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de compliments sur im maJiinlique pantrdon beurre frais, qui trancliait sur le noir des autres invités • « Mesdames, répond le procureur général, puisque » cet objet a le don de vous plaire, perinettez-moi I) de le déposer à vos pieds!... »
On ne saurait croire combien cet esprit-là, auquel l’étranger ne peut atteindre sans être graveleux, a fait jalouser la patrie de Uabelais par '’elà les monts et les mers... Conservons-le que; t^a’on en dise.
Eh bien, ce procureur général, que cela n’empêchait pas d’être un savant et un lettré, avait un tel talent pour ordonner un dîner et former ses cuisiniers, qu’il n’en pouvait garder aucun; l’or de la perfide Albion les séduisait tous dès qu’ils étaient initiés...
Je reviens aux jungles du lac Kandellé, qu’une capricieuse association d’idées m’a fait quitter sans m’en apercevoir.
Toutes les ressources de la cuisine européenne unies à celles de l’Inde avaient été mises en œuvre par le maître coq de sir John, qui avait voulu nous montrer ce que l’on pouvait faire au milieu des jungles. Il est vrai de dire aussi que nulle contrée au monde peut-être n’eût pu nous fournir du gibier en aussi grande quantité et d’espèces si variées.
Sur les neuf heures, sir John et les deux officiers, vaincus dans une lutte homérique avec Chàteau-Laffite et Client, étaient transportés dans leurs lits.
Les Anglais ne comprennent la chasse dans
rinde qu’avec le confort et le luxe le plus insensé. A chaque repas du soir et sous quelque latitude que ce soit, leur champagne est frappa' artificiellement par des machines spéciales, et ils mangent dans de la vaisselle plate. Aussi, avec des traitements de cent à cent cinquante mille francs par an, ces messieurs du civilian service trouventils le secret de faire des dettes.
Avant d’aller prendre quelques instants de repos, je fus, sous la vérandah, respirer l’air frais que la brise de nuit apportait du lac, avec les senteurs âcres et pénétrantes dont elle s’était parfumée en passant sur les forêts de cannelliers, de tamai iniers et d’acacias. De temps à autre, au milieu du glapissement des chacals et des miaulements des chats-tigres qui rôdaient autour de l’habitation, je percevais les notes plus graves, plus sauvages du buffle ou du jaguar qui quittaient la jungle pour venir se désaltérer dans les eaux du lac, et auxquelles nos éléphants, parqués autour du bengalow, répondaient par des grondements sourds et prolongés.
Pendant toute cette nuit, les nobles animaux furent inquiets, nerveux. A chaque instant on entendait la voix des cornacs qui s’élevait dans le silence, sans parvenir à les apaiser complètement. Ils se sentaient sur leur terrain, le vent leur apportait les émanations des fauves, ils auraient voulr se précipiter au dehors et commencer la chasse.
Enfin l’aube parut. Levés avant le jour, les nilmakarheia avaient tout préparé. Dès la veille, les Indous quêteurs et rabatteurs s’étaient glissés dans
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la jungle pour reconnaître les pistes, et l’un d’eux, qui venait d’arriver couvert de sueur et de boue, nous apportait les meilleures nouvelles. A moins de douze milles du bcngalow de Talawa, une petite troupe d’éléphants sauvages était campée sur les bords d’un cours d’eau du nom de Polliaar; d’épais fourrés allaient nous permettre de les approcher de trés-prés sans cire aperçus, et d’assister presque sans danger aux émouvantes péripéties de cette chasse extraordinaire.
Nous nous mîmes en marche dans le meme ordre que la veille, Manjari en tête avec son escouade. Lorsque nous commençâmes à pénétrer dans la jungle, je ne pus me défendre d’une profttiîde émotion. Dans les vastes plaines de Ceylan et de rindouslan, les chasses en apparence les plus inolîensives peuvent devenir tragiques malgré les extraordinaires précautions que l’on a coutume de prendre.
Je pourrais même affirmer, sans crainte d’être démenti par les voyageurs sérieux qui connaissent les marais de Ceylan, traîtreusement cachés sous une végétation sans pareille, les saunderbounds du Gange et les tourbières de Java et de Cornco, que l’on ne peut quitter les centres habités et faire la moindre excursion, la plus petite chasse dans ces asiles des fauves, sans risquer sa vie. A chaque nas on est exposé à se trouver en face d’une panthère, d’un troupeau de bufdes on d’éléphants sauvages, ou d’un de ces tigres royaux tellement féroces qu’il n’est pas d’exemple qu’ils aient jamais épargné l’imprudent qui s’est trouvé sur leur chemin.
Et encore je ne parle ni des chats-tigres, ni des puma, qu’il ne faut attaquer qu’avec des armes de précision, ni des serpents, dont à part le boa, on UC peut se garder plus facilement, ni des caïmans, alligators et crocodiles qui vous guettent sur le bord des rivières ou dans la vase des étangs.
Aussi a-t-on dû demander sa sécurité à la protection d’un animal plus puissant à lui seul que tous ces botes féroces de la jungle et des bois.
A dos d’élépbants bien dressés, la plupart de ces dangers sont à peu près conjurés, et l’on a dans ces intelligents animaux des défenseurs en qui l’on peut mettre toute sa confiance. Malgré cela, il reste encore quelques graves accidents à redouter. L’ éléphant peut entrer en fureur à la poursuite d’un tigre, ne plus écouter ni votre voix ni celle de son cornac, et briser le haoudab dans lequel vous êtes enfermé contre une branche d’arbre qui lui barre le chemin.
11 peut arriver encore, dans les chasses comme celle que nous allions faire, qqe l’éléphant qui vous porte, bien qu’il ne fasse point partie de l’escouade active, soit attaqué par un éléphant sauvage, et alors il est rare que pendant ce combat gigantesque des deux colosses, on ne soit point broyé avec le frôle haoudali qui vous sert .d’abri. Aussi, pour diminuer le plus possible les chances de ce genre d’accident, les Européens ont-ils l’habitude de n’assister à la poursuite de l’éléphant sauvage que sur des éléphants femelles. Il n’est pas d’exemple que les mâles, même arrivés au paroxysme de ' > fureur, aient tourné leur rage contre elles.
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Quoi qu’il en soit, toute appréhension est lé<*ilime au début de pareilles chasses dont on ne saurait prévoir toutes les péripéties.
II me serait impossible de donner une descrij)tion exacte des lieux que nous traversions. Nos montures avaient de l’iierbe, de la broussaille et des joncs jusqu’au ventre; l’horizon était complètement borné par d’énormes tou (Tes de bambous qui s’élevaient à des hauteurs de quarante à cinquanb! pieds, et ces touffes étaient tellement nombreuses cl si rapprochées les unes des autres, que parfois nos regards ne distinguaient pas à plus de quinze ou vingt mètres autour de nous. Le sol, dans les endroits où nous pouvions le voir, était parsemé d’ossements appartenant à toutes les espèces d’animaux, parmi lesquels les squelettes de crocodiles et de chacals paraissaient être en majorité.
A tout moment nous nous imaginions voir surgir quekjues-uns des sauvages habitants de ces contrées, mais notre attente était déçue. Le soleil dardait ses rayons avec force sur la plaine, dissipant la buée nuageuse qui flottait sur les marécages; tout était calme, silencieux dans la jungle; et, à part une innombrable population de poules d’eau, de sarcelles, de- gros canards brahmes, de hérons aux ailes roses, de martins-pêcheurs de toutes nuances, et de goitreux qui nous regardaient passer, en péchant philosophiquement leur déjeuner sur les bords des étangs, nous n’avions, au bout de trois heures de marche, rencontré aucun des nombreux hôtes de ces solitudes.
Enfin, le nilmakarheia Saverinaden vint nous
annoncer qu’on apercevait dans le lointain la série de collines du Polliaar, qui coupent ces vastes plaines dans la direction du nord, et que nous approchions du campement du troupeau d’éléphanîs que ses hommes avaient reconnu la veille. A quelques pas de là, les rabatteurs avaient construit dans un bosquet, avec des bambous et du feuiHage, une tente de verdure destinée à nous abriter pendant le déjeuner. Après avoir découvert les pistes, ils s’étaient réunis dans cet endroit pour nous attendre, et avaient passé la nuit dans une espèce de tour octogonale en briques, comme les anciens rajahs de Ceylan en avaient fait construire de distance en distance dans ces vastes plaines, pour servir d’abri contre lec fauves aux voyageurs obligés de les traverser pour aller de Colom-Pattoé, Trinquemalé et Tamblegam à Anouradhapour et sur la côte de Manaar.
Nous-mêmes devions nous y abriter, dans le cas plus que probable où nous ne pourrions regagner le bengalow de Talawa.
tt Si nous couchons ici ce soir, me dit le major Daly, mon compagnon de haoudah, vous n’oublierez de votre vie ce que vous verrez et entendrez. N’est-ce pas, Elphinston, dit-il au jeune officier, qui, à notre exemple, venait de descendre de sa monture, qu’une nuit dans les jungles, sur la terrasse de ce bengalow indou, entouré d’étangs où viennent s’abreuver les jaguars et les buffles, doit être une des situations les plus émouvantes que l'homme puisse rencontrer?
— Vous dites vrai, major, répondit le capitaine.
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à tel point meme que sans faire d’inutile forfanterie, je ne tiens à renouveler l’expérience que s’il nous est impossible de regagner le lac Kandellé ce soir.
— Il faut cependant en prendre votre parti, mon cher Elphinston, dit alors sir John en se mêlant à la conversation, nous ne pourrons à coup sûr rentrer à Talawa que demain. Ainsi faites provision de bonne volonté. »
Le major et le capitaine avaient déjà passé une nuit dans la jungle, dans la province de Girowé- Pattou, où abondent les forêts vierges et les éléphants, et, comme on le voit, ils n’en avaient point gardé un agréable souvenir.
Dans leur langage imagé , les Indous avaient nommé le lieu où nous nous trouvions : Prasweda- Pidéoni, textuellement, les élangs de la peur.
Après un rapide déjeuner, dont un délicieujt carry de cinq à six espèces de gibier fit tous les frais, sir John ordonna le départ, malgré la chaleur qui devenait accablante.
La chasse allait commencer.
A deux milles environ de notre halte s’étendait une forôl qui contournait les collines du Polliaar et, d’après nos guides, couvrait toute la contrée supérieure sur un espace de prés de quarante, milles, jusqu’aux environs du lac Padwiel. A mesure que nous avancions, le terrain montait insensiblement; les roseaux, les bambous, et autres plantes marécageuses laisaicnl place à des arbustes d’espèces inc(;jnucs, couverts do lleur.s do toutes nuances, qui
embaumaient l’air, et reposaient ainsi notre odorat des senteurs fétides de la plaine.
11 pouvait être midi ; le soleil, dans toute sa force, faisait miroiter le sol, et, n’étaient quelques bouffées (le brise de mer qui arrivaient jusqu’à nous el rafraîchissaient un peu nos poumons embrasés, nous eussions été obligés d’aller attendre sous bois les heures moins chaudes du soir pour continuer notre excursion.
Arrivés aux pieds de la première colline, le chef des nilmakarheia, qui guidait la marche avec l’éléphant Manjari, se replia vivement sur nous, et sir John commanda une halte générale.
« Eh bien, qu’y a-t-il, Saverinaden? lui dit son maître.
— Les éléphants sont là, répondit l’Indou.
— Loin de nous?
— A moins d’un mille. Je me suis replié sur vous en voyant les deux rabatteurs laissés en observation me faire signe de m’arrêter, et me montrer sur la lisière du bois deux magnifiques éléphants noirs et un petit, en train de se reposer sous l’ombre d’un gigantesque banian. » .
L’endroit où nous nous trouvions, presque au sommet de la colline, était peut-être le mieux approprié que nous eussions pu trouver pour dominer la plaine qui s’étendait de chacun des côtés est et ouest, et suivre sans grand danger les moindres détails du spectacle extraordinaire qui allait se dérouler devant nous.
11 fut convenu que nous resterions avec Rohini et Balaja sur ce plateau, pendant que Manjari et quatre
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(ic ses compa.!4nons seulement seraient lancés en avant, les autres devant rester sous la main de Saverinaden en cas de besoin. Pour plus de sûreté, et sur le conseil du chef des chasseurs indous, nous nous retirâmes tous au milieu d’une touffe d’arbustes assez élevés pour nous cacher compléte- Icment à la vue des éléphants sauvages qui se trouvaient au-dessous de nous dans la plaine, mais sans les voiler eux-mêmes à nos veux.
Ce qu’il y a de plus extraordinaire dans cette chasse, c’est que les éléphants dressés, dés qu’ils sont lancés sur le terrain , n’ont plus d’autres guides que leurs propres inspirations. Si les éléphants sauvages qu’il s’agit de .surprendre apercevaient la moindre forme humaine, ils se précipiteraient immédiatement dans le fourré, et toute poursuite deviendrait inutile, car elle abouliiait infailliblement à une catastrophe ; ou bien, s’ils se sentaient en force, ils aborderaient courageusement les éléphants privés et engageraient avec eux n!:e lutte dont on ne peut jamais prévoir le résultat.
Dans les différentes péripéties de cette terrible chasse, une imprudence, un rien peuvent faire découvrir les hommes qui la dirigent de leur cachette ; aussi dois-je dire qu’on ne se hasarde jamais contre un troui)cau d’éléphants qu’avec un nombre double au moins d’élépbants privés, et quand l’on a la certitude, par des battues intelligentes faites la veille par les rabatteurs, qu’à quarante ou cinquante milles à la ronde il n’y a pas de grands troupeaux de ces animaux, dans lesquels on serait exposé à
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tomber, ou qui seraient à portée d’entendre les mugissements des clépliants surpris et de venir à leur secours.
Comme il n’y a pas d’autre moyen de prendre l’éléphant, les Indous nilmakarheia, dont c’est la profession, abordent souvent ces animaux à forces inférieures, mais on conçoit que l’Européen qui eu fait un plaisir doit entourer cette chasse de précautions.
A peine Manjari eut-il reçu les dernières instructions de son maître, qu’à la tète de sa petite troupe il se mit à descendre à pas lents la colline par le versant opposé à celui que nous venions de gravir, sans trahir 1e moins du monde son intention de rejoindre ceux dont il devait s’emparer. L’intelligent animal jouait son rôle à ravir; il allait, sans se presser, droit au cours d’eau du Polliaar, qui serpentait dans le fond du ravin, comme si, avec ses compagnons il eût eu l’intention d’aller s’y désaltérer. Et, tout en descendant, il jouait avec les branches et les arbustes qu’il rencont ait sur son chemin, cueillant çà et là quelques touffes d’herbes qu’il laissait tomber nonchalamment dans sa large bouche.
Les éléphants qui reposaient dans le vallon les avaient aperçus et les regardaient avec curiosité, mais sans la moindre appréhension : on voyait parfaitement, au naturel de leurs mouvements, qu’ils n’avaient pas le moindre soupçon à l’encontre des intentions des nouveaux venus.
Tout à coup nous assist âmes au plus charmant des épisodes.
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Le jeune éléphnnt, qui se trouvait là en compaf;nie de sa mère, sans aucun doute, car c’est à peine s’il était âgé de plus de cinq ou six ans, apercevant Manjari et son escorte qui continuaient à s’avancer tranquillement vers la rivière, prit sa course en bondissant et vint biire connaissance avec les étrangers. La mère le rappela une' ou deux fuis, mais, voyant qu’elle n’était pas obéie, et rien ne mettant en éveil les inquiétudes de sa tendresse, elle cessa scs cris, et se contenta de surveiller de loin, pour se rendre compte, sans doute, de l’accueil qui allait être fait à son nourrisson.
L’éléphant, qui s’entend si bien à aimer et à protéger les enfants de son maître, a d’ineffables douceurs pour les jeunes animaux de sa race.
Aussi le vieil éléphant chasseur et sa troupe accueillirent-ils le nouveau venu par de petits cris de joie et des caresses dont la sincérité ne saurait être suspectée ; mais, les premiers instants d’expansion passés, sur un signe de Manjari, deux éléphants se placèrent de chaque coté du jeune animal et ne le quittèrent plus.
Arrivés sur les bords du Polliaar, nos chasseurs se désaltérèrent avec une avidité qui n’avait rien de joué, eu égalai aux rpiarante degrés de chaleur que nous supportions en ce moment. Puis, sans la moindre hésitation, ils se dirigèrent avec la meme allure insouciante vers les deux éléphants sauvages, i[u’ils clevai'’nt ramener prisonninrs. Le petit se mit à bondir d’aise, et à pousser mille cris joyeux, en voyant ses nouveaux amis se diriger avec lui du cote . de sa lüiTe, qui lui répondit, sans soupçonner da-
;j:)i vovAC.i; au i*avs des davadEuls.
vantnge le danger qui la menaçait. Son compagnon l)roülilIait de ci, de là, les hautes herbes odoriférantes et les jeunes pousses des arbres.
En moins de rien ils furent entourés, et quand ils s’a])eiçurent fpi’ils avaient affaire à des ennemis, il élail troj> lai‘d pour fuir; chacun des éléphants avait été saisi à la trompe par deux des comjiagnoiis de .Manjari, et, le pressant entre eux deux, rendaient toute ruade et toute lutte impossibles. Après de vains elïorls, et les ca[Uifs le comprirent si bien ([u’ils cessèrent toute tentative de résistance, ils se mirent à ébranler la forêt de leurs rugissements et de leurs a[)pels désespérés.
Saverinaden, jugeant le moment venu, lança les quatre éléphants qu’il tenait en réserve, et ceux-ci, tout joyeux, eurent atteint la petite troupe en un instant. L’appoint de leurs forces était inutile, deux éléphants suffisant toujours à en conduire un, mais en outre qu’on les récompensait de leurs fatigues, leur présence devait encore contribuer à enlever aux prisonniers leurs dernières illusions, et ù les amener plus facilement à nous.
Tout ceci s’était accompli simplement, habilement, sans lutte apparente; on eût dit une parade, et personne n’eùt pu se douter qu’au moment oii les éléphants avaient été appréhendés, les trompes s’étaient roidies, les défenses s’étaient crochetées, et (pie les captifs avaient été jiressés avec une telle violence entre leurs deux capteurs, qu’ils avaient immédiatement compris rinulililé de leur résistance.
Quand on voulut les faire marcher, ils tentèrent
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un edort suprême, mais une prêle de coups de trompe, administrés par Manjari, les décidèrent à se laisser conduire. Quand les pauvres bêtes nous aperçurent, elles parurent frappées d’épouvante et se mirent à trembler sur leurs grosses pattes. Nous autres chétifs avortons, nous produisions plus d’efl'et sur leur imagination que leurs vainqueurs.
Saverinaden se glissa alors derrière cbacun d’eux, et, ayant commandé de tes tenir ferme, leur passa aux pattes de derrière des entraves de fer fabriquées à cet clfet et d’une solidité à toute épreuve. A partir de ce moment, un seul éléphant eût suffi à les garder; ils ne pouvaient plus marcher qu’à très-petits pas, et un enfant leur eût échappé à la course. Il ne restait plus qu’à les priver et à leur faire oublier, par de bons traitements, la liberté, leurs compagnons et les grands bois où ils étaienL nés.
D’ordinaire, au bout de trois jours on peut s’approcher sans danger de l’éléphant ainsi capturé; au bout de huit, on lui enlève ses entraves, et un mois après il se promène tranquillement sur l’habitation où on l’a conduit avec scs compagnons, imitant tout ce qu’il leur voit faire, et s’olfrant de luimême à partager leurs travaux.
Quand on sait que ces énormes animaux ne peuvent être pris que par les leurs et que l’on voit aver quelle rapidité les prisonniers se civilisent, on resh confondu en face de la prodigieuse intelligence de.s uns et des autres. Je dois dire, pour l’avoir vu nombre de fois moi-même, que quelques heures après la chasse, vainqueurs et vaincus sont dans les
meilleurs termes ensemble, et que parfois les chasseurs indous se hasardent à les détacher dès le troisième ou le quatrième jour.
Dès que l’intelligent animal a goûté de la vie de l’iiabitation, il ne retourne plus à la jungle, si ce n’est pour chasser à son tour, et il n’y apporte ni moins d’entrain ni moins de finesse que ses aînés.
Rien n’csL intéressant comme d’assister au dressage de ces animaux par les nilmakarheia. Nous aurons occasion, au cours du voyage, de décrire ces curieux exercices en y assistant.
Cette chasse n’avait pas eu pour nous l’attrait du danger, nous n’avions point ressenti les poignantes émotions que su sci lent ’ parfois les luttes gigantesques qui s’engagent quand chasseurs et chassés viennent à se rencontrer égaux en forces et en nombre. Tranquillement assis sur nos paisibles montures — Rohini et Baîaja n’avaient point fait un pas en dehors du bosquet où nous nous étions abrités, — nous avions assisté à un spectacle que nos rabatteurs nous avaient pour ainsi dire ménagé, en ne nous dirigeant point sur un groupe plus important d’éléphants qui eût donné à la chasse i un tout autre aspect. Mais pour être moins lerri- I ble, notre excursion n’en avait été que plus attrayante, cl pour ma part, c’est avec un intérêt, extraordinaire que j’avais enregistré les nombreuses preuves de finesse et d’intelligence raisonnée que nos éléphants nous avaient données pendant les deux heures qu’avait duré l’aventure.
Pendant l;i lutte, le jeune éléphant n’avait point
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quitté sa mère; il poussait des cris plaintifs et l’accompagna également près de nous, sans qu’on, fût obligé de l’y contraindre. On ne lui posa pas d’entraves, et il se familiarisa avec une telle rapidité que, le lendemain, il prenait délicatement au bout de sa trompe le pain et les fruits que nous lui offrions. 11 était à peu près de la taille d’un ponney de selle, mais deux ou trois fois plus gros.
Il était près de quatre heures quand tout fut terminé. Le soleil déclinait rapidement, c’est à peine s’il nous restait deux heures de jour, et il nous en fallait huit ou dix pour rentrer au bcngalovv du lac Kandellé. xVinsi que l’avait prévu sir John, nous allions passer la nuit sur la terrasse de la loin des rajahs.
Nous envoyâmes les domestiques, les rabatteurs et leurs éléphants en avant, et, montés sur Rohini et Balaja, nous résolûmes de rentrer au bengalovv indou en prenant le plus long, et en envoyant quelques coups de fusil aux innombrables oiseaux qui s’agitaient dans les marais, ainsi qu’aux lièvres, aux faisans, aux paons et aux dindons sauvages qui, littéralement, parlaient à chaque pas entre le.s jambes de nos montures.
Nos deux cornacs connais.saicnt parfaitement la contrée ; en cas que nous vinssions à nous égarer, ,nous avions toujours les collines du Polliaar, qui dominaient la plaine, comme point de repère, et, confiants dans la force de nos deux éléphants, nous ne redoutions ni les tigres, ni les panthères, ni les buflîcs. De toutes façons nous pouvions avec quiétude nous livrer à une paisible chasse aux canards
VOYAGE Aü PAYS DES BAYADÊUES.
Cl aux sarcelles, au centre même du domaine des plus dangereux animaux de la création.
Pour ne point nous gêner mutuellement, nous nous séparâmes, et tandis que sir John et le capitaine, avec Balaja, remontaient tranquillement le cours (lu Polliaar, pour essayer de surprendre quelques cerfs endormis dans les broussailles, le major üaly et moi, avec Rohini, nous prîmes par les marais, en suivant une courbe qui devait nous ramener au bengalow indigène.
On ne peut se figurer la quantité de gibier que recèlent ces solitudes : aussi fîmes-nous de ces pauvres animaux un massacre qui n’avait rien de flatteur pour un véritable chasseur. A chaque instant nous nous disions : Assez! mais nos fusils chargés partaient entre nos mains pour ainsi dire malgré nous, et sans la nuit qui approchait toutes nos munitions y eussent passé.
L’homme est mauvais et ne sait jamais se borner; c’est l’i peine si la satiété le satisfait.
Cependant le moment était venu de rentrer, et ayant mis nos fusils au repos dans un coin du hauudah, nous donnâmes l’ordre au cornac de reprendre le chemin du campement.
Au bout d’une deini-beure de marche, nous n’étions pas encore arrivés, et ce qu’il y a de plus grave, c’est que, aussi loin que nos regards pouvaient s’étendre, nous n’apercevions plus la toui’ des rajahs, cachée sans doute par un des innombrables bou(iuets de bambous qui parsemaient la plaine.
L’ombre croissait, le soleil allait disparaître à l’borizon, la jungle prenait déjà d’étranges as-
tuiisqi:emalê.
pocl&, 1ns diarals commenraient à se montrer dans le louiTC, précurseurs d’animaux plus terribles^ quelques minutes encore et nous ne pouvions plus ' laire un seul pas, par crainte de nous ensevelir dans les marais. Allions-nous être condamnés à pasüCr la nuit dans cet endroit, sur le dos de Rohini?
L’imprudence que nous avions eue de n’ccoutcr que le caprice du moment dans le choix de la direction que nous devions suivre pendant la chasse ' allait nous coûter cher. Et nous ne pouvions nous on prendre qu’à nous-mêmes, car, bien que le cor- .nac eût parfaitement vu que nous nous éloignions du lieu du rendez-vous, il ne nous avait pas avertis, les serviteurs indous n’adressant jamais la parole à leurs maîtres sans être interrogés.
A peine avions-nous eu le temps, le major et moi, do nous communiquer nos impressions, que nous sentîmes tressaillir notre monture, et, avant ' que nous ayons pu nous rendre compte de ce qui se passait, Rohini, après avoir poussé un effroyable mugissement, s’élança au galop, la trompe relevée, à travers la jungle, malgré les efforts de son cornac pour la retenir. Un jaguar! s’écria Amoudou. Nous comprîmes tout; notre éléphant ayant rencontré son plus implacable ennemi, le poursuivait avec un acharnement qui tenait de la rage. A trente pas de nous, en effet, une masse noire, que la chute du jour ne nous permettait pas de distinguer parfaitement, bondissait par-dessus les broussailles et cherchait à échapper à la terrible trompe qui la menaçait.
<f Nous sommes perdus, dit le major, la chasse va
\OYAGh AU PAYS DES CAYADÈRES.
:;go
finir au fond d’un marais. » La prédiction n’était pa;'achevée qu’elle s’accomplissait : notre éléj»hant, d’un bond, venait de tomber au milieu d’une tourbière, il avait de la boue jusqu’au ventre. Comprenant le danger, l’intelligent animal fit un elToil désespéré et atteignit l’autre rive, du moins nous le croyions, et saisissant avec sa trompe une touffe d’énormes bambous qui se trouvait sur le bord, il essaya de prendre pied sur la terre ferme ; mais ce fut en vain, il ne parvint qu’à poser ses deux pattes de devant sur les troncs des bambous et à s’y maintenir fortement à l’aide de sa trompe.
Un rapide examen des lieux nous dévoila la tefrible situation dans laquelle nous nous trouvions : la touffe de bambous à laquelle Rohini s’était aecroché était au centre même de la tourbière dans laquelle nous étions tombés, et ce frêle soutien ne pouvait tarder à nous manquer, le poids énorme de l’éléphant devant suffire à le déraciner en quelques heures.
Si nul secours ne nous arrivait rapidement, nous étions infailliblement perdus. Tout l’arrière-train de notre éléphant était plongé dans la vase, et si sa robuste trompe eût abandonné les bambous, nul doute que l’animal entier n’eût disparu dans la (ourbicre. Une chance de salut nous fut présentée par le cornac, nous la repoussâmes avec horreur : il s’agissait de tuer Rohini d’un coup de carahine dans l’oreille, pour lui faire lâcher prise, et de nous installer ensuite sur les troncs des bambous qui, déliarrassés du poids de l’éléphant, eussent eu ia force de nous supporter jusqu’au jour.
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A cet instant, à notre gauche, nous aperçûmes üne flamme des plus intenses s’élever à deux milles environ. C’était, sans aucun doute, un signal de sir 7ohn pour nous guider dans la nuit. Nous ne pou- \ ions, hélas ! on profiter. De tous cotés les chacals glapissaient, les yeux flamboyants des hyènes étincelaient dans les ténèbres, et, sur une touffe d’arbustes, un makara (espèce de hibou) nous envoyait, à intervalles égaux, ses hululements plaintifs.
Que faire? Nous étions tous assis, cramponnés sur le haoudah renversé, dont la moitié était enfouie dans la tourbière, et sur la tête de Rohini, qui, la trompe enroulée autour d’une dizaine de bambous, était aussi ferme, aussi solide qu’un roc. Le feu brillait toujours du plus vif éclat, et les cris des bêtes fliuves formaient autour do nous un concert qui ne s’arrêtait plus.
Depuis le commencement de cette scène, Amoudou était resté pensif. Sans aucun doute, mon Nubien, se rappelant son enfance passée dans l’intérieur de l’Afrique, alors qu’il accompagnait les caravanes, et les dangers qu’il avait courus et évités, cherchait les moyens de nous tirer de là.
Après avoir jeté un dernier regard sur la jungle, il se pencha vers moi et me dit :
« Les bambous commencent à s'ébranler, saèb.
— Je le crains ! lui répondis-je.
— Avant deux heures, le poids seul de Rohini les aura déracinés, et nous nous en irons tous au tond du marais... à moins que...
— Achève...
— A moins que nous ne suivions le conseil di! cornac.
— Tuer notre brave éléphant?...
— La vie de quatre hommes excuse cette nécessite, fit le major Daly pensif.
— N’ayons recours à cet horrible moyen qu’à la dernière extrémité, dis-je aussitôt. Il me répugnait de devoir ma vie à celle de ce pauvre colosse, dont l’incroyable force nous soutenait en ce moment audessus de l’abîme.
— Eh bien, fit Amoudou, je vais essayer de vous sauver, ainsique Rohini.
— Comment cela? fis-je avec une lueur d’espoir. Je connaissais Amoudou et le savais capable des plus grands dévouements.
— Si tu nous tires de là sains et saufs, dit le major Daly, foi d’Anglais, je te mettrai à même de ne plus servir que pour ton plaisir.
— Ecoulez-moi bien, saëbs, poursuivit mon fidèle serviteur. Avant que la nuit fût aussi profonde qu’en ce moment, j’ai inspecté les bords de la tourbière dans laquelle cette pauvre Rohini nous a jetés sans s’en douter, et j’ai pu me convaincre, par la différence de l’herbe, que de ce côté-ci, à notre gauche, la rive n’était guère éloignée de nous que de trente à quarante kalpas (coudées) au plus. Voici le projet que cela m’a suggéré. Dans la touffe de bambous qui nous sert de point d’appui en ce moment, il en est qui doivent certainement atteindre une hauteur de trente à trente-cinq coudées. Je vais grimper au sommet du plus gros d’entre ceux que Rohini n’a point saisis dans sa
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trompe, en m’appuyant sur les autres pour ne point le casser; dès que je serai au sommet, vous le couperez aisément par la base, avec la hachette à broussailles qui est dans le haoudah; alors, me cramponnant à son extrémité, je le suivrai dans sa chute, et ce ne sera qu’un jeu pour moi d’arriver à terre sans accident. Vingt lois, dans mon enfance, j’ai traversé ainsi des rivières que le courant ne me permettait pas de franchir à la nage, lorsqu’il s’agissait de porter sur l’autre rive le bout d’une corde en fil de coco, qui devait servir à établir un pont pour le passage des caravanes.
— Mais si le bambou se casse sous ton poids dans la courbe qu’il va décrire en tombant? dis-je à Amoudou.
— Que la volonté d’Allah soit faite.
— Mais si le bambou, tout en ne se brisant point, n’atteint pas l’autre rive?
— Au moment où le bambou s’inclinera vers le sol, d’un vigoureux élan, je tâcherai de gagner la terre ferme; si je n’y puis parvenir... que la volonté d’Allah soit faite!... Vous tuerez Rohini pour attendre les secours qui ne manqueront pas de vous arriver dès que le jour permettra d’explorer la campagne. »
J’essayai de dissuader Amoudou de son dangereux projet, en proposant de sacrifier de suite l’éléphant ; mais il refusa net, et déclara qu’il était sûr du succès, si le bambou ne venait pas à rompre au moment où, s’inclinant pour tomber, il aurait à supporter tout le poids de son corps. Une fois à terre, guidé par le feu, il se rendrait au bcngalow, en
ayant soin de marquer sa route par des branches d’arbifstes brisées, et reviendrait rapidement avec du,^cours.
J’hésitais encore.
« Si nous tirions des coups de carabine, dis-je, cela pourrait indiquer notre direction.
— Oui, me répondit le major, mais cela ne donnerait pas le moyen de nous rejoindre. AhI si nous avions un l’anal ?
— Si nous faisions un pont avec les bambous qui nous entourent?
— O saëb, me dit gravement Amoudou, nous perdons beaucoup de temps à la recherche de choses inutiles. C’est tout au plus si nous avons quatre ou cinq bambous à notre disposition, les autres sont saisis par Rohini qui ne les lâchera pas, et ce n’est pas assez pour construire un pont qui pût nous supporter.
Dans le sens vertical, les bambous ont quelque résistance; horizontalement, ils se brisent au moindre poids dont on les charge. Nous supporteraient-ils, que nous ignorons s’ils sont assez longs pour que leur extrémité puisse s’établir solidement sur la terre ferme; et, dans ce cas encore, faudrait-il que je passasse sur l’autre bord pour m’en assurer et les assujettir. Gela n’est pas praticable, saëb. »
Le temps pressait, il fallait nous rallier au projet d’ Amoudou.
Avec l’agilité d’un chat-tigre, le brave Nubien grimpa le long des bambous, après nous avoir indiqué celui qu’il choisissait, et arrivé au sommet, il
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El sans que sa voix décelât la moindre émotion, il nous cria, en se servant d un terme de marine . « Larguez tout!... » (Les Jungles du lac Kandellé, page 365.)
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nous cria, en se servant d’un terme de marine et sans que sa voix décelât la moindre émotion ; Larguez tout !
En cinq ou six coups de hache, le bambou fut tranché par le pied, et Amoudou le sentant libre, lâcha la touffe à laquelle il s’accrochait, et se lança dans l’espace.
Quelle poignante anxiété étreignit nos cœurs . pendant les quatre ou cinq secondes qui s’écoulèrent du départ à la chute. Nous ne pouvions rien distinguer, mais le bruit d’un corps tombant dans les broussailles vint nous apprendre que le fidèle serviteur ne s’était pas trompé dans ses calculs.
En se relevant, Amoudou s’écria : « Allah est grand ! Nous sommes sauvés.
— Prenez garde aux marais et aux jaguars, lui cria le major.
— Soyez sans crainte, saëb, je suis né dans les marais de la basse Nubie, » répondit-il.
A peine avait-il jeté ces mots, que nous entendîmes le froissement des broussailles qui lui livraient passage. Le feu brillait toujours de l’éclat le plus vif dans la direction de la tour des rajahs.
Pendant quatre à cinq minutes environ nous perçûmes le bruit que faisait Amoudou en s’ouvrant un chemin à travers la jungle. Puis tout retomba dans le silence, si toutefois on peut appeler ainsi les cris discordants, les glapissements et les hurlements des fauves qui nous arrivaient de tous côtés.
Une heure, un siècle ! s’écoula dans cette anxiété. En vain interrogions-nous le feu qui continuait à
brûler pour essayer de recueillir quelques signaux favorables, rien ne venait nous rassurer, entretenir notre espoir. Notre éléphant, toujours inébranlable, commençait cependant à souffler un peu; allait-il être bientôt à bout de forces. Le cornac nous rassura, en nous disant que le colosse exprimait ainsi à sa manière, sa colère de sentir roder autour de lui les chacals et les hyènes, qui d’ordinaire n’osent point l’approcher.
Tout à coup, deux coups de carabine se font entendre dans le lointain. Amoudou était heureusement arrivé à la tour des rajahs... Tremblants d’émotion, nous répondîmes de la meme manière au signal. Jusqu’à ce moment, nous n’avions pas osé nous servir de nos armes à feu pour indiquer notre situation à sir John, par crainte de lui faire arriver le même accident qu’à nous, dans une recherche à l’aventure et sans guide.
A partir de ce moment, nous pûmes suivre toutes les péripéties de notre sauvetage. En effet, nous distinguâmes bientôt, dans la jungle, une série de torches se dirigeant vers nous, que nous jugeâmes, au mouvement, être portées à dos d’éléphant. Nous comptâmes, il y en avait neuf, toute la troupe arrivait à notre secours. En moins d’une demi-heure, Amoudou en tête, sir John, le capitaine Elphinston et toute la troupe des nilmakarheia étaient sur les bords de la tourbière qui avait failli devenir notre tombeau. 11 était temps, car la touffe de bambous commençait à s’incliner. Lorsque Rohini aperçut ses camarades, elle se mit à mugir de plaisir, les nouveaux venus lui répondirent, et ce
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fui pendant quelques minutes le plus étourdissant de tous les concerts.
« Je vous ai crus perdus sans retour b, nous cria sir John.
Et, de fait, nous n’avions échappé à la mort que par miracle.
Nous tirer de là fut l’afTaire d’un instant. Un cocotier, coupe autour du bengalow et apporté à dos d’éléphant, nous fit un pont naturel que nous nous hâtâmes de traverser, et, en touchant terre, nous reçûmes un vigoureux shake-hand de sir John et de son ami.
Le sauvetage de Rohini exigea plus de travail. Le tronc du cocotier servant de point d’appui, on se hâta d’entasser des branches d’arbres, des broussailles, des pierres, tant que la vase voulut en engloutir; de cette façon, on put faire un chemin artificiel au colosse, qui, d’un vigoureux élan, ayant pour s’aider dans ses efforts une énorme corde en fil de coco retenue de l’autre bord par deux éléphants, parvint à sortir de la boue et à gagner la terre ferme.
Tout l’honneur de ce projet si bien exécuté revenait à Amoudou ; par son sang-froid et son courage, il nous avait sauvés. Après nous avoir quittés, il avait mis plus d’une heure à gagner le campement, guidé par le feu que sir John avait fait allumer.
Il ne suffisait pas d’aller, il fallait pouvoir revenir, et le brave Nubien s’était occupé avec un soin particulier de bien indiquer sa route, en faisant tous les dix pas, avec des branches d’arbre et des pierres, une marque facile à reconnaître.