CHAPITRE DOUZIÈME
à même, en nous appuyant sur les mots communs à toutes les langues romanes, de faire une sorte de tableau des idées et des occupations du peuple qui vécut en Italie mille ans au moins avant Charlemagne. Il nous serait facile de prouver que ce peuple a dû avoir des rois, des lois, des temples et des palais, des vaisseaux et des voitures , des routes et des ponts, et presque tous les éléments d*une Vie fort civilisée. Nous pourrions le prouver, dis-Je en prenant simplement les noms de tous ces objets , tels que nous les trouvons en français, en espagnol et en italien, et en montrant que, comme l'espagnol ne les a pas empruntés au français, ni Titalien à Tespagnol, ils ont dû exister dans cette couche plus ancienne de langage, d'où ces trois dialectes romans modernes ont tiré leur origine.
Le même système d'argumentation nous permet de constituer une sorte de peinture mosaïque de in civilisation primitive de la race aryane, avant la date où elle se sépara en plusieurs nations.
Comme nous trouvons en grec, en latin, en sanscrit aussi bien que dans les dialectes slave, celtique et germanique, le même mot pour home, maison, nous sommes* pleinement autorisés à conclure que, bien avant la date où ces langues eurent une existence indépendante et isolée , mille ans au moins avant Agamemnôh et Manou, les ajac^tres de la race aryane ne campaient plus sous descentes, mais construisaient des maisons durables. Gomme nous trouvons le même
nom pour « town^ ville, » en sanscrit et en grec, nous pouYonis en conclure avec la même certitude que les villes étaient connues des Aryas, avant que l'on parlât grec et sanscrit. Comme nous trouvons le même nom pour <^Hng, roi » en sanscrit, en latin, en gennanique et en celtique, nous en déduisons que le gouvernement royal était adopté et reconnu parles Aryas, dans cette période préhistorique ^ » N'est-ce pas là, dans sa simplicité technique, une page d'histoire détachée du livre de la civilisation primitive ?
Au point de vue de cette civilisation, la citation de Mùller trouve un complément et une confirmation dans le tableau qui nous est donné de l'état social des premiers Iraniens, d'après la traduction récente des plas anciens chants de l'Avesta, faite par MM. Haugh etSpiegel : « Dis-moi, Dieu vivant, s'écrie l'auteur des Gâthas, qui a préparé la demeure bactrienne, avec ses propriétés* ? »
L'état social y est des plus simples; la population à laquelle s'adresse le législateur est partagée en trois classes : le q(utu$ (propriétaire), l'ayriana (associé), et le varezna (ouvrier), c'est-à-dire, comme l'entend M. fiaughy lesseigneurs, les tenanciers, les laboureurs. Ils sont tous égaux devant Dieu, comme étant tous également appelés à la vie future, dans le champ de la vérité et du bien, selon la noble expression du poète.
* Max MttUer, Science des religioM, troisième partie (mai 1872).
• Haugh, EssaySy p. 150* • *