEME
La classification des laogaes rëpond-elle à celle des races? — Langues sémitiques. »- Comparaison ayec les langues indo-enropéennes. »- Une origine primitive et commune est-elle possible? — Objection de M. Renan. — Affirmation de M. Max MttUer. — Lima Us.
Nous avons vu que, grâce à la richesse et à la perfection de ses formes grammaticales, Tétude du sanscrit nous avait promptement conduits à la constatation d'un grand nombre de langues congénères. Ce sont les langues qui composent la famille indo-européenne.
Cette étude date à peine d*un demi-siècle parmi nous, et telle est sa fécondité, que quelques années ont suffi « pour dévoiler les lois les plus profondes da langage. Et, chose étrange! dans ce mouvement de régénération de la linguistique, la philologie sémitique est restée stationnaire'. » On sait pourtant avec quel zèle les grammairiens Juifs de toutes les époques ont fait de la philologie comparée, en se servant de Tarabe et des dialectes araméens^ pour résoudre les difficultés des textes hébreux.
^ Histoire générale et système comparé des langues sémitiques^ prcface, Renan.
* L'aramëen désigne la classe des dialectes sémitiques da nord :
Mais ce que Ton a x)btena si promptement pour la famille aryenne, on n'a point encore pu le faire pour la famille sémitique.
Il est vrai qu'il faut d'abord s'entendre sur le véritable sens à donner à cette prétendue famille sémitique.
Ce n'est point une race ethnographique ou physiologique, c'est une pure dénomination linguistique. £t encore, elle est aussi impropre qu'erronée. On ne peut confondre l'ethnographie avec la science du langage. Dans l'un ou l'autre cas, les classifications diffèrent. On a vu des races changer de langues, et diverses races parler la même langue. Quoi qu'en dise Darwin, il est bien impossible de faire dériver, d'une classification des races humaines, une classification quelconque du langage'. Les listes généalo-
chaldëen , syriaque , inscriptions canéiformes de Niniye et de Babylone. 11 répond de nos jours au néo-syrîaqne,
1 La classification des races doit être tout à fait indépendante de celle des langues. Les races, en effet, peuvent changer de langue, et rhistoire nous en fournit plusieurs exemples. C'est pourquoi différentes langues peuvent être parlées par la même race ; ou réciproquement, différentes races peuvent parler la même langue. De sorte que toute tentative pour faire cadrer la classification des races avec celle des langues , doit nécessairement échouer. Darwin, dans son Origine des espèces, a soutenu la proposition contraire, c*est-.^dire que la classification généalogique des races humaines fournirait la meilleure classification des différents idiomes parlés sur notre terre (Muller, VIIl* leçon). A propos des races et des langues, navons-nous pas vu notre époque faire appel à la science du langage pour décider quelques-unes des questions politiques et sociales les plus graves et les plus compliquées? Quel abus na-t-on pas fait de