‹ Voyage au pays de Babel; ou, Explorations à travers la science des langues et des religions: ouChapitre 81 sur 137 · CHAPITRE TREIZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TREIZIÈME

dans leur vocabulaire, le nom de lumière et de ciel. Et ne nous laissons pas égarer, ne nous laissons pas entraîner à dire que c'était là après tout un culte nataraliste et idolâtre.

te NonI ce n'était pas le sens de ces noms, bien qu'ils aient pu, plus tard, être dégradés ainsi et réduits à cette signification. Dyaus ne signifiait pas le ciel bleu; il n'était pas seulement le ciel personnifié, il Youlait dire autre chose. Nous trouvons dans les Védas l'invocation Dyaus-Pitar , le Zcas pitar des Grecs, le Jupiter latin; et cela signifie, dans ces trois langues, ce que cela signifiait avant qu'elles se séparassent : cela signifié « le Père qui est aux cieux » . Ces deux mots ne sont pas seulement des mots ; ils sont, à mon sens, le plus antique poème, la plus antique prière de l'humanité, ou du moins de cette partie de l'humanité la plus noble de toutes, celle à qui nous appartenons ; et je suis profondément convaincu que cette prière fut prononcée, que ce nom fut donné au Dieu inconnu avant que le sanscrit et et le grec existassent; Je le suis aussi profondément que , quand je vois la prière de « Notre Père » dans les langues de la Polynésie et de la Mélanésie, j'éprouve la conviction que cette prière fut, pour la première fois, prononcée dans la langue de Jérusalem ^ »

On a objecté que le mot dem, brillant, n^était pas assez spiritualiste pour être affecté à la Divinité.

* Mai MUller, Science de% religions. Conférence* de 1872*

Mais cette appellation Devas, Deus, comme l'observe le P. Bracker, n'est pas an produit élaboré par des philosophes et des théologiens dans le silence da cabinet.

« Elle appartient à la philosophie et à la théologie naturelles. Elle a été créée en face des manifestations éclatantes de la Divinité, en vue de ce ciel et de ces astres brillants, l'œuvre la plus admirable de Dieu et celle où il se révèle avec le plus de clarté. C'est là-haut, en effet, que l'homme a toujours cherché son Dieu. Errant dans les steppes de Tartarie ou éternellement stationnaire au sein de l'empire du Milieu, traînant une misérable vie dans les régions ternes et glacées du Nord, ou jouissant des richesses de l'Orient inondé de lumière et de chaleur, il a toujours porté un regard de foi et d'espérance vers ce séjour insondable, mais où il sent comme d'instinct la présence d'un Maître et d'un Père. Tout le monde sait comment le christianisme, qui relève ou agrandit la nature et ne la supprime jamais , a consacré ce sentiment, on pourrait dire cette aspiration universelle du genre humain. Faut- il s'étonner que nos ancêtres, accoutumés à saluer la Divinité à travers ce voile lumineux qui la cache sans la rendre méconnaissable, lui aient donné un nom qui leur rappelait l'aspect mystérieux sous lequel elle se présentait ^ ? »

Ne l'oublions pas, ajoute le savant Jésuite, la créa-

* Science du langage et religion primitive, Étades philosophiqnes et religieuses , avril 1874.

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