‹ Voyage au pays de Babel; ou, Explorations à travers la science des langues et des religions: ouChapitre 69 sur 137 · CHAPITRE ONZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE ONZIÈME

Aucune langue aryenne et sémitique n*a conservé une telle liberté d'allures pour modifier ses voyelles, selon la loi d^harmonie. Cette faculté , au contraire , se manifeste dans les membres les plus disséminés^de la famille touranienne, dans 'les idiomes hongrois, mongols, turcs et finnois, et jusque dans les dialectes des peuples qui touchent aux frontières orientales de rinde.

On le voit, quoi qu'en disent les critiques^ tous ces caractères constituent parfaitement un groupe, et si les langues touraniennes ne sont pas, comme Tarabe et rhébreu, comme le grec et le sanscrit, de nature à pouvoir être considérées comme les filles d'une même mère, en revanche, beaucoup plus rapprochées entre elles que ne le sont l'hébreu et le sanscrit, ces langues touraniennes peuvent être à coup sûr regardées comme divergeant d'un foyer commun.

Cette classification morphologique n'est si vivement attaquée que parce que son caractère de géné-

bique, que nous ne saurions prononcer une syllabe sans que cette syllabe eût une signification en Déné. Les Dënë'Dindjies , grandes peuplades les plus voisines du Pacifique et du détroit de Behring, possèdent le caractère des langues touranienne$, qui consiste dans la division des lettres en lourdes et en légères, et qui fait concourir les voyelles d'une même classe à la formation du même mot. Je veux parler, tout le monde le sait, de la loi de la Séquence harmonieuse; mais ici encore, ce caractère du langage scylhique, tartare, altaïquc ou mongol, ou touranien, comme on voudra l'appeler, n*est pas si général qu'il exclue ceux plus haut mentionnés; il leur est concomitant. «(Discours du R. P. Pélétot au Congrès des Américanistes de Nancy. Séance du 23 juillet 1875).

ralisation , nous permettant de l'appliquer à toutes les langues connues, nous permet, par là même, de toucher à l'origine du langage.

La première réflexion qu'elle suggère, en effet, est celle-ci : quelque distinctes que semblent être ces trois catégories de langues, langues monosyllabiques représentées par le chinois, langues agglutinantes ou touraniennes, langues à flexions comprenant le type aryen et sémitique, quelque distinctes, disons-nous, qu'elles semblent être, peut-on affirmer que ces trois grandes catégories ou familles de langues qui embrassent l'humanité^ sont indépendantes, étrangères et sans liens communs? Ne répondent-elles pas plutôt aux trois Ages, aux trois états, aux trois périodes successives de l'évolution et du développement général du langage humain?

En d'autres termes, et sans méconnaître les différences qui séparent leurs divers systèmes, ne pouvons-nous pas admettre que toutes les langues ont une origine commune?

Nous le pouvons, répond sans hésiter Max Mùller; nous le pouvons, car, au point où en est la science, il n'est pas douteux que 4es langues k flexions ont été précédées par les langues agglutinantes, et que les langues agglutinantes elles-même ont commencé par le monosyllabisme.

De même que la vie, à l'état rudimentaire, se manifeste dans les couches les plus profondes de notre globe, de même le monosyllabisme nous apparaît

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