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mal jiré, vous allez être pendant plusieurs mois riiûte de Kaltna. Je renouvelle donc mon invitation à messieurs les olTiriers de V Erijmanthe, en les priant de l’agréer.
— Nous accepterions avec le plus vif empressement, répondit l’un d’eux. Seulement il y a une petite difficulté : le commandant peut être forcé d’avancer son départ, il nous a promis dans ce cas de nous envoyer une dépêche à Colombo et...
— Qu’à cela ne tienne, interrompit notre ami qui avait réponse à tout : je vais envoyer un exprès àPointe-de-Galles avec ordre de venir sur-le-champ .vous prévenir, dans le cas où vous seriez obligés d’abréger votre séjour chez moi. Vous lui donnerez un billet pour votre commandant, et de cette façon rien ne troublera votre quiétude. Renvoyez également cette voiture qui ne vous sera d’aucune utilité : la mienne est assez grande pour tout le monde, et le jour du départ nous vous reconduirons au bateau. Les deux officiers durent céder devant une aussi aimable insistance, et un mali, sorte de valet de pied, fut expédié à Pointe-de-Galles, avec mission de se tenir aux ordres du commandantdu paquebot.
Kaltna, lieu où notre compatriote avait fondé une belle plantation de coton et établi sa résidence, se trouve placé dans une position admirable, au centre d’n ne vallée produite par les ramifications du pic d’Adam et des monts Kotmalc, à dix-buit à vingt milles de Colombo; cela lui permettait, tout en habitant la campagne, de se rendre en quelques heures à son comptoir de Colombo, aux époques d’expédition.
Nous avions accordé de longues heures à la con-
wi'sation', la nuit venait à grands pas, notre liùlo nous invita à monter en voiture. Il avait l'ait prévenir sa femme par un exprès, et il craignait qu’elle ne fût inquiète en ne nous voyant pas suivre de j)rés le rnes.sager. Laissant le rivage et la roule de Colombo sur la gauche, nous nous enfonçâmes dans l’intérieur, le long de la rivière du Kalloo, entraînés par deux vigoureux pur-sang qui devaient nous rendre à Kaltna en moins de deux heures.
A Ceylan, comme dans l’Inde entière, les domestiques ne vont jamais en voiture, et surtout dans celle du maître. Amoudou, vu la longueur du chemin et son ignorance des lieux à parcourir, obtint cependant de s’asseoir sur un des largos marchepieds de l’arrière, au grand ébahissement des deux A'indicara qui couraient à pied autour de la voiture,
^t qui, de leur vie, n’avaient assisté à une pareille dérogation aux antiques usages.
Et certainement mon nègre eût acquis une certaine importance à leurs yeux, si la race n’eût point été eonnue dans le pays et profondément méprisée.
I.Æ répulsion que les cheveux de mouton (mouloucoma), ainsi qu’ils les appellent, inspirent aux Cyngalais est telle que, sans notre présence, le vindiagar (cocher) et les deux vindicara (coureurs) ’ eussent certainement chassé Amoudou à coup de fouet du marchepied de la voiture.
Dans les villes, les cochers de louage ne les supportent qu’avec peine, à moins qu’ils n’appartiennent à la classe des parias. Dans ce cas, ne faisant eux-mêmes partie d’aucune caste, ils craignent moins d’être souillés par la présence du mouloucoma.
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j’aurai bientôt occasion d’entrer dans plus de détails sur les mœurs, habitudes et coutumes cyiigalaises, que je ne fais qu’effleurer pour le moment...
Dix minutes avant d’arriver, nous rencontrâmes < inq à six serviteurs munis de torches résineuses, envoyés par Dupbôt, et qui se mirent à courir autour des chevaux pour éclairer leur marche.
Nous fûmes reçus avec une grâce parfaite par cette jeune dame, à qui son mari nous présenta au saut de voiture. Ma qualité de recommandé me valut de plus qu’aux autres une cordiale poignée de main à l’américaine' et sans plus de façon, car il était tard, nous passâmes dans la salle à manger, où le dîner nous attendait, entièrement servi à la mode indous, dans des plats couverts et à doubles fonds garnis d’eau chaude; ce qui fait que chaque plat conserve, sans augmenter de cuisson, sans se dessécher, la chaleur nécessaire, et peut se servir plusieurs heures à l’avance ; quand on tarde trop à se mettre à table, le cuisinier renouvelle l’eau cliaude <le chaque plat et tout est dit...
Le repas fut exquis, bien que mon palais, un peu déshabitué de cette cuisine par un séjour de deux i années en Europe, eût trouvé les sauces et les carrys un peu pimentés.
A l’issue de la table, mes deux compagnons se trouvant fatigués, se retirèrent avec cette liberté de l’hospitalité orientale, qui permet à chacun d’agir à sa guise et comme dans sa propre demeure. Four moi, je restai de longues heures auprès de cette aimable famille avant que le besoin de repos vînt se faire sentir. Nous avions tant à causer !
Nous ne nous en fîmes point faute. Je venais de Paris, et la ville sans pareille fit tout d’abord tous les frais de notre conversation : les embellissements, les théâtres, les pièces et les ouvrages nouveaux; à un instant même la jeune dame essaya d(^ me sonder sur les modes... ce qui ne m’étonna pas, la légende indoue faisant naître Héva prés du pic d’Adam, dans la vallée même de Kaltna. Je lui en fis la remarque, ce qui la fit rire de bon cœur. Puis elle me répondit finement : « Vous savez que notre légende indoue ne ressemble en rien à la version hébraïque, et que notre Iléva de Ceylan n’a aucun rapport avec celle de la pomme et du serpent. »
Et son mari de lui répondre, en faisant allusion à mes goûts pour les études sanscrites :
— Prends garde, ma chère amie; ignores-tu que lu t’adresses à un adepte de la métempsychose, dont le corps est habité par celui d’un vieux bratime des temps passés?
Et c’était à mon tour de sourire à cette flatterie, d’autant plus délicate qu’elle était déguisée. Puis nous revenions au pays natal, à nos amis communs, dont je leur avais apporté les souhaits. Il faisait si bon rassembler tous ses souvenirs : il nous semblait que nous n’avions pas quitté la France, que nous • devisions dans un salon à la campagne.
Et cependant l’illusion ne pouvait exister que dans les esprits. Tout, autour de nous, nous rappelait un autre pays et d’autres mœurs. Un vigoureux Indou, assis au dehors sur le perron, lançait à toute volée sur nos têtes un immense pankah, qui rafraîchissait l’air de l’appartement; les parfums enivrants
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des fleurs et des arbres nous environnaient comme un bain de vapeur; les domestiques, retirés dans leurs cases, sous les tamariniers et les flamboyants aux fleurs rouges, chantaient quelques refrains pour ' égayer la veillée, de ce ton lent et monotone qui est le propre de la musique de l’extrême Orient.
Des milliers de lucioles phosphorescentes s’abattaient au milieu du feuillage, semblables à des étincelles emportées par le vent; et de toutes parts, de la montagne, des bois, des rizières, des cannes à sucre, des étangs, surgissaient mille bruits, mille cris d’insectes, de rats palmistes, d’oiseaux de nuit et d’animaux de toute nature.
Combien de temps passâmes-nous ainsi? je l’ignore ; les étoiles pâlissaient au ciel, la conversation languissait, nous sentions la fatigue nous envahir... mais nous luttions. Nous venions de passer ensemble une de ces soirées qui ne s’oublient plus. Nous voulions la prolonger encore.
Cependant il fallut céder, et un domestique spécialement attaché à ma personne, et qui ne devait plus me quitter pendant tout le temps que je resterais dans l’habitation, me conduisit à l’appartement qui m’avait été préparé.
Suivant la coutume, ma chambre à coucher possédait un lit et un hamac, tous deux entourés de moustiquaires; je choisis le hamac comme plus commode et plus frais, et je n’eus point lieu de m’en repentir, car je ne me réveillai que fort tard dans la matinée, et seulement au moment où le dobachy (valet de chambre) chargé de mon service me présentait sur un plateau trois tasses dans lesquel-
les se trouvaient du café, du thé, et un bouillon doré et jiarfumé, appelé mouloucoutanie (bouillon de mouton), qui est un des triomphes de la cuisine indoue : j’en donnerai la recette à son heure.
A peine venais-je de prendre la dernière cuillerée du liquide odoi ant, que Duphôt entra sans façon dans ma chaudire, suivi d’un domestique qui por tait, à mon intention, un vêtement complet de chasse, fait avec un coutil léger et résistant, appelé dans le pays toile d’ananas.
— Habillez-vous vite, me dit-il ; nous allons faire une ptîlile tournée avant déjeuner, et tirer àlacihle sur des caïmans. Los chevaux et les armes sont prêts, on n’altcnd que vous.
Aous partîmes sur d’élégants petits chevaux de Singapoor, rebelles à la chaleur et à la fatigue, et qui sont une précieuse ressource pour le pays.
Pendant près d’une demi-heure, nous traversâmes au petit trot une vallée au-dessus de Kaltna, qui se prolonge entre deux chaînes de montagnes jusqu’au pic d’Adam, d’une splendeur de végétation et d’un pittoresque que la plume la plus enthousiaste et la plus poétique serait impuissante à décrire; les arbrisseaux qui bordaient les rizières, les caféiers à mi-côte, étaient comme noyés sous les lianes et les Heurs.
Çà et là, quelques bouquets de bois, sur les bords de petits étangs destinés à l’arrosage, donnaient asile à des myriades d’oiseaux aux plumages variés, qui voletaient par nuées d’un champ à un autre, passant sans les trouhlcr au-dessus des têtes des soudraouansès ou par élision soudransès (laltou-
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reurs, cultivateurs), en train d’éclaircir les tiges de riz ou de les arroser avec leurs pompes à balanciers.
Arrivés sur la lisière d’une forêt de multipliants, de flamboyants et de tamariniers, nous mîmes pied à terre, laissant nos chevaux à la garde de quatre coureurs qui nous avaient suivis en luttant de vitesse avec nous, et le fusil sur l’épaule nous nous enfonçàmès sous bois.
Au bout d’un quart d’heure de marche, nous arrivâmes auprès d’un bouquet de multipliants si touffus qu’ils nous interceptaient la vue et semblaient de prime abord opposer une barrière infranchissable à toute tentative de j issage.
— Attention, nous dit à voix basse M. Duphôt : avançons doucement et en silence, et vous allez jouir d’un des plus magnifiques spectacles qu’il puisse être donné à l’homme de contempler.
Nous nous engageâmes à sa suite dans un petit sentier taillé â la hache, à travers les troncs et les racines des multipliants, retenant notre souffle et cherchant à étouffer le plus possible le bruit de nos pas. Bientôt le sentier se mit à monter avec une inclinaison tellement rapide qu’il fallut nous accrocher aux branches pour ne point glisser.
Au bout de dix minutes d’une pareille ascension, nous nous arrêtâmes d’un commun accord pour reprendre haleine.
Je jetai les regards autour de moi. Pas un rayon de soleil ne perçait la voûte épaisse; la lumière, sous ce feuillage gigantesque, était d’un vert sombre qui se reflétait dans le même ton sur les troncs
d’arbres et sur nous-mêmes. L’oreille la plus subtile ii’eùt pas entendu le moindre bruit : c’était le silence de la forêt vierge, silence plein de majesté et de poésie, mais d’une tristesse mélancolique qui linissait par peser au cœur.
Tout à coup notre ami appela à voix basse Ramassamy, le chef de ses domestiques, qui nous accompagnait, et il lui montra du doigt une liane verte emoulée au-dessus de nos têtes, que sans doute il lui ordonnait de prendre pour nous la montrer.
L’Indou, car c’était un Malabar de la cote, s’accroupit aussitôt au pied de l’arbre où se trouvait la liane, et se mit à chanter, d’un ton bas et traînant, un refrain qu’il entremêlait de petits sifflements plus ou moins aigus suivant la modulation, et qui se terminait en roulades comme le chant du boulboul, cet oiseau à huppe rouge et au chant mélancolique, qui meurt dès qu’il dépasse le vingt-cinquième degré de latitude, ne pouvant consentir à vivre loin des chaudes contrées et des arbres éternellement fleuris où il suspend son nid.
Après quelques minutes de ce chant bizarre et monotone, la liane sembla se mouvoir comme par . enchantement, et un sifflement prolongé répondit à ' l’appel de l’Indou... Nous tressaillîmes malgré nous : [ cette liane d’un beau vert clair était un serpent., — Ne craignez rien, nous dit notre hôte, avant deuxminutes Ramassamy va s’en emparer, il lui arrachera les crochets s’il en a, car il n’est point sur qu’il soit venimeux, et il nous en fera cadeau.
En effet, le charmeur continuait son chant d’une cadence et d’un rhythme si singuliers, et le serpent
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déroulait peu à peu ses anneaux, suivant la mesure par un mouvement de tête qui ne laissait pas que <l’être fort gracieux, tout en s’allongeant le long d’une branche, comme pour descendre auprès de celui qui l’appelait.
Bientôt, au son de cette étrange mélodie, il se mit à se balancer doucement dans le vide, n’étant plus retenu autour de la branche d’arbre que par un simple anneau, et dardant ses petits yeux rouges sur l’Indou qui semblait le fasciner. Peu à peu il dénoua son dernier anneau, et se laissa glisser jusqu’à terre.
Je ne suis pas bien sûr qu’il toucha le sol. Avec la vitesse de la pensée, Ramassamy l’avait saisi audessus de la tête de façon qu’il ne pût le mordre, et se levant, il nous le montra enroulé autour de son bras.
Introduisant alors le bout de la lame d’un couteau dans la bouche du reptile, il lui arracha les deux incisives avec les vésicules de poison qui les accompagnaient, et le passa à son maître, qui le prit pour nous le montrer. Il était, par cette opération, devenu complètement inotfensif.
Nous le mesurâmes : sa taille dépassait un mètre cinquante centimètres.
— C’est un des plus mauvais serpents de ces contrées, nous dit notre hôte qui l’examinait. Je croyais d’abord, à voir sa robe verte, que c’était simplement un serpent liane, c’est-à-dire, ainsi que son nom l’indique, un animal peu dangereux ; mais regardez ces légères taches rouges qui zèbrent son corps : autant vaudrait-il être mordu par un cobra-
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capella que par lui ; et malgré toute la science et le charlafauisme des guérisseurs, il n’y a qu’un remède efficace à ses morsures, c’est la succion de la plaie.
» Les Indous, qui passent pour posséder un remède souverain dont la ^recette serait tenue se- 'crète par eux, ne s’y prennent pas autrement pour se guérir : ils bandent le membre mordu, débrident la plaie avec un couteau ou avec une feuille de roseau si cet instrument leur fait défaut, enlèvent le venin par la succion, et terminent la guérison en faisant suer abondamment le malade avec des infusions bouillantes de canne à sucre, de cannelle et de girolle.
» J’ai vu sauver deux de mes gens avec cette medicamentation, ajouta-t-il, et c’est la seule que j’emploierais si quelques-uns des miens ou moi venions à être mordus. Voilà une leçon de médecine terminée, continuons notre marche et sans bruit; j’ai bien peur que nous n’ayons effrayé en causant ceux que nous allons visiter. »
La foret allait en s’épaississant de plus en plus : chaque branche de multipliant qui avait touché la terre avait pris racine, donnant naissance à un arbre qui à son tour s’était reproduit de la même manière : c’était un fouillis inextricable.
J’ai déjà dit que le sentier que nous suivions avait été creusé à la hache : nous marchions comme entre deux murailles de feuillages, de troncs d’arbres et de racines, écartant avec la main les jeunes branches qui nous balayaient la figure.
Enfin nous atteignîmes le sommet d’un plateau :
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c’élail la fin do notre course. Je ne pus retenir un cri d admiration.
Devant nous était un petit vallon rond comme tm entonnoir, sur le penchant duquel les multiïliants continuaient à serpenter et à se relever arbres, mais moins piessés que sur le versant que nous venions de parcourir. Au fond était uü petit lac de deux kilomètres de tour environ, dans les eaux duquel ces arbres gigantesques ayant poussé leurs racines, de nouveaux arbres étaient éclos, faisant une forêt au milieu même du lac; et comme sans doute la nourriture qu’ils trouvaient au sein de l’eau était plus abondante ou mieux appropriée à leur nature, ils s’élevaient, quoique le lac lût en contre-bas et au fond du ravin, presque aussi haut que leurs congénères qui poussaient au sommet du coteau. C’était splendide : jamais l’imagination d’un peintre fantaisiste n’a pu rêver un pareil paysage. Au milieu même du lac, un petit tertre, une ile d’n peine vingt pas de tour, supportait un magnifique flamboyant qui, couvert de fleins du plus beau rouge, semblait être le centre d’nn immense bouquet dont les multipliants avec leur feuillage vert foncé formaient la bordure. ,
Et sur le lac glissaient en se jouant des pluviers dorés, des canards brahmes couleur safran, animaux révérés dans la mythologie du peuple, qui leur prête . les aventures les plus fabuleuses dans la guerre d^ , Dama contre Ravana, et des myriades de petites sar- ■ celles au bec jaune, au plumage verdâtre; tandis ' que sur les bords, des martins-pêcheurs de toutes tailles et de toutes nuances, en compagnie de hérons
lüü VOYAGE AL’ PAYS DES BAYADÊRES.
roses et de cormorans aux cous goitreux, voletaient et plongeaient à qui mieux mieux pour saisir leur nourriture.
— Voilà le lac aux caïmans, nous dit notre ami : cl il faut avouer que ces messieurs auraient pu choisir une plus vilaine demeure.
Je ne pus cacher mon étonnement en voyant qu’un lac qui recelait d’aussi terribles animaux, fût en même temps habité par une aussi grande quantité d’oiseaux aquatiques.
— Oh! me répondit il les sarcelles, canards, pluviers et autres ont la vue beaucoup trop perçante pour se laisser surprendre : aussitôt que le caïman paraît, qu’il nage à la surface ou entre deux eaux, les premiers oiseaux qui l’aperçoivent poussent un cri d’alarme, et toute la gent emplumée s’envole et se réfugie du coté opposé. Et, du reste, les caïmans, soit habitude, soit expérience de l’inutilité -de leurs efforts, ne cherchent jamais à les attraper. .Maintenant, plaçons-nous; Ramassamy va jeter l’appàl dans les joncs sur les bords de l’eau, et nous aurons bien mauvaise chance si d’ici à un quart d’heure nous n’avons point trouvé l’occasion d’essayer nos fusils.
Nous nous cachâmes à vingt pas de là, derrière une touffe d’arbrisseaux; et l’Indou, habitué à cette besogne, lança avec beaucoup d’adresse, de distance en distance, de grosses boulettes de viande de chèvre préparées à cet effet; puis il se coucha dans l’herbe.
Ceci avait été fait avec une telle rapidité que c’est à peine si quelques sarcelles, parmi les plus
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i rapprochées de nous, détournèrent la tctc, un peu * enarouchées, pour se remettre bientôt après à pâturer parmi les hautes herbes qui poussaient jusqu’à la surface de l’eau.
A genoux, le doigt sur la détente de nos armes et respirant à peine, nous inspections la surface du lac à travers les interstices du feuillage, mais rien ne bougeait... rien, môme en apparence, ne venait déceler la présence des dangereux animaux que nous attendions.
Sans doute ils nous avaient vus ou sentis, quelque précaution que nous ayons pu prendre, et ils ne se souciaient pas de quitter leurs demeures dans les liantes herbes et les roseaux.
Cet affût dura près d’une demi-heure, et de guerre lasse nous allions rompre le silence et allumer nos cigares, lorsque Ramassamy vint en rampant auprès de nous et nous montra un milan qui, sur le bord opposé, sautait de branche en branche en poussant des cris et battant des ailes. Bientôt, l’oiseau de proie s’envola en décrivant, suivant son habitude, des ronds au-dessus du lac, comme s’il guettait une proie.
— Enfin notre patience va être récompensée.
Quand vous voyez cet oiseau, nous dit notre hôte, voleter dans le feuillage le long du rivage ou planer sur le lac, le caïman n’est pas loin ; il l’ob- .serve, le suit, l’accompagne de ses battements d’ailes et de ses cris de joie, car il sait que les reliefs seront pour lui si la chasse est bonne.
Il ne se trompait pas ; au bout de quelques minutes, nous aperçûmes la tête d’un monstrueux
alligalor qui s’avancait de notre côté avec rapidité; il fendait l’eau si habilement que c’est à peine s’il soulevait un flot léger autour de lui.
En un clin d’œil, la plupart des sarcelles, ca- '^ds, hérons disparurent dans les joncs de la berge |)posée, et le caïman resta maître du lac. Son instinct, du reste, ne le trompait point, il nageait sans hésitations et en droite ligne vers l’appât qui lui avait été tendu.
— Attention! nous dit notre ami qui nous dirigeait dans cette chasse curieuse, et à qui nous obéissions aveuglément, laissez-lui manger les premières boulettes: entièrement rassuré,. il viendra alors de lui-même en face de nous, où se trouve la dernière amorce que Ramassamy a jetée, et nous pourrons choisir, pour lui envoyer nos balles, les seuls points où il soit vulnérable, c’està-dire l’œil ou le défaut de l’épaule.
> Il est nécessaire que nous tirions tous quatre à la fois; nous n’aurions pas le temps d’un second coup de feu, et si une seule de nos balles coniques explosibles peut l’atteindre convenablement, il est à nous. Epaulez ferme ; quand il sera bien à portée : je ferai un signe de tête, ce sera le moment. >
Je dois l’avouer, le cœur me battait à tout rompre, non de peur, car nous ne risquions absolument rien, les retom’s offensifs de ces animaux blessés étant excessivement rares et des plus faciles à éviter, mais je ne pouvais me défendre d’une émotion bien naturelle, n’ayant jamais tenu pareil gibier au bout du canon de mon fusil.
En moins de rien le monstre eut happé les pre-
Il va s’élancer sur l’herbe, éloignez-vous, il n’est que blessé... (Ceylau, page 109.)
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