CHAPITRE QUATORZIÈME
étude, qaand elle s'adresse aax opinions religleases des Chinois^ des Mongols, des Samoyèdes oa des Lapons ?
Nous sommes heureux de voir Mûller répondre ainsi à cette observation. Quand il s*agit de découvrir les grandes lois de Thumanité , est-ce qu'il peut y avoir quelque étude sans intérêt ? La couleur de la peau, la saillie des pommettes, l'ouverture de Tangle facial, ne font pas l'homme. Dans l'œil noir du Chinois, dans le doux regard du Finnois ou du Thibétain, nous retrouvons ce vivant reflet d'une àme qui répond à une Àme ; et le Dieu qui l'anime est le même , quelque soit U climat , quelle que soit l'imperfection du culte ou celle du langage. Cette remarque répond également à certaines idées qui se font jour à propos du parallélisme, ou si l'on préfère, à propos de la classification des langues et des religions.
La psychologie et la linguistique, dit Renan , ne sont pas étrangères l'une à l'autre , et la langue n'est pas indépendante du climat. Il ajoute : entre la langue et l'esprit de chaque peuple, il y a connexité.
L'esprit fait la langue, et la langue sert de formule à l'esprit.
Le Père Gratry, de chère et douce mémoire, est encore plus explicite sur ce point délicat.
Il y a deux manières, dit-il^ d'envisager la parole. Premièrement, on peut la regarder comme la représentation abstraite de la pensée. En second lieu, en
même temps qu'elle est cette représentation abstraite, elle peut être considérée aussi comme Texpression de la nature des choses.
En d'autres termes, dans la formation et le développement du langage, deux routes entièrement différentes ont pu être suivies par l'esprit humain.
L'une, en ne s'attachant strictement qu'à renonciation claire et précise de la pensée, arrive, par une voie abstraite, prosaïque, impersonnelle, à ne prendre la parole que comme un signe, et à ne donner au mot qu'un seul sens.
L'autre méthode touche à la poésie; elle embrasse l'idéal, mais l'idéal calqué sur le monde réel. Or, dans le monde réel, il y a des substances, des actions, des qualités. Donc, dans le monde des mots, c'est-à-dire dans le langage qui en est le reflet et l'expression, il y aura des substantifs, des verbes, des adjectifs. Le mot devient alors un être, et la parole une prosopopée.
Dans chaque phrase , le sujet devient une personnalité qui vit, qui se meut, qui agit : c'est la vivification du mot, la personnification de la langue , c'est son assimilation avec les objets du monde extérieur. Dans cette espèce d'incarnation des mots et des choses, le travail raisonné a peu de part; la poésie domine , la poésie qui s'inspire toujours de la ressemblance que les mots doivent avoir avec l'âme, avec la nature, avec Dieu.
Passant de ces principes à leur application aux