CHAPITRE QUATORZIÈME
est sobre et vraie, simple et grande, réelle et historique; elle s*inspire de la Divinité.
L'Indien voit Dieu identique avec tout; il n*aspire qu'à de perpétuelles incarnations ; il traverse l'iiistoire en dormant un rêve merveilleux.
Le Gliinois ne voit rien , rien que la terre , et au delà, l'abstraction, le néant.
Le peuple de Dieu, lui, n'attend qu'une incarnation; et quand elle est venue, ce peuple disparait comme le palmier qui a donné son fruit. Mais une race nouvelle sort de ses entrailles, race morale et intellectuelle, race féconde et chrétienne, race reine et maîtresse du monde.
Tel est le brillant tableau qu'on nous pardonnera, Je l'espère, d'avoir emprunté presque intégralement aux divers ouvrages du P. Gratry.
Ce que le savant oratorien dit du peuple hébreu est parfaitement juste. 11 n'a qu'un tort, c'est de l'appliquer à toute !ine race. C*ost l'erreur que M. Renan s'obstine à soutenir contre toute évidence'. D'un groupe purement linguistique il a fait un groupe ethnographique etunerace^ la race sémitique.
De la communauté des dialectes, il a conclu la communauté des tendances morales et religieuses^
« Guidé par son instinct., et même par sa conformation ocdpulale^ cette race a été la première à concevoir Dieu personnel et vivant, unique et séparé du
' Voir ce qui a éié dit à ce sujet au chapitre z.
monde. La nature a peu de place dans sa cosmogonie; le désert est monothéiste. j>
A ce monothéisme d'instinct , inventé par M. Renan , la science a opposé une réalité : c^est l'idolâtrie si connue des Chananéens, des Sidoniens, des Phéniciens, tous Chamites d'origine et n'appartenant que par la langue au groupe sémitique.
L'Hébreu fait exception. Seul il peut revendiquer rhonneur d'avoir toujours été monothéiste. Mais certes, ce n'est pas à l'instinct qu'il le doit; son instinct le poussait au contraire au culte des idoles.
Telle est l'erreur à laquelle peut conduire la confusion des langues et des races ^
C'est évidemment faire abus des analogies et des affinités que d'en tirer, à propos d'homogénéité dialectale, tout un système de tendances morales et religieuses.
Le génie d'une langue ne fait pas plus celui d'une nation que le génie d'une nation ne produit celui de la langue.
Non, la langue ne fait pas le peuple.
Elle en est llnstrument, le reflet. Dès lors, pour les langues, pas plus que pour les races, on ne peut dire qu'elles sont panthéistes, monothéistes ou athéeSé
Ce serait presque un blasphème, car, avec Leib-
' Errear combatlne par Mitller et surtout par Whitncy dans ton tout récent ouTrage la Fie du langage, p. 223, Paris, 1875.