‹ Voyage au pays de Babel; ou, Explorations à travers la science des langues et des religions: ouChapitre 54 sur 137 · CHAPITRE DIXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIXIÈME

Les résultats de cette comparaison, diaprés M. Huiler, autorisent pleinement à admettre la possibilité d'une commune origine; la possibilité, remarquez-le bien, car le savant professeur d* Oxford ne s'aventure pas à démontrer la réalité du fait. Mais cette possibilité est évidente, incontestable, rigoureusement et scientifiquement établie : c'est là toute sa thèse.

Pour ce qui touche à leur grammaire, les deux familles, dit-il, supposent un système grammatical complet, avant leur séparation en dialectes. Depuis cette époque , ce n*est plus à leur développement , c'est à leur décomposition que nous assistons.

Nous n'avons à dissimuler ici aucune des difBcultés. M. Renan, après nous avoir dit qu'on ne démontrera jamais que l'hébreu dérive du sanscrit, pas plus que le sanscrit dérive du chinois, aborde la question avec tout le cortège de réticences et de réserves systématiques qui lui sont familières.

Pour lui, « la famille sémitique ressemble à un tableau mouvant où les couleurs, se fondant Tune dans l'autre, se nuanceraient, s'absorberaient, s'étendraient et se limiteraient par un jeu continu. C'est une action et une réaction réciproques, un échange de parties communes, une végétation sur un tronc commun, où chacun des rameaux s'assimile tour à tour les parties qui ont servi à la vie de l'ensemble, s'accrott, fleurit, se dessèche et meurt selon que les causes extérieures fayorisent ou arrêtent son développement ».

D'après ce poétique tableau, on croirait pouvoir

être fixé sur la luxuriante végétation des langues sémitiques ; point du tout. Quelques pages plus loin, le critique nous dit : « Le moule des langues sémitiques est immuable et coulé une fois pour toutes. Comparées aux langues indo-européennes qui sont essentiellement végétatives et vivantes, les idiomes sémitiques sont ce que Ton pourrait appeler des langues inorganiques. Elles n'ont pas végété , elles n'ont pas vécu; elles ont duré.» Sur les choses essentielles, un Israélite du temps de Samuel et un Bédouin actuel pourraient se comprendre.

L'analyse technique et approfondie de ces racines nous conduit aux éléments primitifs et irréductibles des langues sémitiques, comme nous l'avons été pour les langues aryennes. Gomme pour elles, de tels élé* ments permettent de supposer possible, à cette époque, l'existence d'une langue simple et monosyllabique, sans flexion et sans catégories grammaticales, exprimant les rapports des idées par la simple juxtaposition des mots : langue semblable au chinois, dans laquelle chaque racine isolée forme un mot et chaque mot une racine»

Il est bien naturel de donner un tel point de départ au système actuel des langues sémitiques. M. Renan ne l'admet qu'à son corps défendant; il préfère douter. « C'est une supposition, dit-il, sur laquelle tout esprit sage hésitera à se prononcer.

« C'est malgré soi qu'on est conduit à admettre une période où Aryens et Sémites vivaient ensemble.

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