CHAPITRE TREIZIÈME
tion des langues est une sorte de poésie ; tout y est image et figare. Un petit nombre d'idées élémentaires et sensibles en forment le premier tissu, qui se diversifie et s*étend à Tinfini, surtout par l'emploi d'un instrument fécond , la métaphore !
Ici, avec tout le respect dû à l'autorité de l'écrivain que nous venons de citer, nous ferons remar* quer qu'on ne saurait être trop circonspect dans l'emploi d'un pareil instrument. Il est dangiereux, car il pourrait faire croire^ avec Locke, que toute idée abstraite a pour origine une idée purement sensible ; en d'autres termes, que toute abstraction prend métaphoriquement sa source dans la réalité.
Il n'en est rien, car si la métaphore peut étendre le sens des mots, elle ne les crée pas. On le voit, de la métaphore à la mythologie, il n'y a pas loin.
Quoi qu'il en soit, « des milliers d'années se sont écoulées depuis le jour où les nations aryanes se séparèrent pour émigrer vers le nord et lo midi , vers l'ouest et Test : elles ont chacune créé une langue, elles ont fondé des empires et des philosophies, elles ont toutes construit des temples, et ensuite les ont rasés; elles ont toutes vieilli, et sont devenues peutêtre plus sages et meilleures; mais, lorsqu'elles cherchent un nom pour exprimer ce qu*il y a de plus élevé et en même temps de plus cher à chacun de nous, lorsquelles veulent exprimer à la fois le respect et l'amour, l'infini et le fini, elles ne peuvent faire que ce que faisaient nos ancêtres lorsque, levant leurs
regards vers le ciel éternel, ils y sentaient la présence d'un Être à la fois éloigné et voisin ; elles ne peavent que combiner les mêmes mots et redire la prière primitive, l'invocation de « Ciel Père », sous la forme qu'elle revêtira à travers les siècles : « Notre Père qui êtes aux cieux " ! »
Toutes les fois que, perçant les voiles du langage, nous pourrons ainsi remonter scientifiquement jusqu'aux sources les plus reculées de la pensée, nous constaterons que, chez les Âryas , la pensée qui inspira les premières appellations de la Divinité ne fut jamais empruntée à une conception grossière et matérialiste.
R Dans tout ce qui est commun à la race aryenne avant son fractionnement, rien n'indique que l'idée première de la Divinité fût ravalée au culte exclusif de la nature physique, culte déjà sensible et même dominant dans les Yédas. Les synonymes affectés au nom de la Divinité ont un sens spiritualiste *. »
A l'exemple de Max Mùller, M. Félix Robiou observe avec raison que l'identification constatée entre les différents dieux permet de les considérer comme ayant été les attributs ou la manifestation d'un être unique.
Si, dès l'origine , nous voyons Dyaus resplendir de tout l'éclat de la majesté et de la bonté souveraine : « Notre père qui êtes au ciel », nous voyons aussi,
^ Science des religions. Max Mùller.
* Félii Robiou, Bévue drt questions historîquts (juillet 1873).