‹ Voyage au pays de Babel; ou, Explorations à travers la science des langues et des religions: ouChapitre 92 sur 137 · CHAPITRE QUATORZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATORZIÈME

du tout à Dieu, c'est le vrai, c'est le beau, c'est le bien, c'est le droit et le devoir de la raison.

« Mais ne point établir de différence et de limite entre le fini et l'infini, prendre pour Dieu le fini de la nature ou l'abstraction de la pure pensée, voilà l'erreur , Terreur pantbéistique dans laquelle l'Inde est plongée. La langue n'en est point la cause, elle en est le reflet, l'instrument.

« Si la Chine est athée, l'Inde s'égare dans une foi pervertie*. »

Nous avons vu ce qu'il fallait penser du panthéisme 4'ndien, qui n'a Jamais été, au fond, que la dérivation et la déformation d'un culte primitif. A l'aide du langage, c'est-à-dire à l'aide de la comparaison analytique des racines, nous avons pu remonter jusqu'à la religion des premiers Aryas. Là, avant que le génie hindou , par des transmigrations incessantes et des renaissances sans fin, fût arrivé à confondre et à identifier le monde pnysique et le monde moral, la substance et la qualité, l'abstraction et la réalité, l'esprit et les sens, Dieu et la nature, là, disons-nous, au berceau de notre race indo-européenne, nous avons vu briller d'un éclat inattendu le nom auguste et pur, précis, formel, monothéiste de la Divinité : Dyaus, notre père qui êtes au Ciel I Ormuzd, celui qui est!

Avant de pousser nos recherches jusqu'au groupe

' p. Gratry, Connaissance de Vâme,

des religions touraniennes, laissons encore un instant et sur le même sajet la parole au P. Gratry.

« Entre Tabstraction chinoise qui conduit à Fathéisme et l'universelle personnification sanscrite qui mène au panthéisme, Thébreu occupe un milieu vrai. La flexion, qui manque au chinois et qui absorbe tout en sanscrit, se retrouve en hébreu, dans de justes limites, dans le sens droit et vrai, dans le grand sens des mots. Elle y est jointe, dit Humboldt, au plus pur symbolisme. »

C'est elle qui personnifie, poétise, inspire la parole, en en faisant à la fois limage vivante de l'univers, de Tâme et de Dieu. M. Renan a beau nous dire que la race religieuse et sensitive des Sémites se peint dans ces langues toutes physiques , auxquelles l'abstraction est impossible et la métaphysique inconnue. Non, l'abstraction dans les termes n'est qu'une ombre qui cache mal le vide; et de cette abstraction le génie sémite ne veut pas, car il sait qu'il n'y a pas de vide. Il sait que la création est réelle, que Dieu est réel et vivant, et que son existence est la plus haute des réalités.

Le génie sémite parle par symbole et par métaphore, comme Dieu parle par la nature. Mais il ne s'en tient pas au symbole , dans sa forme matérielle ; il donne un ciel à chaque figure, un écho céleste à chaque son ; il voit Dieu à travers les choses.

Si la poésie indienne n*est qu'une mensongère fiction, une luxuriante monstruosité, la poésie sémite

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