CHAPITRE QUATORZIÈME
nitz , nous croyons fermement que toute langue est faite pour louer Dieu : Ut omnis lingua laudet Dominum .
Gonnait-on une seule langue qui ait été réfractaire à la prédication du Christ? Les missionnaires peuvent répondre.
Les obstacles qu'ils rencontrent en Chine sont d'une autre nature; ils sont bien étrangers à cet athéisme organique que Ton suppose être la cause de rimmobilité séculaire d'un peuple et d'une race.
Dans les livres sacrés et classiques des Chinois, il existe des textes authentiques relatifs à leur monothéisme primitif. Max Mùller, par la philologie, est arrivé à peu près au même résultat; il a appliqué au groupe touranien la même méthode qui l'a si heureusement conduit à la certitude d'un culte monothéiste , antérieur au panthéon védique , à Tanthropomorphisme grec , et à l'idolÂtrie sémitique.
Nous avons déjà dit que le point de rencontre des langues touraniennes du Nord et du Midi remonte au chinois. C'est le type le plus primitif de cette immense famille. Son antique religion, sans couleur et sans poésie y que l'on pourrait presque appeler « monosyllabique ' » , consiste dans le culte d'une foule d'esprits : esprits des ancêtres et esprits des défunts,
' On peut consaher lei nombreux et intéressants articles que le P. Prémare publie dans \e$Jnnales de philosophie , 1S74-1875, sur les. Vestiges choisis des principaux dogmes de la religion chrétienne^ extraits des anciens livres chinois,
3 Max MUlIer.
esprits du ciel et du soleil, de la lune et des étoiles, de la terre et de la mer, des montagnes et des rivières.
C'est l'antique religion de la Chine, transmise par Confucius, qui, au fond, n'en est que le prédicateur, l'interprète, et non le fondateur.
Dans les classes supérieures , il existe une croyance à deux puissances abstraites, Tune active, l'autre passive; c'est la force et la matière des philosophes, le bien et le mal des moralistes ; c'est le double pouvoir qui embrasse le monde. Dans la religion chinoise, il se traduit par l'esprit du ciel et l'esprit de la terre.
Dès l'origine, pourtant, l'esprit da Ciel dominait sur la terre, car ce n'est que dans des livres historiques relativement modernes, dans le Shu-hing, que nous voyons le ciel et la terre être ensemble le père et la mère de l'humanité*.
Dans les poésies plus anciennes, au contraire, l'esprit du ciel, seul, est le maître; il est le créateur, le père et la mère de toutes choses '.
Son nom Tien est celui du ciel. Le double signe qui le représente veut dire grand et unique à la fois. « Comme il n'y a qu'un ciel, comment peut-il y avoir plusieurs dieux * ? »
On le voit, le Tien chinois, primitivement nom du
1 MedburUy Recherches , p. 46.
^ Ghalmers, Origine des Chinois, p. 14.
3 Citation extraite d'un livre chinois par Max Mttller.