‹ Voyage au pays de Babel; ou, Explorations à travers la science des langues et des religions: ouChapitre 98 sur 137 · CHAPITRE QUI^ïZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUI^ïZIÈME

race hamaine soit fausse, c'est une erreur qu'il partage en commun avec d'autres observateurs iiupar* tîaux, tels que Humboldt, Bunsen, Pritchard et Owen.»

Nous pourrions ajouter Blumenbach et Guvier, les deux Geoffroy Saint-Hilaire et M. de Quatrefagcp.

Ces déclarations ne lui ont pas épargné les critiques d'une autre nature. La théorie des racines que nous avons développée dans les chapitres précédents, et qui nous a dévoilé, sur les origines du langage, des aperçus aussi nouveaux que lumineux, est combattue par le marquis d'Anselme, dans une récente réfutation adressée à ce sujet au P. Brucker, de la Compagnie de Jésus ^

Le P. Brucker, s'inspirant de Mùller, avait dit : « Le petit nombre d'idées (élémentaires) n'est pas autre chose que le fonds des racines qui forment la base de toutes les langues. Ces racines primitives sont réellement fort peu nombreuses et leur nombre diminue encore, si Ton ne considère que les idées fondamentales qu'elles représentent. Les idées exprimées par CCS racines sont vraiment élémentaires , car les termes les plus compliqués, les plus abstraits, les plus profonds de toutes les langues, se réduisent, en dernière analyse, à des combinaisons extrêmement simples^. »

Une pareille théorie, répond le marquis d.'An-

1 Annalet de pUilosophte chrétienne, août 1874.

^ Lettre manuscrite du P. Brucker au marquis d'Anselme.

selme, peut passer comme une dissection des mois, comme une analyse plus on moins fantaisiste du langage. Mais, au fond 5^ elle ne sera jamais qu'une œuvre d'imagination, qu'une romantique fiction brodée sur un thème scientifique.

Elle ne peut s'appliquer aux langues issues de Babel, qui forcément ont dû se composer d'autre chose que de quelques centaines de racines monosyllabiques. Et, en effet, des hommes qui, la veille, avaient à leur disposition des milliers de mots n'ont pas pu rebrousser chemin et être réduits tout à coup à quelques centaines d'articulations.

Comment ces quelques centaines d'articulations auraient-elles suffi à exprimer toutes les notions acquises depuis quinze ou dix-huit cents ans, notions qui, depuis le déluge ou depuis Babel, n'avaient pu s'évanouir comme un songe?

Non, à aucune époque, l'homme n'a cessé de penser et de parler pour passer d'un idiome à l'antre.

Non , jamais depuis le premier homme, il n'y a en de création de langues.

Non, jamais population issue d'hommes parlants ne s'est vue réduite tout à coup au petit nombre d'idées élémentaires représentées par les racines. Bref, les racines n'ont pu précéder les langues, dont elles sont comme la charpente.

Voilà toute l'objeclîon. — Voici la réponse. Elle ressort de ce qui est exposé dan le cours de cet ouvrage, surtout dans le onzième chapitre.

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