‹ Voyage au pays de Babel; ou, Explorations à travers la science des langues et des religions: ouChapitre 70 sur 137 · CHAPITRE ONZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE ONZIÈME

comme le point de départ rudimentaire de tout langage humain. Il en est aussi certainement la base que les blocs de granit sont le fondement des couches successives de notre enveloppe terrestre.

A cette afSrmation , qui résout évidemment , aux trois quarts, la questidii de l'unité de langage,M. Renan répondait non moins afiSrmativement, il y a quelques années : ^ Le monosyllabisme ne passe pas plus à l'agglutination , que Tagglutination ne passe à l'état de flexion. Jamais on ne démontrera que nos belles et riches langues indo-européennes ou sémitiques dérivent du chinois, pas plus que les mammifères ne viennent des reptiles. »

M. Renan confond ici la race avec l'espèce; car personne n'a encore prouvé que Chinois ou Sémites composent deux espèces.

L'étude des langues touraniennes a Jeté sur la question un jour inattendu.

Tous les peuples ne sont point arrivés ensemble , et du premier coup, à l'état d'organisation grammaticale que nous leur conaaissons. Mais cette organisation une fois atteinte, devient un premier moale qui ne varie plus. Elle ne fhit que se consolider d'âge en âge. « Il arrive un moment dans la vie des grands peuples où la langue se fixe par la production d'œuvres littéraires, par l'écriture ou par l'imprimerie. Or, cette fixation n'a pas saisi partout le langage au même degré de son développement organique. Chez les Chinois et chez les Égyptiens, cette fixation a

sarprîs la langue à Tétat primitif et monosyllabique. Gliez les Hindous et les Sémites, ce ne fut qu'à un état beaucoup plus avancé, l'état analytique des langues à flexions.

Enfin, chez les Touraniens, cette fixation du langage a eu lieu à une période intermédiaire, celle des désinences et de l'agglutination '. »

L* agglutination observée chez les Touraniens est précisément l'opération qui conduit une langue à son organisation grammaticale. Elle lui fait franchir cette barrière du monosyllabisme dans lequel le chinois est resté comme pétrifié.

Ce point atteint, la grammaire se fixe ; et quelle que soit l'époque de cette fixation, il est permis de penser qu un Chinois ne pourrait guère comprendre que le langage soit possible si toutes les syllabes ne portent pas avec elles distinctement leur sens.

De même qu'un Touranien méprisera les idiomes où chaque mot ne loi laissera pas voir distinctement son élément radical et significatif; tandis que nous , qui sommes habitués à nous servir des langues à flexions, nous nous enorgueillissons d'une grammaire dont un Chinois et un Touranien ne feraient aucun cas.

Si donc, comme nous venons de le dire, la période d'agglutination, qui est un trait caractéristique et

* Egger, Joinnal des savants, ao^t 187J.

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