‹ Voyage au pays de Babel; ou, Explorations à travers la science des langues et des religions: ouChapitre 53 sur 137 · CHAPITRE DIXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIXIÈME

Chez elles, c'est un point de départ qui ne varie pas; c'est une base fixe, une charpente intacte autour de laquelle viennent s'agglomérer les voyelles ; par leur addition et leur combinaison, elles forment les mots.

D'après ce caractère, il est impossible de ne pas reconnaître tout d'abord une langue ayant cette origine. « Pour les langues sémitiques, la racine est un taf qu'aucune infiltration n'a pu attaquer. Depuis plus de mille ans avant l'ère chrétienne , les racines sémitiques n'ont pas subi d'atteinte. Les radicaux de l'arabe le plus moderne répondent, consonne pour consonne, à l'hébreu le plus ancien. Il ne s'agit pas ici de ces langues vermoulues en quelque sorte, où les radicaux fatigués par un long usage ont perdu presque toute empreinte, comme les monnaies sans effigie ; il s'agit de langues d'acier, restées exemptes de toute altération '. »

Ainsi donc, voilà une seconde famille de langues congénères, dont le caractère d'homogénéité n'est pas douteux. Ce caractère est établi sur un moins vaste théâtre et constaté d'une manière moins éclatante que pour la famille de nos ancêtres les Aryas ; mais, dans les deux cas, les éléments respectifs qui se rapportent à chacune de ces deux familles sont parfaitement homogènes.

Il n'en eât plus de même si Ton passe de l'une à

' Renan (ouvrage cité).

l'autre de ces deux familles. Les résultats de la comparaison montrent alors des éléments étrangers par la forme, différents par l'aspect. Sans doute, on rencontre bien çà et là des rapprochements de détail, des analogies lointaines, des afSnités antégrammaticales ; mais est-ce suffisant pour conclure à un même système d'éclosion, poar donner aux deux familles un même berceau , une même origine?

Grave question, bien faite pour attirer l'attention de tout esprit sérieux; et, si cette question n'est ici posée que pour deux familles, il ne faut pas oublier « que ces familles ont conquis le monde et amené l'espèce humaine à l'unité K »

Bien d'étonnant donc à ce que, pour les linguistes de notre époque, cette comparaison soit devenue un sujet naturel de préoccupation. « Klaproth, Bopp et Norbery ont échoué dans ces obscures et dangereuses recherches '. Leipsius, et après lui Gesenius et son école, ont apporté là une meilleure méthode. »

1 Renan (ouvrage cité].

' Pourquoi dangereuses? Renan l'explique . ainsi : « Les étuden d'exégèse étant presque épuisées, le danger des éludes philologiques est de s'abandonner à la fièvre d'innovation. Il faut du nouveau à tout prix , car, sans des hardiesses d'investigation, comment attirer l'attention ? • En fait de hardiesses, qui a été plus loin que M. Renan? Nous ne parlons pas de ses contradictions; elles sont trop nombreuses. Ainsi, en même temps qu'il nous dit que les études d'exégèse sont à peu près épuisées, il ajoute : » en* fait de philologie comparée , le peu que nous savons n'est rien à côté de ce que nous pouvons savoir.* Or, pour tout esprit réfléchi, qu'est-ce, au fond, que la philologie comparée, sinon une pure question d'exégèse?

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