‹ Voyage au pays de Babel; ou, Explorations à travers la science des langues et des religions: ouChapitre 55 sur 137 · CHAPITRE DIXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIXIÈME

saDs langage régalier, tout au plus avec le germe rudîmentaire de ce qui est devena plus tard le système indo-européen et le système sémitique*. »

Pour passer de cet état embryonnaire à leur état actuel, les langues ont dû traverser plus de phases que dans tout le reste de leur existence. Prendre cet état rudimentaire comme point de départ de nos belles langues aryennes ou sémitiques, si riches, si fécondes, si complètes, c'est vouloir que des milliers d'années se soient écoulées pour accomplir une pareille évolution.

D'ailleurs cette évolution n'a pu s'opérer qu'avant la dispersion des races et la formation des dialectes, attendu que chaqae dialecte est resté en possession d'un système grammatical distinct et parfaitement caractérisé.

Pour elles, en effet, la grammaire est indestructible. C'est un moule dans lequel chaque idiome a été coulé une fois pour toutes ; il y reste emprisonné en conservant une inaltérable empreinte.

Et d'ailleurs, comment a pu s'opérer une pareille transformation ? Est-ce par hasard ou de propos déli-» béré? Que l'on cite un seul exemple* Il n'y a eu pour les langues ni conciles ni assemblées délibérantes ; on ne réforme pas une langue comme une constitution vicieuse. La raison réfléchie a peu de part en de pareilles créations.

' Liire !•% chap. m. (Renaoi ouvrage cité.)

m VOYAGE AU PAYS DE BABEL. '

La langue artificielle et universelle de Leibnitz aurait été plus barbare que celle des Iroquois. Dire que le radical a précédé le verbe ou le substantif, n'est qu'une ingénieuse hypothèse. On ne peut faire dériver les unes des autres les diverses parties du discours. L'idée avec tout son cortège de déterminatifs, s'est produite dans une parfaite unité.

L'expression en a été spontanée et les langues sont sorties complètes de l'esprit humain, comme Minerve du cerveau de Jupiter.

De Maistre, sur le même sujet , se sert de la même image ; mais il ne dit pas les langues, il dit la langue, et c'est bien différent. D'ailleurs, dans les réflexions qui précèdent, entièrement empruntées au livre de M. Renan, il est curieux de retrouver, sur plus d'un point, l'inspiration des pensées de Bonald.

« La langue, dit l'auteur des Recherches phUosophi-ques, n*a pu exister sans être complète. Nous parlons comme nous respirons. La parole est pour nous comme la vie. Nous en jouissons sans savoir ce qu'elle est, d'où elle vient. Elle est pour nous comme la lumière du monde moral éclairant tout homme venant en ce monde. Elle est le lien de la société, la vie des intelligences. Elle tire l'esprit du néant, comme aux premiers jours une parole féconde tira l'univers du chaos.

ce Elle est le plus profond mystère de notre être; et loin de pouvoir l'inventer, l'homme ne parvient pas même à le comprendre. »

Page 1