‹ Voyage au pays de Babel; ou, Explorations à travers la science des langues et des religions: ouChapitre 66 sur 137 · CHAPITRE ONZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE ONZIÈME

seul n'a été ajouté dans le cours des Âges historiques*.

Ce fait est capital. Il a été signalé par Mùller. Sa constatation est une des gloires de la philologie moderne. Le nombre des racines, dans chaque langue et dans toute leur durée, est resté invariablement ce qu'il était à l'origine des langues. Aucune investigation philologique n'a pu surprendre la naissance postérieure d'une seule racine. Ces racines peuvent pousser des rejetons aussi nombreux que variés, mais elles restent indestructibles sous les variations qu'elles subissent.

Le phénomène de l'immutabilité des racines est constaté d'une manière aussi éclatante pour les langues vivantes que pour les langues mortes *. Dans le chapitre précédent nous avons vu comment chaque racine représentait une idée abstraite, et non point une signification purement individuelle, et pour ainsi dire naturelle. Nous ajoutions^que dans ce seul fait il y avait toute une rc\éIation.

' Voir aa chap. yi ce qui a été dit relativement aux racines.

* C'est là un fait qui, dans Tétude comparée des langues, a force d'aiiome; il est d*ailiears démontré à chacun des pas que cette science a pu faire. De là cette conséquence féconde, que les racines sont la base la plus ancienne du langage, et que, en tonchant à la racine, nous sommes parvenus à la source même du mot Cette découverte est un point de départ certain dans les recherches nouvellement entreprises sur les origin^ des langues ei les rapports que les mots ont entre eux.

P. J. Brucker, Science du langage. Études historiques, philosophiques et religieuses. (Décembre 1873.)

Max MùUer observe les racines dans leors libres combinaisons, comme éléments constitutifs da langage.

Il étudie le procédé par lequel elles se groupent, s'assemblent, se coordonnent pour former les mots et exprimer ainsi, dans les diverses langues de Thumanité, les idées qu'elles représentent^

C'est ainsi qu'il saisit d'abord les racines à l'état isolé. Chacune d'elles conserve son individualité et son indépendance.

Elles constituent les langues radicales et monosyllabiques, dont le chinois est le prototype, et dans lesquelles chaque racine est un mot, chaque mot est une racine.

C'est la première catégorie de la classification nouvelle adoptée par Mûller. Elle n'est point artificielle ni de pure convention ; elle est fondée sur la comparaison des racines, la structure des mots, la constitution anatomique du langage. Mùller l'appelle morphologique, pour la distinguer de la classification généalogique qui nous a servi jusqu'à présent de guide dans l'étude des langues aryennes et sémitiques.

En second lieu, et comme deuxième catégorie, Mùller prend les racines à l'état de juxtaposition et d'agglutination, nous ne dirons pas de cristallisation, l'expression serait impropre. Beux racines se réunissent pour former un ^ot; dans ce travail de rapprochement et de soudure, l'une d'elles, toujours distincte et invariable, se trouve liée à une autre ou

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