‹ Voyage au pays de Babel; ou, Explorations à travers la science des langues et des religions: ouChapitre 68 sur 137 · CHAPITRE ONZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE ONZIÈME

« C'est vague, iuoffensif et surtout peu utile. »

A cela Max Mùller répond : Bien que ces dialectes ne paraissent pas aussi étroitement apparentés que les langues qui composent les familles aryennes ou sémitiques, ils n'en sont pas moins sortis d'un berceau commun.

Ils possèdent des .éléments puisés à la même j^ource, et leurs coïncidences formelles, bien que d'une autre nature que celles des Sémites ou des Aryas, ne peuvent être attribuées à des rencontres fortuites.

La dénomination de touranienne, en efifet, est ici adoptée, comme antithèse, pour désigner les races nomades, en opposition aux races agricoles ou aryennes. Elle comprend deux grandes divisions. Au nord, Vouralo-altaïque ou ouro-tartare , qui se subdivise en mongole, turque, finnoise et samoyède.

Au sud, la langue tamoule, qui de son côté comprend les dialectes de l'Inde anglaise, du Thibet, de Siam , de la Malaisie et de la Polynésie.

On ne peut s'attendre à trouver dans cette multitude de langues le même air de famille qui unit les divers membres des familles aryennes ou sémitiques.

Mais l'absence de cet air de parenté ne constituet-eile pas déjà un caractère commun entre toutes ces langues, qui, ne l'oublions pas, sont langues de nomades ?

Et pour des langues de nomades, répandues sur un

ëtamincs, élablirune classificaiion botanique. » {La Vie du langage, p. 227. Pari», 1875.)

si vaste espace, n'est-il pas étonnant de les voir nous offrir un grand nombre de pronoms et de radicaux communs, comme preuve d'une parenté qui, pour être éloignée, n'en est pas moins réelle*?

D'ailleurs, comme nous l'avons dit, toutes ces langues sont caractérisées par l'inaltérabilité de la racine principale , qui , dans le travail d'agglutination , apparaît toujours nettement détachée des autres désinences dénominatives et démonstratives employées à compléter le mot.

Enfin , les langues touraniennes nous offrent un autre caractère non moins distinctif, une véritable loi d'harmonisation, d'après laquelle les voyelles de chaque mot peuvent et doivent subir un changement qui les mette en harmonie avec le ton donné par la voyelle dominante.

Mais les voyelles étant divisées en graves et aiguës, si un verbe ou un substantif ont une voyelle aiguë dans le radical , les voyelles des désinences ou terminaisons sont toutes aiguës. L'inverse a lieu si la voyelle est gra\e^.

1 Le point de rencoDtre des langues touraniennes du Nord et du Midi remonte aux Chinois, car les recherches de M. Edkins nous prouvent d'une façon de plus en plus évidente que le chinois est la source du mandchou et du mongolien , aussi bien que du siamois et du thibétain. (Max Muller, Classification des religions^ III* leçon.)

* Dans les mots turcs sev-mek, aimer; bak-mak, regarder, mek et mak sont les désinences de rinfinitif ; de même que dans ev-ler, les maisons» at-lar, les animaux, 1er et lar sont les désinences du pluriel, m Le Dénë-Dindjie possède si foncièrement Télément monosylia-

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