‹ Voyage au pays de Babel; ou, Explorations à travers la science des langues et des religions: ouChapitre 67 sur 137 · CHAPITRE ONZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE ONZIÈME

à plàsiears autres racines, qai yarient et qui perdent leur indépendance, en devenant des terminaisons et des désinences modificatives.

Ce sont les langues agglutinantes. Elles embrassent les idiomes touraniens et comprennent en outre les langues polysynthé tiques d'Amérique*; c'est le deuxième système.

En troisième lieu, enûn , deux racines, pour former un mot, arrivent à un tel état de fusion et d'amalgame qu'elles perdent, toutes les deux, leur indépendance. C'est la période des flexions.

Elle répond aux langues synthétiques anciennes et aux langues analytiques modernes; langues organiques et amalgamantes, représentées par tous les idiomes aryens et sémitiques.

Entre les langues de la deuxième et de la troisième catégorie, entre une langue touranienne et une langue aryenne, la différence est la même qu'entre une mosaïque grossière et une mosaïque bien faite : tandis que les mots aryens semblent formés d'une seule pièce, les touraniens laissent voir les fentes

1 A l'exception da cbÎDoit et des dialectes congénères, le groupe touranien comprend toutes les langues qui , en Asie et en Europe, ne font pas partie des familles aryennes et sémitiques. Ces deux familles n'occupent sur tout l'ancien continent que ce qn*on peut appeler les péninsules occidentales : l'Inde et la Perse, l'Arabie, l'Asie Mineure et l'Europe, Il y a L'eu de supposer que ces mêmes contrées, avant l'arrivée des nations aryennes et sémitiques, avaient déjà été habitées par des populations tooraniennes. (Miiller, Vlil- leçon.)

et les sutures. Bans les mots de cette catégorie, la racine fait toujours saillie; elle se dessine en relief. Elle n*est point altérée, obscurcie, amalgamée, comme dans la période des*flexions. .

Telles sont les trois catégories d'une classification qui n'est que la conséquence de Fétude comparative des racines. Elle est morphologique, et nullement artificielle ni de convention. CSc qii'on lui reproche, nous allons le dire sans détour.

On lai reproche d'empiéter singulièrement sur le domaine de l'inconnu, en classant dans un même groupe appelé touranien, non-seulement les langues turque et chinoise, mongolique et thibétaîne, mais encore tous les dialectes de la Polynésie, de l'Afrique, de l'Amérique. Appeler touranien, dit Renan % tout ce qui n'est ni sémitique ni aryen, c'est faire, en philologie, une classification analogue à celle que l'on obtiendrait en histoire naturelle si l'on se bornait à classer tout le règne animal en poissons, mammifères, et tout ce qui n'est ni poissons ni mammifères*.

1 Compte renda de l'Académie des inscriptions et belles-lettres, sur le progrès dans l'étude des langues et des religions des peuples de l'Orient (1872-1873).

^ H Celle classification est très-commode, et par suite très-répandue ; mais elle ne présente pas un moyen bien rigoureux de se rendre compte des caractères de la structure linguistique. Prendre ces caractères pour base de classification, c'est comme si on voulait faire de la couleur de la peau et des cheveux la base d'une classification ethnologique, ou si Ion voulait, avec le nombre des pétales et des

Page 1