CHAPITRE QUINZIÈME
Tout le langage humain a été circonscrit en trois familles de langues, aboutissant à trois groupes de racines correspondantes, sanscrites, sémitiques, touraniennes.
Ces racines ramenées à trois groupes sont-elles réductibles ou irréductibles entre elles? Tout est là. C'est le dernier point qui résume toute la question de l'origine du langage; et, devant cette grande question de Tunité d'origine , nous avons passé successivement en revue tous les arguments qui ont autorisé Max Mùller à se prononcer catégoriquement pour Taffirmative.
Dans aucun cas, et malgré tous ses efforts, la science n'a pu démontrer V impossibilité de cette unité, c'estàdire l'impossibilité de la réduction et de l'identification des racines ^
' Dans sa Vie du langage^ le docteur Whitney semble arriver par Tabsardc à celle démonsiration. Renversanl la queslion , il admet quernniié de race n'cxclul pas, pour les langues, la diver&iié d'origine. Voici son raisonncmenl : • La linguisiique ne peut se porter garant de la diversité des races humaines. Si nous admelions, par Lypothèsc, que les liomnaes ont créé les premiers éléments du langage, de même qu'ils en ont fait tous les développcmcnls subséquents, nous sommes Forcés de convenir qu'une période de temps assez long'ie a dû s'écouler avant qu'ils aient pu se former une certaine somme de matériaux. El pendant ce temps, la race, fùl-ellc unique*, a pu se répandre et se diviser de façon que les germes primitifs de chaque langue aient été produits indépendamment dans les unes et dans les autres. Donc, l'incompétence de la linguistique, pour décidi-r de l'unité ou* de la diversité des races humaines, paraît être complètement et irrévocablement démontrée. •• Page 22*2; Paris, 1S75
"Dès lors , si l'on reconnaît que les racines des diverses familles de langues ont pu avoir une origine commune, où est donc la nécessité de placer, comme le fait M. d'Anselme, cette période radicale du langage après Babel ou après le déluge?
Les langues issues de Babel pouvaient être monosyllabiques avant le déluge, et même entre le déluge et Babel.
Après Babel , les unes sont restées dans la période monosyllabique, comme le chinois; les autres sont entrées dans la période agglutinante, comme le touranien; les autre?, enfin, de transformations en transformations, sont arrivées à Tétat de flexion, comme les Sémites et les Indo- Européens. Nous ne voyons pas là, de causes forcées d'interruption dans les notions acquises avant Babel.
Si nous ne trouvons pas fondées les objections que M. d'Anselme oppose à la théorie des racines, nous reconnaissons avec lui que trop d'éclairs du vrai brillent à travers les nuages du paganisme, trop de détails, même dans les plus bizarres légendes, nous rappellent, en l'altérant et en la défigurant, la tradition sacrée , pour ne pas nous autoriser à nous appuyer sur cette tradition, dans la recherche des sources de la religion primitive.
Cette religion est antérieure à toute mythologie, car la mythologie, n'étant qu'une altération, une corruption, ne peut avoir pour nous le caractère d'une religion primitive et commune.