‹ Voyage au pays de Babel; ou, Explorations à travers la science des langues et des religions: ouChapitre 88 sur 137 · CHAPITRE QUATORZIÈME. U · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATORZIÈME. U

jourd*hai encore, un État catholique diffère d'esprit et de constitution d'un Etat protestante »

Oui, plus que les langues, la religion constitue les nationalités, et les preuves abondent dans tontes les histoires, particulièrement dans celle des républiques grecques, si complètement divisées par les dialectes , les despotismes, les guerres civiles, et pourtant reliées par le sentiment profond de cette unité morale et religieuse puisée dans Tadoration commune et primitive du père des dieux et des hommes, du Zeus panhellénique, de Tantique Jupiter deDodone.

Et quelle autre preuve plus éclatante veut -on du même fait, que celle qui nous est fournie par l'histoire même des Juifs, dont la langue ne différait qu'insensiblement de celle des Phéniciens, des Moabites et des Chananéens, mais dont le culte faisait un peuple à part? C'était le'peuple de Jéhovah : peuple distinct, entièrement sépairé par son Dieu, bien plus que par sa langue, des autres peuples adorateurs de Baal et d'Astarté.

Il est donc présumable que les mêmes liens de parenté qui ont été constatés pour les religions de la famille indo-européenne existent également pour les religions de la famille sémitique.

Dans le dixième chapitre de cet ouvrage, nous avons vu comment les langues de cette famille étaient entre elles étroitement liées. Les termes identiques ne

I Philosophie de thiitoire.

manquent pas, et, en prenant les expressions communes dont se servent divers peuples sémites avant l'époque de leur séparation, on pourrait se faire une idée du degré de civilisation auquel ils étaient parvenus, bien avant les lois de Moïse, avant que l'hébreu fût l'hébreu, le syriaque le syriaque, avant que l'arabe existât, en d'autres termes, avant que les branches méridionales ou arabiques, septentrionales ou araméennes, centrales ou hébraïques se sépa* rassent d'une manière durable.

Les éléments de cette comparaison abondent; mais, malgré les promesses de M. Renan, ce travail n'a point été fait. Il n'existe point encore, pour les langues sémitiques, de monument analogue à la célèbre grammaire comparée de Bopp, qui a jeté sur l'étude des langues indo-européennes une si vive lumière.

Dans la recherche des expressions que les langues sémitiques peuvent posséder en commun, M. Max Mûller s'est borné aux noms de la Divinité.

Ces noms signifient le puissant, le vénérable y Yélevé, le roi, le seigneur, comme noms propres de la Divinité. Ce sont toujours les mêmes épithètes qui lui sont consacrées à Babylone et à Garthage, en Syrie ou en Palestine.

Jusque-là, rien que de très-naturel.

Mais ce qui étonne, c'est que parmi les termes trèsnombreux qui, dans les langues sémitiques, pourraient servir à rendre ces idées de grandeur, de force

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