‹ Voyage au pays de Babel; ou, Explorations à travers la science des langues et des religions: ouChapitre 73 sur 137 · CHAPITRE DOUZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DOUZIÈME

Éiymologie scientifique. — > Sa méthode dans Tëtude comparative des langues. — Horizons qu'elle découvre. — - Poésie qu'elle inspire. — Lumière inattendue qu'elle jette sur les temps antéhistoriques. ^^ Civilisation des premiers Aryas, d'après les mots communs aux divers membres de cette famille avant Tépoque de leur séparation.

La connaissance des racines vient de noas donner , à Taide de la classification morphologique, un puissant instrument d'investigation. Son rôle ne se borne point là.

De la grammaire comparée, l'étude des racines nous conduit encore à Tétymologie comparée, étymologie scientifique qu'il ne faut pas confondre avec cette autre étymologie de fantaisie, telle qu'on la pratiquait au siècle dernier, et qui n'avait d'autre valeur que celle d'un simple jeu d'esprit.

Au point de vue scientifique, le seul qui nous occupe , une étymologie ne sera valable qu'à la condition de Justifier, par des faits positifs, chacune des transitions qui conduiront un mot , du primitif à ses dérivés.

Les termes que l'on ne peut ramener à la même racine demeurent distincts, quelle que puisse être la

ressemblance du son et même de la signification; tandis que des mots ayant la même racine peuvent pourtant arilver à différer, autant par la forme que par le sens^

A Pour que deux mots ainsi issus d'une même racine soient considérés comme identiques, il faut qu'ils représentent un même développement ou un même dérivé de cette racine; il faut, en outre, qu'entre la racine et ses dérivés et même qu'entre les dérivés eux-mêmes il y ait unité de sens. Quant à la similitude des sons, elle importe peu^. »

Dans la famille des langues indo-européennes , les mots n'ont pu être considérés comme communs aux divers dialectes que nous avons passés en revue, qu'à la condition de répondre et de satisfaire à une étymologie commune ; en outre, à la condition de justifier dans tous leurs détails les formes diverses que ce terme commun a prises dans ces différents dialectes.

Tels sont les prlucipes et les règles qui ont été posés, et ce n'est qu'en les observant rigoureusement que l'on a pu arriver à des résultats certains, dans la méthode comparative des langues, et dans là recherche des formes primitives de la parole et du langage.

Certes, une pareille étude semble, au premier aspect, singulièrement aride et rebutante. On la croirait bien

* p. J. Bruckcr, Éludes philoiopliiques et religieuges, juillet 1874. ' P. Brucker (ouvrage cité).

Page 1