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sufhsante des divers idiomes en usage dans le pays. Ilest notoire, cependant, que dès leur arrivée dans la colonie, les Récollets se mirent résolument à l’œuvre et furent les premiers à porter la parole de l'Evangile chez les tribus les plus éloignées.
Quoiqu'il en soit, les Jésuites que les Récollets avaient appelé à leur rescousse finirent par les remplacer. Ils n'avaient pas encore mis les pieds dans Québec, que, déjà, on faisait tourir de maison en maison dans la ville naissante un parmi ict odieux (r) où ils étaient accusés d’avoir
armé la main de Ravaillac, le fanatique qui tua Le seul roi dont le peuple ait gardé la mémorre,
Quatre mois après leur arrivée, l'Antri. Cotton)
était brülé par la main du bourreau. Soit qu’ils
(1) Z' Anti Cotton.
:) Le P, Jésuite Cotton était le confesseur de Henri IV Lors du meurtre de ce roi, il publia une etre déclaratorr. de la doctrine des Pères Jésuites (1610) où il défendait son ordre contre les accusations dont il était l'objet, Cette apolo gie rencontra des contradicteurs qui publièrent /'Anfr- Cotton Où réfulation de la lettre déclaratoire, où l'on essaya de prouver que 8 Jésuites étaient les auteurs du parricide com-
mis sur la personne de Henri IN N'est-il pas étonnant de
voir ce pamphlet répandu dans Québec, dès l'origine ?
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EUSsEnt reçu le mot d'ordre des trafiqueurs, soit peut être par crainte de voir diminuer leur influence, les truchements avaient refusé opiniätrement d’initier les fils de Loyola aux dialectes indiens. Dans le seul hiver de 1633, grâce À Marsolet, le célèbre interprète montagnais ardemment sollicité, ils purent apprendre de lui suffisamment pour devenir maîtres À leur tourà Les Récollets, ordre manquant de ressources, n'avaient pu qu'ébaucher des travaux gigantesques. Les Jésuites, puissants Organisateurs armèrent des vaisseaux qui leur apportèrent dans la colonie vacillante ce que la faiblesse où le mauvais vouloir des Compagnies n'auraient pu leur procurer,
Les efforts des Jésuites furent dirigés d’abord vers les nations lointaines des lacs, chez Jes Hurons, Quoique les sauvages de Tadoussn:
fussent pour ainsi dire les premiers que les navi res français rencontrajent en remontant le fleuve On ne leur porta la bonne nouvelle de l'Evangile qu'après plusieurs autres (1) Les fils de Loyola
ne tome
(rt) Relation de 1041, D, S0,
avaient pressenti que le centre de l'empire futur du Canada était à l'ouest. La phrase fameuse de Horace Greely n’est qu'une pâle parodie de l'idée lumineuse d'un obscur missionnaire,
Les Tadoussacciens étaient nomades et les Jésuites considéraient qu'il était impossible de les instruire à moins de les rendre sédentaires. . «On ne peut espérer grand chose d'eux sans cela, écrivent-ils (2).
« On les instruit aujourd’hui, demain la aim les contraindra à aller chercher leur vie dans les bois. Les vouloir suivre, il faudrait autant de religieux qu’ils sont de cabanes. Sur cent relieux, il n'y en a pas dix qui puissent endurer les travaux qu'il faut endurer à lear suite. On travaillera beaucoup et on avancera fort peu si on norrête ces barbares. On ne peut les forcer à cultiver eux-mêmes, ils n'y entendent rien.
Da reste, où garderont-ils ce qu'ils auront recueili? Dans leur cabane d'écorce, mais la prenière gelée y gatera toutes leurs racines. Ce sont gens qui vivent au jour le jour, 11 faudrait
(1) Relation de 1644, p. 12
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leur envoyer quelques hommes entendus à défri. cher laterre, Ils se joindraient À eux, cultiveraient et les forceraient Peut-être de s'arrêter. Tout cela est bien difficile, cependant. Comment habituer au rude travail de la terre des
hommes qui ont toujours vécu dans l’oisiveté ? Pour les sauvages de l'intérieur, les H urons, }
es Algonquins, cela va bien, ils
sont sédentaires, groupés en bourgades organisées, mais pour Tadoussac l'aventure Paraît bien risquée, »
Quatre ans après la reprise de Québec sur les Kertk, lc+ Jésuites avaient déjà vingt six représéntants de leur ordre et six résidences dans
colonie nouvelle. Dès 1626, un des leurs s’en
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était allé à 300 lieues de Québec, au beau milieu
du continent, eva géliser les Hurons. I
‘D 1636 lés PP, Brebeuf, Mercier,
Pyart, Chaste Iain,
Garnier, Jogues EXerçaient l'apostolat dans cette mission déjà florissante, Aux l'rois-Rivières, les pères Buteux et du Marché avaient ‘a garde des
Algonquins et des Poissons-Blancs, Québe:
comptait deux établissements réguliers : Notre.
Dame des Anges et Notre-Dame de Recou
vrance, C’est 1à que campait l’armée de réserve et que l’on formait à l'étude les missionnaires conscrits. L'ile brumeuse de Miscou, aux approches de la baie des Chaleurs, avait une résidence de Jésuites de même que celle du Cap Breton, Les succès remportés par les disciples de Loyola au Paragnay avaient donné l'idée à ceux du Canada de fonder des établissements semblables dans la Nouvelle France. Ii avait été relativement facile d'organiser la nation huronne qui possédait déjà un gouvernement rudimentaire, on eut plus de peine à enrégimenter les tribus nomades dont les pays de chasse embrassaient les rives du Saint-Laurent inférieur, Un bon chevalier, enthousiasmé par la lecture des Relations, vint à point, et Sillery fut fondé, Dans cette bourgade, jetée comme un avantposte de la colonie naissante de Québec, on essaya de grouper le troupeau errant. Les premiers établis firent de la propagande. Un capitaine fameux de Tadoussac, s'étant converti, vint s'établir à Sillery, et ses sujets, qui de tous
es
les sauvages étaient les moins disposés à se fair
TADOUSSAC 85 chrétiens, tout en refusant de suivre leur chef dans sa nouvelle demeure, finirent par demander un missionnaire, Si la montagne ne vient pas à nous, il faut aller à elle, dit un proverbe qui prit naissance lors de la fameuse équipée de
Mahomet, Les Tadoussacciens, ne voulant point
abandonner leur pays, les Jésuites les y allèrent : ; à )
trouver. Au mois de mai 1641, le père Paul Le Jeune, le père de Quen et l'interprète Marsollet s’embarquèrent pour Tadoussac. (1) Ce fut le commencement des travaux des missionnaires Jésuites dans cette région, et pendant près de cent cinquante ans, de 1647 à 1782, ils ne devaient cesser d'y exercer l’apostolat le plus ardu, € Ce pays est si misérable, écrivait le père de Quen, qu'à peine y trouve-t-on de la terre pour les sépultures. Ce ne sont que rochers stériles et affreux. Si, néanmoins, la compagnie dont 1 flotte passe à tous les ans quelques mois, y
bâtir une maison, comme M. du Plessis.
1041, p. 50; Relation de 1652,
Bochart avait commencé, cela ferait du bien à tous. Les pères y pourront venir au printemps jusqu'au départ des vaisseaux. Je ne conseillerais pas aux Français d'y demeurer pendant l'hiver. Les sauvages s'en éloignent pendant ce temps là, abandonnant leurs rochers au froid, à la neige et aux glaces. »
C'est cctte pauvre terre désolée que le P.
de Quen devait venir durant plus de onze ans (1) cultiver pendant l'été afin qu’elle porta du fruit pendant l'hiver. {2) Sitôt que le cours de la rivière était libre, les sauvages le venaient cher, cher à Québec dans leurs canots, Ils lui dgessaient une cabane à part qui servait À la fois de chapelle et de logement ; c’est là qu'il disait la messe tous les jours, jetant la bonne semence au mieu des nations éparses du Saguenay, que le commerce y ralliait,
Pour faire porter des bons fruits à cette nouvelle vigne, le père désirait ardemment pouvoir
se construire une maison à Tadoussac. (3) Ses (1) 1041-1062, (2) Relation de 1644 :
(3) Relation de 1642,
TALOUSSAC 87 vœux furent exaucés. Suivant l'exemple des Gamache et des Sillery et de plusieurs grandes dames de France qui aidaient puissamment les missionnaires de leurs fortune, madame Ja duchesse d’Aiguillon lui fournit, en 1643, de quoi entretenir sa mission, En cette année, il put dire pour la première fois la messe dans une pauvre mâsure bâtie à la hâte par les Français qui déchargeaient les navires.
Durant ce même été on apporta de France de la brique pour bâtir la maison de T'adoussac. (x) L'année suivante, lorsque madame de la Pelterie s’y rendit de Québec. elle put être marraine de deux petits sauvages dans la chapelle improvisée, Deux Ursulines qui arrivaient de France avec le père Le Jeune s'y trouvèrent en même temps qu'elle et l’on rendit à Dieu de solennelles actions de grâce. Tamais les tribus nomades du Saguenay n'avaient assisté À pareil spectacle. Leur étonnement fut bien plus grand encore lorsqu'en 1647 on apporta une petite
tapisserie de droguette, pour embellir la chapelle,
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(1) Relation de 1643.
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88 l'ADOUSSAC
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et une cloche pour les appeler au service. La
tapisserie était faite en ondes (r) et les supertitieux ne manquèrent pas d'y voir quelques mystérieux sortilèges, Quant à la cloche, tous prenaient un plaisir non pareil d’en entendre le son. [ls la pendirent eux-mêmes aussi adroitement que l'aurait pu faire un mécanicien français. Chacun la voulait sonner à son tour, pour voir si elle parlerait aussi bien entre ses nains qu'entre les mains du Père,
Depuis 1641, les Jésuites n'avaient jamais manqué d'envoyer tous les ans à Tadoussac un ou deux de leurs pères qui passaient l'été, assistant les Français qui y abordaient et travaillant à la conversion des sauvages qui s'y rencontraient, «Lorsque l'hiver commente 5es approches, écrivait un des annalystes de l’ordre, que toute la contrée se dispose à changer son habit vert en un habit blanc, et que le cristal se forme petit à petit sur le bord des rivières, les
sauvages se séparent pour aller faire la guerre
aux élans, aux cerfs, aux caribous, aux ours, aux
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(1) Relation de 1647,
TADOUSSAC castors. Chacun tire vers son quartier, n’allant néanmoins qu'aux endroits dont ils sont convenus avant que de se séparer les uns des autres, afin de ne pas se nuire dans les battues de chasse, Tout les pères se retirent alors À Québec.» Avant leur départ les missionnaires choisissaient parmi les plus instruits, des chefs de la prière qui étaient chargés de rappeler à leurs frères les notions religieuses qui leur avaient été données pendant l'été C’étaient les Dogiques à qui on remettait des calendriers Pour reconnaître les jours de fêtes et de dimanche afin de les faire observer. A eux, incombait le soin de résoudre les difficultés qui pouvaient survenir, d'indiquer les prières à réciter dans la maladie, dans la tristesse, quand Ja chasse manquait, quand il fallait traverser des lacs ou des rivières difficiles. Ces chefs improvisés avaient parfois plus de zèle que de raison, comme tous les nouveaux convertis,
» Un jour, raconte l’annalyste de la mission, le sieur de Joinville, qui a écrit la vie de $. Louis,
se trouvant dans une grande tempête sur la mer,
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