CHAPITRE ONZIÈME
commun pour toutes les langues touraniennes , est aussi pour ces langues une période d'organisation grammaticale, il s'ensuit que les langues de ce groupe telles que le finnois et le mantchou, le malais et le siamois, aboutissent^ sans cesser cependant de pouvoir être coDsidérés comme congénères, aboutissent à des grammaires entièrement différentes , plus différentes que ne le sont entre elles les grammaires sanscrite et hébraïque.
Donc, il n'y a pas de raison pour ne pas admettre qucle sanscrit et l'hébreu ne soient congénères, à la façon des langues touraniennes ^
L'étude de ce groupe nous autorise ainsi à admettre la possibilité d'un fait, dont la certitude nous a été déjà en grande partie révélée par la comparaison des racines.
Il est une autre conséquence que nous pouvons tirer de la connaissance des langues touraniennes.
Dès le moment que plusieurs de ces langues, telles que le turc et le finnois^, sans cesser d'appartenir au
1 « Les différences de l'anglais, de Tallemand et du danois proviennent d*un dëyeloppement différent parti d'un même centre; celles de l'anglais, du russe, de l'arménien et du perse proviennent de même d'une divergence partie d'un centre plus éloigné ; et l'on ne peut dire si celles de l'anglais , du turc, du circassien et du japonais ne sont pas dues à la même cause, » (Whitney, Vie du langage ^ p. 222. Paris, 1876.)
* Dans la grammaire turque , nous avons une langue d'une structure si transparente, que l'on peut étudier les opérations intérieures comme l'on suit Topéralion des cellules dans une ruche de cristal.
système d'agglutination touranienne, sont pourtant' déjà arrivées à un degré d'organisation grammaticale presque aussi riche , aussi complet que les membres des familles aryennes et sémitiques, nous pouvons en conclure, bien que nous n*ayons pas trace de ce passage, nous pouvons en conclure, par induction , que ces langues aryennes et sémitiques ont pu, elles aussi, traverser la période d'agglutination avant d'atteindre l'époque d'invariabilité analytique grammaticale où nous les connaissons.
Il y a plus : deux des membres les plus éloignés de la famille touranienne, le finnois parlé au nord, et le tamoul parlé au sud de l'Asie, conservent encore, dans leur organisation grammaticale, des traces d'une antérieure unité. Les Tamouls ne sont cependant que les habitants anté-brahmaniques de la péninsule indienne.
Or, accorder ce caractère touranien à ces prédécesseurs des Aryens dans l'Inde, n'est-ce pas justifier encore les idées que nous avons émises sur la possibilité de l'unité de l'origine des langues, c'est-à-dire
C'est ce qui a fait dire à un orientaliste éihinent que le turc, cette langue qui nous vient du fond des steppes de la Tartarie, pourrait nous sembler formé tout d'une pièce comme le résultat des délibéralions de quelque illustre académie.
Quant à l'idiome drs Osroanlis, c'est un véritable plaisir de lire une grammaire turque.
Avec un nombre restreint de racines attributives et démonstratives, en partant d'un vague infinitif ou d*un sévère impératif, ils sont arrives à exprimer les nuances les plus esquises des sentiments les plus délicats.