‹ Voyage au pays des bayadèresChapitre 6 sur 14 · CL VLAN · texte numérisé non relu

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sente l’ami fie votre ami. Kt je lui tendis ma lettre fTintroduction. Kbaliissement général, nouveaux serrements de njains et politesses d’usage... Le hasard me rendait un grand service, en me faisant rencontrer la personne à qui j’étais recommandé ; car je suis sur ce point d’une susceptibilité des plus . singulières : rien ne m’ennuie à l’étranger comme de me présenter dans une maison ou dans un comptoir une lettre à la main, et d’être pendant cinq minutes sous le regard inquisiteur et souvent blés sant d’un monsieur qui vous prend pour un quémandeur de secours, ou un pauvre diable qui a besoin d’une place, quitte, après avoir lu la lettre, à vous offrir sa maison et sa bourse.

C’est très-bien : mais je suis d’un caractère si drôle, qu’il est fort rare que la seconde réception parvienne à atténuer complètement l’effet de la première. Aussi m’est-il arrivé parfois de ne point me servir des lettres d’introduction que je possédais, surtout lorsque je pouvais supposer que les relations les plus intimes n’existaient pas entre celui qui m avait remis la lettre et le destinataire.

Je n avais point pour cette fois à craindre une réception froide ou cérémonieuse; je ne pouvais <lésirer un abord plus franc et plus ouvert, une poignée de main plus chaleureuse que celle de mon compatriote.

En quelques minutes nous fûmes de vieux amis ;

1 histoire de sa venue à Geylan était bien simple, il me mit au courant en deux mots. — Son père vendait, bon an mal an, pour deux ou trois millions de denrées exotiques, cotons et indigos surtout. Homme

intelligent, il avait fait donner à son fils une excellente éducation; et après l’avoir gardé quelques années dans son comptoir, pour lui donner le flair de la matière commerciale, à vingt-quatre ans il l’avait marié et expédié à Ceylan pour remplacer son commissionnaire.

Depuis six ans qu’il était l’acheteur de son père, la maison avait doublé ses capitaux, et mon nouvel ami comptait bien rentrer en France sous deux ou trois ans.

— Mais je ne laisserai point ce pays sans regret, me disait-il : nous sommes, ma femme et moi, complètement acclimatés, et je vous assure que loin du bruit et des ambitions qui agitent l’autre hémisphère, on goûte ici, au sein de cette splendide nature, un bonheur pur et calme dont je me contenterais si je n’étais, comme tous mes compatriotes, attaché au coin de rue qui m’a vu naître.

Cette rencontre changea notre itinéraire.

— Qu’irez-vous faire à Colombo? nous dit M. Duphôt. Vous n’y rencontrerez rien qui soit digne de remarque, et à moins que vous ne teniez à aller vous faire écorcher dans les hôtels anglais, à voir des comptoirs, des bazars, des marchands de curiosités et le gouverneur, vous feriez mieux de veniipasser quelques jours dans mon habitation ; je vous ferais visiter l’intérieur de l’île, qui est splendide, chasser le caïman et le daim, et vous garderiez de ce pays un souvenir qui ne s’effacera jamais.

J’allais répondre, mais mon interlocuteur me coupa la parole avec vivacité.

— Je ne m’adresse pas à vous, me dit-il : bon gré

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