‹ Voyage au pays de Babel; ou, Explorations à travers la science des langues et des religions: ouChapitre 64 sur 137 · CHAPITRE ONZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE ONZIÈME

Gomment, en effet, s*occaper de psychologie, de logique ou de métaphysique, sans se heurter à ce merveilleux problème du langage ?

Pour étudier la pensée, il faut bien aller jusqu'aux signes qui la représentent, qui la fixent, qui la rendent saisissante et palpable. Or , conçoit-on bien un tel problème?

Quelques sons très-peu nombreux étant donnés, vingt ou trente tout au plus, les transformer en une infinité de mots qui, en eux-mêmes, n'ayant rien de semblable à ce qui se passe dans notre esprit, rien de comparable aux objets qu'ils expriment, arrivent pourtant à rendre nos sensations intimes, à donner un corps à la pensée et à découvrir au dehors les secrets de notre âme.

Oui, c'est bien cela : quelques articulations de la voix, simples ou composées, voyelles ou consonnes, expriment toutes les pensées qui s'élèvent dans le cœur de l'homme, tous les objets, tous les événements, toutes les nuances du monde physique et du monde moral.

A la rigueur^ on comprendrait l'invention des mots énonçant la substance et la qualité, espèce d'onomatopée dont nous avons parlé plus haut.

Mais la parole par excellence, le verbe, telle que l'ont appelée les Grecs et les Romains , le verbe qui , avec une seule articulation de la voix , avec un pli des lèvres ou un simple mouvement de la langue, permet de saisir et de peindre tous les états de

rhomme physique et de l'homme moral, da temps et de Fespace, toutes les conceptions enûn, incorporelles et métaphysiques, le verbe, disons-nous, qui le comprend ?

Devant une telle question Fesprit se trouble et s'arrête. Sans vouloir y toucher, et sans présenter comme un axiome philologique la thèse soutenue par de Bonald sur l'unité d'origine, Max Mùller cherche à en démontrer la possibilité , à L'aide des éléments nouveaux que lui fournit l'étude comparative des racines.

Bans ce but, il abandonne la classification généalogique, suivie avec succès pour les langues aryennes, et à peine ébauchée pour les langues sémitiques.

Cette classification généalogique est basée sur l'organisation grammaticale et sur l'observation des mots eux-mêmes, transmis tout formés, de génération en génération; c'est la méthode historique. D'après cette méthode, comme nous l'avons vu, passant des langues vivantes aux langues mortes, il arrive à la limite de leur source cachée» à leur période la plus rudimentaire.

Des langues néo-latines il remonte au latin de la décadence, puis au latin de Gicéron et Jusqu'à celui des Douze Tables. De même, le grec de Périclès nous conduit à celui d'Homère, le sanscrit des Pourànahs à celui des Yédas.

La même étude comparative peut être entreprise

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