CHAPITRE DIXIÈME
moyens purement humains, je laisse à qui le voudra la solution de ce difficile problème. »
M. Benan observe que l'école française, représentée par de Maistre et de Bonald, Lamennais et Gioberti, était mieux inspirée lorsque, entrevoyant la sève presque divine du langage, elle en proclamait la révélation surhumaine. En en faisant l'œuvre de Dieu et non l'œuvre des hommes, dit-il, ils se rapprochaient de la vérité. Ils faisaient marcher la science, mais bien à leur insu. (G*estle in coda v^n^num du critique.) Car chez eax, ajoute-t-il, toute idée de révélation entraine forcément cet anthropomorphisme grossier si contraire aux principes de la science, aux traditions de la saine critique.
On le voit, en fait d'origine de langage et dans sa comparaison entre les langues sémitiques et les langues aryennes, l'auteur de ï Histoire générale des langues sémitiques continue à osciller indifféremment entre la négation et l'affirmation, entre l'origine terrestre et Torigine divine.
La pensée de M. Renan sur ces graves questions est bien difficile à saisir.
Pour lui, le langage a été complet dès le premier moment, « complet comme l'esprit humain dont il suit la marche parallèle. Qui pourrait penser que l'homme conquiert successivement toutes ses facultés? > »
' Od peut coDSlater combien les idées de M. Renan sont en retard et en désaccord avec les idées des normaliens de la Bépubliquefrançaise, développées à la note ji.
Mais admettre réclosion spontanée d'une langue complète pour la famille sémitique, c*est, à plus forte raison, admettre le même fait pour la famille aryenne, dont on admire tant la richesse grammaticale et la perfection de son vocabulaire philosophique et religieux.
Cette double éclosion, spontanée et complète dans son épsmouissement, n'embarrasse pas M. Renan. Dans Tév'l actuel de la science, disait-il, il y a yingt-cinq ans, une bonne méthode nous commande de tenir pour distinctes les familles aryenne et sémitique.
Selon lui, cette distinction n'atteint pas l'unité morale et religieuse de l'humanité. Ce dogme est sacré ; il n'a rien à craindre de la science.
Nous le devons aux races sémitiques qui , par leur foi en un Dieu unique, en un Adam unique, en une langue primitive unique, ont proclamé les premiers le grand principe de la fraternité humaine K
Mais cette unité intellectuelle de l'humanité n'a pas pour conséquence son unité physique ; elle n'implique pas l'unité des races et des langues ^, pas plus qu'elle ne ramène à un couple unique ou à un lieu unique l'apparition de l'homme sur la terre. Gon-
' Nous avons vu précédemment ce quHl fallait penser du fameuT groupe sémitique que M. Renan s*obstine toujours à nous présenter comme groupe ethnographique, contrairement aux données actuelles de la science la plus autorisée.
' Voir plus haut ce qui a été dit sur les distinctions à établir entre les races et les langues.