‹ Voyage au pays de Tadoussac [microforme]Chapitre 8 sur 18 · LO · texte numérisé non relu

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ses soldats et ses matelots croyant qu’ils allaient périr se jetèrent à ses pieds et lui demandèrent l’absolution de leurs péchés. Mais, pensez-vous, leur dit-il, que j'ai ce pouvoir? Qui l'aura donc, Monsieur, puisqu'il n’y a point de prêtre dans le navire ? À cette repartie, il éleva sa voix : Or sus, je vous absous de tout le pouvoir que j'en ai, Je ne sais pas si j'en ai, mais si j'en ai vous êtes absous. C'était là une bonne simplicité gauloise, jointe d’un peu trop d’ignorance. Les sauvages de Tadoussac sont tombés cet hiver dans la même erreur. Se voyant dans leurs grands bois, éloignés du missionnaire, ils souhaitèrent tout-à-coup passionnément d’entendre la messe, L'un d'eux se présenta et en fit les cérémonies avec tout l'appareil d’un esprit trop fervent. Une vieille femme entend les confessions. A ceux qui avaient commis quelque faute, on leur fit avouer publiquement et on les fustigea sans pitié,» On peut juger de la surprise du missionnaire lorsqu'il arriva au printemps et entendit le récit naïf des prouesses

religieuses de ces bonnes gens.

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TADOUSSAC 91 ERNST ER RAR Le P. de Quen, nous l'avons dit déjà, fut celui qui cultiva le plus ordinairement les missiôns de Tadoussac. On retrouve souvent son nom de 1641 à 1652. Pendant cette décade, il eut comme collaborateurs de passage, les P.P. Buteux, Druillettes, Lyonne, Bailloquet.

Dès son premier séjour à Tadoussac, en 1641, le P. de Quen avait désiré ardemment pénétrer dans les profondeurs du Saguenay, chez les sauvages du nord, mais les tribus encore soupçonneuses et jalouses de garder le secret de leurs pays de chasse, l'en avaient toujours empêché, Ce n’est qu’en 1647, au mois de juillet, qu’il put enfin s’embarquer pour la nation du Porc-Epic. Il remonta le Saguenay, les rapides de la rivière Chicoutimi, le grand lac Kenogami, et fut le premier Français dont la barque aventureuse sillonna les eaux du lac Saint-Jean, 11 devait renouveller ce voyage en 1652. C'est encore le P. de Quen qui commença la mission des Bersiamits,

Le successeur régulier du P. de Quen dans

les missions montagnaises de Tadoussac fut le

P. Charles Albanel. C’est le premier missionfaire qui commença à suivre les sauvages dans leurs chasses d'hiver, (r) De 1650 à 1660 il habita ces parages, tantôt longeant les rives du fleuve, tantôt s’enfonçant dans les bois, tantôt faisant sa demeure à Tadoussac même avec les quelques Français que les compagnies particulières y tenaient en garnison d'hiver dans Pirtérêt de la traite. Durant l'hiver de 1657, il s'aventura avec un parti de chasseur sur la rive droite du fleuve et atteignit les monts Notre- Dame. Au printemps de 1660, avant son départ de Tadoussac, le P. Albanel ayant marié un français nommé François Pelletier avec une sauvagesse chrétienne, sans publication de bancs, ni avis donné aux parents, ni à l'évêque, ni au gouverneur, cette affaire fit beaucoup de bruit, (a) et on le dirigea vers les missions de l’Outaouais,

Cette mission de Tadoussac, le P. Albanel l'avait cultivé avec amour pendant dix années

(1) 1650—Journal des Jésuites, p. 144, (2) Journal des Jésuites, p. 28v,

de sa vie, dix années de vrais sacrifices et de dévouements constants, et 1l l’abandonnaïit tout à coup, à l'impromptu, poussé par la discipline rigoureuse, sur d'autres rivages, vers des pays inconnues. C'est saint Ignace qui l’a dit : « le Jésuite sera comme le soldat d’un camp volant. » I! y devait revenir après dix années d’absence, maïs hélas cette église qu'il avait gouverné pendant si longtemps, cette mission qu'il avait laissée belle et florissante, il n’y retrouvera plus que quelques restes misérables de son ancienne splendeur. La famine, la maladie, un ennemi implacable auront dispersé les 1200 cathecumènes qu’il avait pris plaisir à instruire, Sur ce rocher la solitude se sera faite. A peine cent sauvages hâves, pâles, salueront-ils son arrivée.

Des événements considérables s'étaient passés depuis le jour où le P. Albanel avait abandonné pour ‘la première fois les rives de Tadoussac. En 1660, immédiatement après son départ, on avait envoyé pour le remplacer les PP. Druillettes et Frémin. (1) Mal vus des tra-

(1) Jourmal des Jésuites, p, 285,

mm 94 TADOUSSAC

fiqueurs qui avaient fait leur possible en sous main pour entraver leur départ, ils durent retourner presqu’aussitôt. L'année suivante, les Iroquois implacables abordaient À Tadoussac, surprenaient les Français occupés sans défiance à leurs pêches, tuaient trois des leurs et mettaient tout à feu et à sang. Rien ne fut épargné. La maison de poste détruite, l’église brûlée, les survivants, cent âmes environ, s'embarquèrent pour Québec, laissant Tadoussac en ruines. (x) C’est après ce coup de main audacieux que les Iroquois, retournant dans leur pays, tuèrent le grand sénéchal Jean de Lauzon dans l'ile d'Orléans.

Après ce désastre, Tadoussac était demeuré près de deux ans inhabité, lorsqu'au printemps de 1663, le P. Druillettes y fut envoyé de nouveau, Les sauvages, que la terreur de l'ennemi éloignait des rives du fleuve, s'étaient dispersés dans les profondeurs des bois ou avaient cherché refuge chez les tribus plus éloignés du Golfe. Déjà, le P. Baillo juet, dans ses courses aven-

(1) Journal des Jésuites, p, 296.

TADOUSSAC 95 tureuses, avait pénétré en 1661, chez les Papinachois, nation située au septentrion de Tadoussac. On fit de ce dernier poste comme un point de repaire, C’est de là que les missionnaires s’élancèrent à la recherche du troupeau épars. Les PP. Druillettes, Bailloquet et Henri Nouvel, jusqu'en 1668, y vinrent tour à tour, On les retrouve, sur la rive droite du fleuve, au lac Saint- Jean, chez les Bersiamistes, à la mission du lac Saint-Barnabé chez les Papinachois. Ces missions étaient sous les soins du P. jésuite Louis de Beaulieu lorsque Mgr de Laval aborda en 1668 à Tadoussac pour y donner la confirmation aux quelques sauvages qui y demeuraient encore et que la paix avait réuni. Le temple qu'on avait eu tant de peine à construire ayant été réduit en cendres, on dut le recevoir dans une chapelle d’écorce. (1)

Albanel avait passé l'hiver de 1669 dans les forêts qui bordent la Rivière-du-Loup, Notre- Dame du Portage et l'île Verte, et il se disposait, au printemps de 1670, à retourner à

(1) Relation de 1668,

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nn trentaine Drome Québec lorsqu'il reçut l’ordre de se rendre à Tadoussac pour y administrer les malades et ensevelir les morts d’une épidémie qui venait

d'y sévir. Comme il parcourait la côte du

nord en canot à la recherche du troupeau dispersé, il fit la rencontre d’un sauvage de la célèbre Baie du Nord qui lui dit avoir vu un vaisseau français dans son pays.

Albanel le presse de questions, et ne désire rien tant déjà que de s’aventurer dans ce pays inexploré.

Depuis longtemps, missionnaires et gouver:

neurs de la Nouvelle-France s’inquiétaient de faire une trouée à travers les forêts mystérieuses et d'atteindre à cette mer fameuse. Les Anglais avaient la même ambition, et l’on discute encore, sans pouvoir la résoudre avec pleine certitude, la question de savoir laquelle des deux nations en prit la première possession, (1) Le 24 juin 1640, un Anglais arrivait à Québec avec vingt Abénaquis. Il était parti du Kennebec,

(1) Voir sur ce sujet une étuce très intéressante de M, Paul de Cases : /a Frontière nord, ‘

PO EN EU le TADOUSSAC 97 nana Là nee avait traversé les Alleghanys, descendu la Chaudière jusqu’au Saint-Laurent cherchant un passage vers la mer du Nord. M. de Montmagny le fit conduire à Tadoussac d’où on l’'embarqua pour l’Angleterre. Aux Jésuites qui l’interrogeaient sur ses Projets, il avait répondu qu’en remontant le Saguenay il était sûr d'atteindre à la mer. Mais les pères croyaient alors la route du lac Huron plus certaine (1). En 1657, le Procureur-général Jean Bourdon, en 1661, les missionnaires Dablon et Druillettes, en 1663, le notaire Pierre Duquet avaient en vain tenté l'aventure, On n'avait cessé dans l'intervalle d'interroger les Sauvages. Chaque missionnaire Apportait sa part d'information. La relation de 1658 indique les détails de six routes différentes qui pouvaient être suivies pour atteindre enfin Cette mer mystérieuse, « routes plus difficiles à tenir que le grand chemin de Paris à Orléans. »

Il était de la dernière importance de résoudre le problème. Si on laissait s'établir une fois les

(x) Relation 1640, P. 36.

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g8 TADOUSSAC romarin Anglais sur les rives brumeuses de la Baie, c'en était fait de la traite avec les peuplades du nord qui venaient approvisionner les comptoirs des Trois-Rivières et de Tadoussac. Le courant rebroussait chemin. Ce que ses prédécesseurs n'avaient pu faire, le P. Albanel l’accomplit. Dix ans auparavant, le premier juin 1661, le missionnaire Dablon et le sieur de la Vallière étaient partis de Tadoussac, et remontant le Saguenay, le lac Saint-Jean et l'Assamachouanne s'étaient rendus au lac Nekouba, à la hauteur des terres, (1) à cent lieues du fleuve et à mi-chemin de la baie du Nord. Le P. Albanel prit sa course vers l’ouest. Parti de Tadoussac le 8 août 1671, il pénêtre jusqu’à la tête du lac Saint-Jean où il hiverne. Le premier juin 1672, il abandonne son cantonnement hibernal et franchit en dix-huit jours, par la rivière des Sables et un chapelet de mares innommées, la distance qui le sépare du grand lac des Mistassins. Le 25 juin, il aborde enfin à la célèbre mer du Nord. La fin du mois de juillet le

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(1) Relation de 1661, Journal des Jésuites, p. 300.

ne men retrouva de nouveau à Tadoussac où il put chômer avec les Français du poste l'anni versaire de son départ. Le P. Albanel avait parcouru à pied et en cano: 800 lieues, franchi 200 chutes et 400 rapides, et tout cela en un peu plus de soixante jours. (t) « Jusqu'ici, dit la relation, on avait estimé ce voyage impossible aux Français, qui après l'avoir entrepris déjà par trois fois et n’en ayant pu vaincre les obstacles, s'étaient vu obligés de l'abandonner désespérant du succès. » Au P. Albanel appartenait la gloire de cette expédition dont il rêvait depuis dix-huit ans. Le voyage du P, Albanel termine l'ère des découvertes dans la région située au nord de Tadoussac, C’est maintenant un Pays connu, si non exploré dans tous ses détails, et l’on va voir les Jésuites, gardant toujours Tadoussac comme point de ralliement, étendre un vaste réseau d'établissements ét de missions volantes dans ces profondeurs dont ils avaient déchiré le voile mystérieux, Le traiteur, pre à la curée,

(x) Ceci paraît impossible, mais voir Relation de 1672, p.

suivra le missionnaire intrépide ; à côté de la chapelle rustique s’'élèvera le comptoir de commerce.

Le successeur du P. Albanel, le P. François de Crépieul, aura pendant ses trente-et-un ans d’apostolat, de 1671 à 1702, à desservir toute cette vaste régron. Parti de Sainte Croix de Tadoussac, et remontant vers le nord, il rencontrera sur sa route les missions de Saint - François- Xavier de Chicoutimi et de Saint - Charles de Metabetchouan, à lest extrême aux sources de l’Assamachouane, l'établissement de Saint- Ignace de Nekouba, à l’ouest au centre du lac des Mistassins, le poste de la Sainte - Famille, Revenu à son point de départ et longeant la rive nord du fleuve, il s’arrêtera tour à tour à Notre- Dame du Bon-Désir des Bergeronnes, À Lesquemin, à Betsiamistes, à Notre-Dame de l’Assomption des flets Jérémie, à la mission de FAnge-Gardien chez les Oumamiois, à celle du lac Saint-Barnabé à la tête de la rivière Sainte-

Marguerite.

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OR ESS RON Huit collaborateurs viendront successivement lui prêter main - forte. Ce sont les P. P.

Jean-Baptiste Boucher, Jean Morain, Antoine Silvy, Bonaventure Fabre, Antoine Dalmas, Louis André, Pierre Marest, Jean Chardon.

Silvy, Dalmas et Marest se rendront jusqu’à L baie d'Hudson. Le P. Marest y sera fait prisonnier par les Anglais et conduit à Plymouth, le 4. Dalmas y sera tué Par les sauvages du fort Sainte-Anne. C'est le seul martyr que les disciples de Loyala aient donné aux missions du nord,

Après le départ du P. François de Crépieul, ies missions de ces régions lointaines paraissent avoir été quelque peu abandonnées, Le P. jésuite Pierre Laure, qui semble avoir été son successeur régulier, déclare dans son journal, en arrivant à Chicoutimi, qu'il prend possession de la mission rétablie après vingt ans d'interrègne. Le P. Laure mourut aux Ebouiements en 1738 et

fut remplacé deux ans après par le P, Jean Baptiste Maurice. Le P. Maurice mourait à Tadoussac le 20 mars 1746, et dans l’automne

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de la même année, le P. Claude-Godfroi Coquart recevait l’ordre d’aller continuer son œuvre. Le. P. Coquart succombait à son tour le 4 juillet 176$ et celui qui l’inhumait à Chicoutimi, le P, Jean-Baptiste de la Brosse, devait être le vingt et unième et dernier missionnaire de son ordre dans cette région.

Chicoutimi, sous le règne des P. P. Laure et Coquart, paraît prendre le pas sur Tadoussac. “ Les Jésuites y sont présentement en possession de cette mission qui est à Chicoutimi,» dit la Potherie. (1) Charlevoix se plaint de la solitude de ‘Fadoussac où l'on ne voit ni hommes ni bêtes, (2)

Pendant cent quarante-deux ans, les missions de Tadoussac et du Saguenay avait eu pour apôtres les disciples d’Ignace de Loyoln, et pendant ce siècle et demie, l’histoire de Tadoussac n'est guère autre chose que celle des œuvres qu'ils y exercèrent, A partir de 1783, les prêtres séculiers ont remplacé les Jésuites

Explorations des missionnaires jésuites. — De leur diplamatie, — Comment ils furent de puissants auxiliaires du gouvernement,

L'œuvre des missionnaires jésuites ne s’est pas borné à évangéliser les sauvages. Eile doit être envisagé À un double point de vue, Apôtres €t soldats, les Jésuites ont pénétré partout, cher. chant les plus obscures retraites pour y prodiguer leur vie au nom de Dieu et du roi de France.

De même qu'ils s'appuyaient sur l'Etat, l'Etat s’est appuyé sur eux. Missionnaires, ils travail. daient à la conversion des peuples, agents politiques ils survéillaient les néophytes, les éloignaient de l'Anglais, faisant bénéficier l'église et le gouvernement civil du résultat de leurs observations, Ils ne vivaient Pas pour ex, mais pour la religion et la patrie, Chaque sauvage converti devenait un allié de la France. Toutes les tribus

ndiennes, depuis l'Acadie jusqu'au Mississipi, ont ressenti cette double influence. Quand il s'agissait d'étendre la gloire du nom français le missionnaire, l’homme d'épée et le commerçant ne faisaient qu’un. Il semble que cette alliance consacrée dans mille missions périlleuses reposait sur une base si large qu'elle aurait dû éloigner toutes discordes. Et, pourtant, dès que l'ennemi commun était disparu, ces héros, unis la veille, détruisaient souvent dans des discussions dignes du Bas-Empire le fruit de vingt victoires gagnées ensemble au prix des plus grands sacrifices,

Au chef sauvage qui lui voulait fermer le chemin de la mer du Nord, le P. Albanel répond : uCe n'est pas pour acheter le passage de cette rivière et de ton lac que je te veux régaler de deux présents. Le Français, ayant délivré tout le pays des incursions des Iroquois vos ennemis, mérite bien qu'on lui laisse un droit d'aller et de venir avec toute liberté sur cette terre, qu'il a conquise par ses armes. De plus, Dieu, que vous dites vous même être le maître de toutes

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choses, puisque c'est lui qui a tout fait et qui gouverne tout, m'envoyant pour le faire connaître par toutes ces contrées, me donné le droit de passer librement par tout.... J'aime Dieu, vous dit le Français, je ne veux point avoir d’alliés, ni de parents, qui reconnaissent le démon pour leur maître, et qui recourent à lui dans leurs besoins. Mon amitié, mon alliance et ma parenté, ne doit point être seulement sur la terre et en ce monde, je veux qu'elle soit de durée en l’autre, après la mort, et qu’elle subsiste dans le ciel. Et pour cela, quittez le dessein d'avoir commerce avec les Européens, qui traitent vers la mer du nord, où on ne prie point Dieu, et reprenez votre ancien chemin du lac Saint-Jean, où vous trouverez toujours quelque robe noire pour vous instruire et baptiser. » (1) C’est ainsi qu’en l’an de grâce 1671, au milieu des bois du Saguenay, le P. Albanel cimentait l'union de l'Eglise et de l'Etat et confondait leurs intérêts dans une seule et même harangue,

(1) Relation de 167a, p. 48.

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Les Jésuites ont eu chez les Hurons et les Iroquois des missions glorieuses qu'ils ont baptisé : missions des apôtres et des martyrs. L'église de Tadoussac à été plus humble, Elle ne fut jamais éprouvée par le feu et le glaive ÿ mais l’histoire doit garder mémoire des courses prodigieuses et des travaux qui y ont été accomplis. Les Jésuites ont été les découvreurs et les pionniers de ces régions. Les premiers, ils ont pénétré dans ces lointaines solitudes, pleines de mystères et de redoutables légendes. Le Saguenay et les pays du nord étaient mieux connus alors qu'ils ne le sont aujourd'hui. A cette époque primitive, quand on cherchait si ardemment les routes qui pouvaient conduire à l'empire du Japon, il est impossible d’oublier que c'est à Tadoussac que se sont organisées et que c'est de là que sont parties ces deux grandes expéditions de 1661 et de 1671 qui devaient mener enfin à la célèbre mer du Nord. C'est aux labeurs incessants des Jésuites, racontés Par eux avec une humilité aussi grande que leur dévouement, que nous devons la connaissance de ces régions,

Les Jésuites avaient des missions établies sur le cours du Saguenay et sur les rives du lac Saint-Jean alors même que la capitale de la Nouvelle-France sortait à peine de ses langes. Lorsque le naturaliste Michaux, à la fin du siècle dernier, s'avançait vers le nord par la Mistassini et la Rupert, il suivait les traces du P. Albanel. Le P. Jésuite Laure, qui vécut à Tadoussac de 1720 à 1737, a laissé du territoire du Saguenay une carte qui étonne encore Îles géographes par l'abondance et l'exactitude rigoureuse de ses détails On est tout surpris de trouver dans Charlevoix une carte de ces contrées où le grand lac Mistassini est dessiné avec ses baies profondes, ses îles innombrables qui toutes portent des noms bien français Ce sont les îles Saint - Joseph, Sainte - Croix, Saint- Ambroise, Saint-Jean. Sur une presqu'ile qui sépare les lacs du Père Albanel et Dauphin du lac des Mistassins, vous verrez la maison des

Dorval. Les rivières Rourbon, à la Carpe Rouge, Pêche Nouvelle, se jettent dans cette vaste mer intérieure.

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En 1702, le missionnaire Crépieul nous

apprend que le sieur Nicolas est allé au grand lac Mistassini, avec dix Français et deux Montagnais rebâtir sa maison et le cimetière commun et celui des enfants, Depuis le voyage du P. Albanel, les Jésuites avaient une mission régulièrement desservie sur le lac Mistassini, de même qu'ils avaient jeté uu établissement au lac Nekouba, après l'expédition du P. Dablon en 1661.

Et dire qu’à la fin de notre siècle, on ignore encore ces régions. Un arpenteur, pour avoir remonté à peu près jusqu’à la source de l’ancienne rivière des Sables d’où il a Cru apercevoir le lac Mistassini, a raconté ses exploits et l’on s’est empressé dans certains quartiers de proclamer ce simple fait comme une découverte glorieuse,

Lorsqu'en 1828, le Bouvernement du Canada nommait un parti d'explorateurs pour aller étudier la vallée du lac Saint-Jean, dont un ancien traiteur venait de révéler l’existence et les merveilles aux députés étonnés, c'est avec les Cartes des missionnaires jésuites que les arpen-

TADOUSSAC 109 teurs s’orientèrent vers ces terres inconnues. C'est dans les relations de ces pionniers qu’ils puisèrent à pleine main les renseignements.

‘Les sauvages primitifs, redoutant de voir usurper leurs pays de chasse, avaient représenté aux missionnaires que l'intérieur du Saguenay était une contrée aride et montagneuse, couverte de neiges perpétuelles et d’un aspect effroyable. On trouve les reflets de ces premiers récits dans les ouvrages de Champlain et dequelques uns de ceux qui le suivirent. Les compagnies de commerce, imitant les sauvages, n'avaient nul désir d'encourager l'établissement ou la compétition de nouveaux venus dans les retraites où ils trafiquaient des fourrures, et ils avaient toujours cherché à empêcher une connaissance trop exacte de ces contrées de se répandre au dehors.

Les Jésuites, qui n'étaient point mu par les mêmes sentiments, dirent dans leurs Relations ce qu'ils avaient vu. Ils ne cachèrent ni la ferti-

lité de la terre, ni la douceur du climat, Leurs récits de voyage, imprimés, et répandus en

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TADOUSSAC Rp

grand nombre en France et dans la colonie. (x)

étaient des guides superbes pour les colons de l'avenir à la recherche de bons établissements. La conquête vint briser leur travail de préparation. Il avait fallu d’abord peupler la vallée du Saint-Laurent, puis l’élan gouvernemental, après avoir jeté les établissements militaires du Richelieu, s'était dirigé vers les grands lacs et le Mississipi, où il importait de rejoindre par des groupements officiellement combinés la colonie de la Louisiane. Lorsque Québec tomba, il y avait à peine vingt ans que la vallée de la Beauce était ouverte au défricheur. Du reste, on s'était aperçu que la march: vers le sud et l'ouest était nécessaire pour résister À l’envahissement de la race anglo-saxonne. Le nord nous était réservé de toute éternité. Pour les besoins de l'époque, les avant-postes des lacs Mistassini et Nekouba, en ralliant les sauvages tentés d'aller trafiquer avec les navires que les Anglais

(x) Nous avons constaté en relevant les inventaires faits sous la période française que dans plusieurs familles

canadiennes on possédait des exemplaires de quelques relations des Jésuites,

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TADOUSSAC 111 PR SE ET ET RE envoyaient dans la mer d'Hudson, suffisaient amplement.

Quoiqu'il en soit, écottons le P. Dablon parler du lac Saint-Jean. « Ce lac est d’un bel aspect, écrit-il en 1661, parsemé de quelques îles vers son embouchure ; après lesquelles il étend doucement ses eaux sur un beau sable, qui le termine tout en rond, tirant un peu sur l’ovale : il a sept ou huit licues de diamètre. Il paraît comme couronné d’une belle forêt, qui met ses rivages à l'ombre, et de quelque côté qu'on le regarde, il fait comme une scène verdoyante et comme un beau théâtre naturel de vingt lieues dé tour. Il n’est pas bien profond, vu la quan:tité de rivières qui s'y dégorgent, et qui le devraient grossir davantage, puisqu'il n’a qu’une décharge, qui fait le fleuve du Saguenay, dont il est la source. » « Ce lieu est beau, les terres sont fort unis et paraissent bonnes, il y a de belles prairies ; c'est le pays des loutres, des

orignaux, des castors et principalement du porcépic,n écrivait Albanel,dix ans après. Voici comment ce dernier missionnaire parle de la Mis-

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tassini, du Nemiskau et du versant qui regarde la mer du Nord : « Ce pays n’est pas montagneux, l’air y est plus doux, les campagnes sont belles et les terres y produiront beaucoup et seraient capables de nourrir de grands peuples, sion les faisait valoir... On y voit de vastes plaines et toutes les campagnes sont agréablement entrecoupées d’eau... Ceux-là se sont trompés qui ont cru que ce climat était inhabitable, soit à raison des grands froids, des glaces et des neiges, soit par le défaut de bois propre à bâtir et à se chauffer. Ils n'ont pas vu les vastes et épaisses forêts, ces belles plaines et ces grandes prairies, qui bordent les rivières en divers endroits, couvertes de toutes sortes d'herbage propre à nourrir du bétail. Je puis assurer qu'au 15 de juin, il y avait des roses sauvages aussi belles et aussi odoriférantes qu’à Québec, la saison même m'y paraissant plus avancée, l’air fort doux et agréable, Il n’y avait point de nuit, quand j'y étais, le crépuscule n'était encore fini au couchant, quand l'aube du jour paraissait au levant du soleil. »

nano nn batité at itee sense TADOUSSAC 113 TR ER RERO RE Ces hardis explorateurs, instruments merveilleux de la diffusion de la langue et de la civilisation, avaient été façonnés à rude école, Les uns étaient descendus:de la chaire de leur collège où ils enseignaient les lettres et les sciences les plus ab-traites pour aller se faire les maîtres d'école des humbles, au plus profond des forêts. Quand ils traversaient un pays, ils en étudiaient toutes les ressources. C'est Lafitau qui découvrit le Ging-seng. Charles Lemoyne, en mission chez les Iroquois,fit connaître les sources fameuses des salines d'Anondaga que ces barbares croyaient hantées par un mauvaisesprit. Les mines du lac Supérieur furent aussi signalées par les Jésuites, Ils recutillaient les simples, les cataloguaient, les dessinaient. Le P. de Beaulieu, un des plus savants mathématiciens de son temps, missionnaire à Tadoussac, après avoir battu tout le jour les sentiers de chasse, s'amusait le soir à la lueur fumeuse des torches de sapins, à dissé-

quer les gibiers pour en saisir l’anatomie.

« Les Huronset les autres peuples sédentaires

sont .commé la noblesse du pays, dit Sagard

114 TADOUSSAC in nn ant lan Les nations algonquines composent la bourgeoisie ; les villageois et les pauvres sont repré-* sentés par les Montagnais. » À ces nomades qui tombaient en partage aux missionnaires de Tadoussac, il fallut donner l'exemple de l'application à la culture de la terre et ils durent se livrer aux rudes travaux du défrichement.

C’est sur les bords du lac Saint-Jean, à l'embouchure de la rivière Metabetchouan, que ces pionniers évangélisateurs jettèrent les bases de leur établissement agricole. Ils enlevèrent à la forêt primitive trois cents acres qu’ils convertirent en une ferme superbe, où les blés poussaient comme dans la vallée fertile du Saint- Laurent. En 1828, les explorateurs envoyés par le gouvernement découvrirent en cet endroit les sillons tracés autrefois par la chärrue dans les terres défrichées par les missionnaires. Ils étaient à moitié enfouis sous les épinettes, les trembles, les sapins et les bouleaux qui y avaient poussé, mais le mil y venait encore en abondance. Les vergers que se souvenaient d’y avoir vu quelques vieux trappeurs, avaient disparu également.

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TADOUSSAC 115 map nn ed a eee — Seuls deux pruniers et quelques groseillers étaient, restés, comme les seuls vestiges des travaux: de jadis. À

Pour alimenter cette ferme lointaine, les, Jésuites avaient trouvé moyen d'ouvrir un che. min à travers les Laurentides, entre Qué.

bec et le lac Saint-Jean. C'est par là qu'ils: faisaient passer leurs bestiaux. On dit qu'il ne, fallait pas plus de trois jours pour accomplir le trajet entre les deux endroits. L'existence de, ce sentier grossièrement pratiqué à travers læ forêt, le long des gorges et des vallées qui ceinturent les montagnes, a été mis.en doute par plusieurs, mais la tradition s’en est conservé si: vivace qu'il: est difficile de ne pas y croire, À ceux qui se défient de ces récits légendaires, nous apportons pour les confirmer l'indication que coinporte la carte gravée par Bellin En 1744. Sur cette carte publiée à la page 64 du troisième volume de Charlevoix on verra. dessiné «un Chemin entre deux chaînes de montagnes qui conduit au lac Saint - Charles en. arrière ‘de

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Qu'bec et commence sur le Saguenay aux

abords de l’anse Saint-Jean. ” (1)

On ignore quand fut abandonné cet établissement du lac Saint-Jean, par les Jésuites, mais pendant plus de trois quarts de siècle, on ÿ constate pat les registres de Chicoutimi et de ‘Fadoussac la présence régulière de représentants de cet ordre. De 1691 à 1699, par exemple, le P. Bonaventure Fabre s'intitule « Missionnaire de Saint-Charles de Metabetchouan du lac Saint- Jean qui tombe dans la rivière Chicoutimi. »

(1) Jusqu'en 1842, les premiers colons de la vallée du

. Saguenay n'avaient eu d'autres communications par terre

avec les paroisses de Charlevoix que par un sentier allant de l’Anse Saint-Jean à la Malbaie, Mais dans le cours de cette année, des sauvages ayant fait observer que l'on pauvait facilement ouvrir un chemin entre la Baie Saint-Paul et fa Grande ‘Baie, on fit une exploration, les dires des sauvages furent confirmés et le chemin tracé,

Nous n'avons pu retrouver nulle part en vertu de quels titres les Jésuites possédaient leur propriété foncière de Wétabetchouan. Il faut sans doute rattacher la possession de ce domaine à l'octroi général que le roi fit à la Compagnie €r Jésus d'üne lieue de terre partout où s'élèverait un fort ou un établissement royal,

baie TADOUSSAC 117 Martel sine ann in ee a |

Dès 1656, (1) le gouverneur Jean de Lauzon,

au nom de la compagnie de la Nouvelle-France, avait donné aux Jésuites une pièce de terre à Tadoussac en franc-alleu roturier à prendre là où ils le jugeraient à propos pour y construire une église, une résidence pour le prêtre et un cimetière, Ce don fut confirmé par le roi le 12 mai 1678. Sur cette pièce de terre qui consistait en six arpents carrés, {2) les missionnaires élevèrent les édifices nécessaires au eulte et commencèrent un établissement agricole dont on montre encore aujourd’hui les vestiges et qui est connu dans le pays sous le nom de Jardin des Jésuites. Les anciens disent merveille du verger et des arbres fruitiers qui y croissaient, il y a tout au plus cinquante ans,

C’est un fait que partout où les jésuites se sont arrêtés dans cette région, pays fertiles ou rochers arides, ils ont essayé d'y jeter quelques riudi ments de culture à côté du temple rustique et de l'humble presbytère.

(1) 1er juillet, (2) Rapport de la commission nommée en 1787,

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ns end tathampénsnté tanins mens céaéapene La chaîne rugueuse des Laurentides longe la

rive nord du Saint-Laurent-inférieur depuis

l'éxtrémité de la péninsule labradorienne, jus- ‘qu'à dix lieues en avalde Québec oùelle s'enfonce brusquement dans l'intérieur des terres. Sur un parcours ininterrompu de plus d'une centaine de lieues, ses pics cachent leurs têtes altières ‘dans la nue, et ses flancs rocheux, incessamment battus par le flot, forment comme une barrière inaccessible au marin que la tempête y pousse,

Le côté qui regarde la mer laisse çà et là ‘une bande étroite où les pêcheurs de morues et de harengs font sécher leurs filets. Le versant nord des n'onts laurentiens s'ouvre sur un pays'encore plus sauvage, aux rivières longtemps glacées, aux herbes rares, aux arbres nains, vaste empire où l'on pourrait tailler vingt provinces et qui a peine à nourrir quelques misérables familles d'Esquimaux au plat visage,

C'est sur ces plages resserrées par la mer, sans verdure et sans ombrage, que les sauvages de Pintérieur venaient autrefois planter leurs tentes pendant l'été, et c'est 1à que les missionnaires de Tadoussac les allaient rencontrer,

cn etaient and ent à TADOUSSAC 119 nie ne ne NL

Les missionnaires, en essayant de créer dans la vallée du lac Saint-Jean, une séduction agricole faisaient œuvre méritoire, Ils voulaient enlever à la terre désolée qui borde le fleuve les restes épars des tribus nomades qui y trouvaient une maigre pâture et les habituer à la vie sédentaire sur une plage enchanteresse au plein milieu de forêts giboyeuses où vingt nations avaient autrefois largement vécu. Aussi, pendant longtemps, le port de Tadoussac fut-il comme désert et abandonné. Le gros dé la nation montagnaise s'était déplacé pour se grouper autour des établissements de l’intérieur.

Voilà, ébauchée à grands traits, une partie de ce que la compagnie de Jésus entreprit dans l'ancien royaume de Saguenay. Travaux ardus, certes, que ceux là, accomplis par une poignée d'hommes, dans le silence des bois, avec une abnégation admirable, un dévouement sans bornes Solides appuis de l'Etat, ils devaient émerger largement au budget de la colo-

nie pour les services incalculables qu'ils lui rendaient. Hélas ! les grasses prébendes ne

120 TADOUSSAC a furent point pour ces rudes moisonneurs. A part la pièce de terre que de Lauzon leur octroyait en 1656, et le domaine de la Met-.

betchouan, qu'ils cultivaient de leurs Mails, mous avons constaté que les Jésuites ne reçurent annuellement de l'état pour l'entretien d'un missionnaire à Tadoussac que la somme de six cent livres, (r) qui, réduite en monnaie de notre temps, représente l'énorme montant de cent dollars.

On les à accusé passionnément d'avoir fait le commerce avec les indigènes. Nous ne croyons pas que ce reproche se soit jamais appliqué aux missionnaires de la région Saguenayenne, du moins nous n'en avons pas trouvé trace. La part qui leur échut dans ce coin de continent fut des plus pénibles et c'est avec le plus pur désintéressement qu'ils essayèrent d'y faire honneur.

Un des leurs, François de Crépieul, a raconté d’une façon fort émouvante, la pénible odyssée

(1) Collection des manuscrits de Québec, III vol, p, 137.

nee TADOUSSAC 121

RE SET PA de ces missions. Il ne l'écrivit pas pour en tirer une vaine gloriole, mais pour l'instruction et la plus grande consolatton de ceux qui lui succéderaient.

« La vie d’un missionnaire montagnais, dit-il, est un long et lent martyre, un exercice presque continuel de patience et de mortification, une vie vraiement pénitente et humiliante, surtout dans les cabanes et dans les chemins avec les sauvages.

« La cabane est composée de perches et d'écorces de bouleau, et entourée de branches de sapins, qui couvrent la neige et la terre gelée,

« Le missionnaire presque tout le jour est assis ou à genoux, exposé à une fumée continuelle pendant l'hiver.

* Quelquefois il sue le jour,le plus souvent il a froid pendant la nuit, Il couche vêtu sur la terre gelée, et quelquefois sur la neige couverte

de quelques branches assez rudes.

( Il mange dans un plat assez rarement net ou lavé, et le plus souvent essuyé avec une peau grasse ou léchée par les chiens. 11 mange quand

122 TADOUSSAC donnee pile rennes una en il y ae quoi manger et quand on lui en présente. Quelquefois la viande n’est que demicuite, quelquefois elle est fort dure, surtout la boucannée, séchée à la cheminée, Pour d’ordinaire, on ne fait qu’une fois chaudière, et au temps de l'abondance deux fois ; mais il ne dure guère. »

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Voilà le récit vrai, tracé sur le vif pour l'instruction des novices qui se préparaient à entreprendre ces rudes travaux.

Ecoutons maintenant avec quelle gaieté de cœur ces hommes qui s'étaient voués à ces misères ardues, les connaissant longtemps à l’avance savaient les supporter, C'est un missionnaire faisant partie d’une peupladeen course dechasse aux environs de Tadoussac qui parle : « Tous les lieux sont autant d’hôtelleries, bâties dans la neige où l’on ne trouve jamais ni pain, ni vin, ni sel, ni sauce, ni ragoût, mais un grand appetit, Le missionnaire loge toujours à la même hôtellerie, trouve partout le mème lit, dressé depuis la naissance du monde, et qui depuis Adam n’a

a TADOUSSAC 123 dm anneau lanta jamais été remué, sinon par quelque tremble.

ment de terre, L'appétit lui fait trouver un peu de boucan, sec comme une semelle de soulier, délicat comme un perdreau, Le travail lui donne un sommeil fort doux. Dieu lui conserve partout la santé, et ses jambes et son aviron joint aux avirons de ses nochers lui font trouver la fin de son voyage pour en entreprendre un autre bientôt après. »

Ce même Crépieul, dont nous lisions plus haut le récit lamentable, termine la relation de

son premier hivernement à Tadoussac en disant

à son supérieur : « La grande grâce que je vous demande de m’accorder est le même bonheur pour l’année prochaine pendant laquelle j'espère que Dieu me donnera le courage de réparer par de nouvelles souffrances les fautes que j'ai pu faire pendant celle-ci, »

Le P, Henri Nouvel, revenant de la mission des Papinachois, une des plus pénibles de la côte nord, entonne un chant de triomphe :

Magnificate Dominum mecum, ef exaltemus nomen eus in idipsum, (1)

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(1) Relation de 1664,

mme 124 TADOUSSAC

Tous ces missionnaires de la région de Tadoussac ont laissé des journaux de route. Les Relations des Jésuites imprimées x Québec en contiennent une vingtaine, de 1641 à 1672.

C’est toujours la même note fièrement courageuse qui y domine,

Il fallait, certes, une force plus qu'ordinaire pour continuer sans faillir pendant plusieurs années ces travaux gigantesques, mais les Jésuites savaient admirablement entraîner leurs sujets.

Celui qui était destiné à entrer dans la voie des missions y était préparé de longue main. Il devait envisager d'avance la somme de travail qu'il aurait à accomplir, et le sacrifice accepté, la résolution prise, rien ne pouvait le faire reculer, Une discipline implacable l'avait façonné, et cette discipline le tenait sans cesse en alerte. Il faut lire les instructions que le P. le Jeune avait préparé à l'usage des missionnaires de son ordre. C'est le moyen de mieux saisir sur le vif un des secrets de la vigueur déployée par ces athlètes et de compren.

TADOUSSAC 125 nr a dre l'influence qu'ils savaient acquérir sur les nations au milieu desquelles ils étaient envoyés.

« Prévoyez tous les travaux, les peines, les périls qu'il faut encourir dans le voyage, écrivait le P. le Jeune, (1) afin de vous résoudre de suite À tous les accidents, Aimez bien les sauvages.

Ne vous faites jamais attendre Pour embarquer dans le canot. Faites Provision d’un fusil et d’un miroir ardent afin de faire du feu pour vos Compagnons de route, pendant Je jour, pour pétuner, et le soir, quand il faudra cabanner. Ces petits services leur gagnent le cœur.

« Efforcez - vous de manger leur sagamité, quelque sale ét insipide qu'elle soit. Supportez tout. Ne refusez rien de ce qu'ils vous offrent de peur de leur déplaire, Efforcez-vous de manger dès le point du jour. Il faut être prompt à s’'embarquer et À désembarquer. Retroussez vos habits afin de ne point porter de l’eau ou du sable dans le canot. Allez nu-pieds et nu-jambe, Ne parlez Pas trop le long du voyage. Ne les pressez pas d’interrogations sur

(1) Kelation de 1637 passim,

la langue. Vous n’y apprendrez rien, et cela les importune. Le silence est un bon meuble en ce temps là. Tachez de vous montrer toujours joyeux. Chacun sera muni d’une demi-grosse d’alènes, de deux ou trois douzaines de petits couteaux, d’une centaine d’hains et de quelques rasades, afin de fêter les sauvages. Efforcez-vous de porter quelque chose dans le portage. Si peu qu'on porte agrée fort aux sauvages, ne fusse qu’une chaudière, Il ne faut pas être cérémonieux avec eux. Qu'on prenne garde de nuire à personne dans le canot avec son chapeau. Il faut plutôt prendre son bonnet de nuit. Ne commencez pas à ramer, si vous n'avez envie de ramer toujours. Les sauvages retiendront de vous dans le pays la pensée qu'ils en auront eu durant le voyage. Si vous avez passé pour une

personne fâcheuse et difficile, vous aurez après

bien de la peine à ôter cette opinion. C’est une chose incroyable comme ils retiennent et remarquent le moindre défaut. Faites bon visage à tous, Votre philosophie et votre théologie, ils ne s’en soucient guère. Si vous pouviez

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TADOUSSAC 127 nn CE DR aller nus, et porter des charges de cheval sur votre dos comme ils Je font, vous seriez parmi eux Un savant et reconnu comme un grand homme. »

Voilà comment Ja Compagnie de Jésus façonnait ses missionnaires. Que l’on nous trouve dans les chancelleries une page de diplomatie aussi subtile, aussi minutieuse, aussi habile,

VIIT

Des primitives églises du Saguenay.—La chapelle de Tadoussac. :

Quoique les Jésuites aient toujours considéré les missions de la rive nord du Saint-Laurent comme des églises volantes, nous avons vu qu'ils tentèrent des efforts considérables pour arrêter les tribus dans leurs courses vagabondes et les rendre sédentaires de nomades qu’elles étaient, Après les avoir longtemps suivies dans les excursions de chasse à travers les forêts où ils disaient la messe, tantôt sur un arbre renversé, (1) tantôt sur les flancs des canots, dont on tendait les voiles en guise de dais, les missionnaires commencèrent à jeter de ci et de là dans les postes les plus fréquentés les fondations de quelques temples rustiques. Ce ne furent d’abord que de longues cabanes d’écorces ou de feuillages, dans le genre de celles que les sauvages dressaient à

(x) Relation de 1665,

mt

TADOUSSAC 129 Tadoussac en 1642 à l’arrivée du P. de Quen.

Les traiteurs de ce dernier poste rsservèrent ensuite dans leur comptoir une chambre où le Saint Sacrement était déposé. On sait avec quelle joie les naïfs enfants des bois accueillirent en 1647 la tapisserie en droguette et la cloche qui leur étaient envoyées de France. KE 1656, la compagnie des Cent Associés donna aux lé.

suites une pièce de terrain à Tadoussac | y contruire une église et une résidence, Une entrée du journal tenue par les pères à Québec, nous indique qu’en 1659 l'établissement projeté était à peu près terminé, « Le 21 novembre, écrit l'annalyste, (1) partit le P, Albanel pour aller hiverner à Tadoussac avec Guillaume Boivin et M. Pelletier d’une partet M. d'Auteuil et deux matelots de l’autre, C’est un épreuve qu’on fait, pour voir si cela doit se continuer, n'ayant encore jamais été de la sorte ; Guillaume Boivin

était à nos frais et non Frs. Pelletier, quoique

sous notre nom.» Cette première église de

Tadoussac était de pierre. Montréal n'avait encore qu’une église en bois.

Dans l'incursion que les Iroquois poussèrent jusque sur les rivages tadoussaciens en 1661, le temple primitit parait avoir été miraculeusement protégé, mais s’il échappa alors À la ruine ce fut pour être détruit quatre ans après par un incen-

die désastreux, ainsi que nous l’apprend la mère

Marie de l’Incarnation.(r)u C’est une très grande

perte, ajoute-t-elle, parce que c'était une retraite pour le trafic et un refuge pour les français et les sauvages, C’est pourquoi, il n’y a nulle appa rence d'abandonner les uns et les autres aux incursions des ennemis, Je crois que l’on sera obligé de rétablir le tout au printemps prochain,»

Le pieux désir de la sainte recluse ne devait pas se réaliser si tôt. En 1668, lorsque l’évêque de Laval s'arrêta en visite pastorale dans la mission de Tadoussac, le temple n'avait pas encore été rebâti et les sauvages dûrent à leur grand regret recevoir le chef de la prière dans une cabane d’écorce.

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(1) Lettre 71,

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TADOUSSAC 131 ane mme en anis eu

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Les fermiers du poste ne tardèrent pas cependant à relever le temple de ses ruines, (1) C'était Pour eux un puissant moyen de grouper les sauvages autour de leur comptoir de traite.

Les notes laissées par les missionnaires nous anprennent qu'ils avaient élevé À différents endroits de la côte des églises où ils assemblaient les sauvages. En gagnant'le Golfe on rencontrait de ces chapelles aux ilets Jérémie, aux Betsiamists, aux Sept-Iles. Les missions du lac Saint-Jean et du Mistassini avaient leurs résidences, des oratoires et des cimetières,

En 1675, les sauvages donnaient aux missionnaires des peaux d'orignal,de castor et de loutre, des colliers de porcelaine pour commencer la bâtisse d'une chapelle au lac Saint-Jean,

L'été suivant, Pierre de Bécart, sieur .de Grandville, se rendit au iac et choisit une pointe de terre à l'entrée de la rivière Metabetchouan romme le lieu le plus avantageux pour y jeter un poste de traite. Il fit dresser une chapelle,

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(1) En 1671

une maison et l’on arborusur ces rives la première croix, «Il contribua, dit l’annotateur du vieux régistre, de son autorité et exemple à pousser les travaux pendant tout le temps qu’il fut en ce lieu. Il laissa à sa place M. de la Montagne qui ne s'épargna en quoi que 5e suit et y resta jusqu’à ce que tout fut achevé L 12 :ptembre, Charles Cadieu et Joseph du Euwnssor: y aidèreàt fort à la construction pendant {es dix ou do:.e jours qu'ils y furent. »

Dès 1671, les traiteurs avaient élevé une maison à Chicoutimi. Dans l'été où l'on jetait les bases de l'établissement de Saint-Charles de Métabetchouan, le sieur de Grandville faisait bâtir à Chicoutimi par Jean Langlois une autrchapelle de 30 pieds avec un appartement pou ie

prêtre et une petite sacristie, « Il en désig ‘a

place le 24 juin et contribua à son avancenen:

par ses soins, bonne conduite et >xemple à travailler lui-même dans les occasions, ce qu’il voulut faire encore pour le cimetière qui fut achevé le 7 septembre. MM. de Maure et de la Vallée ne s’y épargnèrent en rien, »

M. Bazire, concessionnaire des comptoirs du Saguenay, avait fait les frais de tous ces établissements. Il fit également bâtir aux Papinachois, une église qu'il leur avait promis, à laquelle M. de Courville, capitaine de la barque Ste Cafherine par ses soins et son autorité, contribua beaucoup.

C’est en 1688 que sur le lac Mistassini une petite maison dédiée à Saint-Nicolas fut achevée par les soins du père de Crépieul. On y eut aussi une église et des dépendances assez considérables,

Il paraît que les Jésuites remboursèrent plus tard M. Razire des déboursés qu'il avait fait pour la construction de la chapelle du lac Saint-Jean, mais la maison leur fut donnée de vive voix par M. Aubert de la Chenaye.

Pour entretenir ces missions répandues sur un territoire immense, pour construire et dé. corer ces églises perdues au fond des bois, les Jésuites n'avaient ni dime ni casuel, ni capitation, Les rois leur avaient donné dans diffé.

rentes parties du pays des domaines fonciers

es TR TE ne ra ont ang LE LL K34 TADOUSSAC

nee peter rmreneissams pos cames

TR considérables dont les revenus devaient être employés soit à la conversion des infidèles en général, soit pour l’ entretien de quelques tribus en particulier, soit encore Pour venir en aide À l'instruction des enfants de la colonie, Ces seigneuries que l'on prise aujourd'hui à plus d'un million n'avaient alors qu'une exploitation rudimentaire, Les redevances payées par les

censitaires couvraient À peine les frais d'établissement et le debours annuel nécessaire à l'exécution des obligations imposées au chatelain par le régime fécdal,

On a vu que le traitement accordé par la métropole au missionnaire de ‘1 l'adoussac était si minime qu'il couvrirait à peine le salaire d’un bedeau contemporain,

Les bons pères avaient cependant trouvé moyen d'intéresser à leur œuvre plus d'un personnage illustre et plus d'une humble créature, Les aumônes leur venaient de toutes parts.

Chaque année, les sauvages, les riches négo:

ciants de la colonie, de pieuses dames, des filles

dévotes, les fermiers de la traite donnaient aux

missions, Ù

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