‹ Voyage au pays de Babel; ou, Explorations à travers la science des langues et des religions: ouChapitre 95 sur 137 · CHAPITRE QUATORZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATORZIÈME

ciel, ciel lumineux, ciel glorieux, esprit du ciel, passe par les mêmes phases que celles que traverse le nom du ciel arya: Dyaus, Zeus ou Jupiter, dans la poésie et dans la religion de Flnde et de la Grèce.

Passant du chinois aux autres branches de la famille touranienne, nous ne pouvons pas nous attendre à de nombreuses coïncidences. Toutefois, celles qui existent sont d'autant plus frappantes que nous sommes encore moins versés dans la connaissance des religions des tribus toungouses, mongoliques, tartares et finnoises.

Partout et toujours , au-dessus du culte des esprits secondaires, plane TËsprît supérieur; c^est le père, c'est l'antique, c'est le protecteur, c'est le Dieu du ciel! Les Samoyèdes, dit Gastren, adorent les idoles; mais ils croient à un pouvoir plus élevé et divin qu'ils appellent « Nums ou Juma. »

Le même voyageur , en cherchant à découvrir au milieu des tribus altaiques les traces de cette Divinité suprême et les modifications de la pensée religieuse, demandait à une vieille femme samoyède si elle priait jamais.

Gommentisi je prie? répondit-elle. Ghaque matin je sors de ma demeure, je m^incline devant le soleil, et je lui dis : « Quand tu te lèves, moi je me « lève. » Et chaque soir je dis encore : « Lorsque tu te couches, moi je me couche aussi. »

G'était là toute sa prière, peut-être tout son culte,

toute sa religion, religion bien grossière, sans doute, observe Mùller, mais capable pourtant de faire, deux fois par jour, détacher les regards de la terre pour les porter au ciel.

Évidemment, cette vieille femme était fière de sa prière, car elle ajoutait ; « Et dire, Monsieur, que non loin dUci, il est des sauvages qui ne font jamais leur prière du matin et du soir! »

De ces sauvages, il en existe ailleurs que dans les montagnes de rAltaï.

Le Num ou Juma des Samoyèdes est le même que le Juma des Finnois; il veut dire : Heu du tonnerre, le ciel. Sauf des modifications phonétiques particulières à chaque peuple, ce nom se retrouve chez les Lapons, les Ësthoniens, les Styricns, les Gircassiens et les Voliacks; toujours avec la triple signification, comme le Tien chinois, de ciel, Dieu du ciel, Dieu en général.

Maintenant, si Ton veut suivre les traces du nom de la Divinité en Chine, en Tartane et dans la Mongolie, comme nous l'avons fait dans Tlnde et en Europe pour Dyaus ou Zeus , en Palestine et eu Babylonie pour El ou Jéhovah, nous rappellerons que les dialectes tourauicns appartenant aux langues agglutinantes, sont des dérivés directs du monosyllabisme chinois.

Or,enfacedu Tien du Céleste Empire, nous trouvons dans le mongol Teng-ri^ ayant la même triple signification de ciel, — Dieu du ciel, — Dieu en général.

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