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dégoûtante préparation , et surtout l'usage qui en est fait dans les cérémonies funéraires, je dirai que la vénération des Indoi^s, surtout dans les basses castes, est telle pour la vache, que j'ai vu très-fréquemment les pénitents, suivre cet animal dans les champs, et après avoir recueilli son urine entre leurs mains, en boire une partie et se laver avec le restant la tête et le creux de l'estomac. Je reviens à la cérémonie funèbre.
Le pourohita verse un peu de pantcha-gavia dans la bouche du mourant, et par sa vertu son corps est complètement purifié.
On procède alors à la purification générale : à cet effet, le pourohita et le chef des funérailles invitent le malade à réciter d'intention, s'il ne peut le faire distinctement, certains memtrams par l'efficacité desquels* il est délivré de tous ses péchés.
Cette cérémonie achevée, on amène une vache avec son veau : elle a les cornes garnies d'anneaux d'or ou Je cuivre, sur le cou une guirlande de fleurs, une pièce de toile lui couvre le corps, et on y joint encore tous les ornements que la piété des fidèles offre à la famille.
On fait approcher la vache du malade qui la prend par la queue, et en même temps le pourohita. résite une série d'invocations et de mem-
trams destinés à faire que la vache conduise le moribond par un bon chemin dans l'autre monde.
Le mourant fait ensuite présent de cette vache au prêtre qui sacrifie, un peu d'eau lui est versée dans les mains, en signe de donation.
Le don d'une vache au brahme prêtre qui assiste le mourant est indispensable si l'on veut arriver sans encombre au Yama-Loca, ou séjour de Yama, juge des enfers. Ce don porte le nom de gô-dana (don d'une vache).
Dans le Yama-Loca se trouve un fleuve de feu que tous les hommes doivent traverser quand ils ont cessé de vivre; ceux qui, arrivés à leur dernière heure, ont fait le gô-dana, trouvent en deçà du fleuve une vache céleste qui les aide à passer sur la rive opposée, sans être atteints par les flammes.
Après le gô-dana, on distribue aux brahmes assistants, au nombre de huit, des pièces de monnaie contenues dans un plat de métal, dont la valeur pour chacun d'eux doit être égale au prix de la vache.
On prépare ensuite le dassa-dana ou les dix dons pour être distribués aux funérailles qui vont avoir lieu, car le résultat ordinaire de toutes ces cérémonies, dans lesquelles on bourre la bouche, les yeux, le nez, les oreilles de
pantcha-gavia et de poussière de sandal, a pour résultat immédiat d'étouffer le moribond, et c'est un grand bonheur dans Tlnde que de passer ainsi de vie à trépas, entre les mains du frater qui vous frotte avec son huile, vous barbouille avec sa pommade, et vous assourdit avec ses- incantations.
Cest également un honneur pour la famille, aussi est-on dans l'habitude de faire force cadeaux aux brahmes-pour que le patient ne sorte plus de leurs mains. Ces dons funéraires consistent en vaches, terres, grains, beurre, toiles, sucre, sel, or et argent -, tout est bien reçu ; moyennant cela les pieux mandataires du Seigneur délivrent à ceux qui s'en vont une place de première classe pour le ciel... Ils lui glissent des amulettes destinées à chasser les Rakchasas ou démons, dans les mains, dans la bouche, dans les narines... ddius pr oh pudor I toutes les ouvertures du corps, qui, ainsi bouchées avec des choses consacrées, s'opposent à l'entrée du démon, qui, ne sachant comment pénétrer dans le corps du mourant, est obligé de s'en aller honteusement...
Un brahme ne peut mourir ni sur un lit, ni sur une natte, et la raison, comme on va voir, est des plus simples. L'âme de l'Indou, en sortant de son corps, passe immédiatement dans
un autre, qui la conduit dans celui des séjours de délices qui lui est destiné ; or il paraît que le mort emporte avec lui tout ce qui le touchait au moment de son trépas ; on conçoit dès lors combien il serait incommode pour un trépassé de se promener dans les mondes supérieurs avec son lit sur le dos. En outre, cette situation fort gênante pour lui serait des plus coûteuses pour sa famille, car pour le débarrasser de ce fardeau, il ne faut pas moins de plusieurs années de prières, d'aumônes, de sacrifices, de cérémonies à la pagode que, comme de juste, il faut payer grassement.
Les céréiQonies funéraires de tous les Indous appartenant à une des castes reconnues, sont les mêmes que celles que je décris à propos du brahme de Bedjapour; elles ne diffèrent que dans le rang plus ou moins élevé qu'occupe le pourohita ou prêtre chargé des funérailles.
Il suit de cette croyance relatée plus haut que rindou doit mourir par terre, et ce qu'il y a de mieux, de plus raffiné, au milieu de la rue ; et cela est si important qu'une des imprécations les plus communes que se jettent les indigènes à la face quand ils se disputent, est celle-ci : « Puisses-tu n'avoir personne pour te mettre par terre à l'heure de la mort ! »
Dès que le malade a rendu le dernier soupir,
le fils aîné du défunt et, à défaut d'enfants, Théritier le plus direct du défunt va se baigner sans ôter ses vêtements, puis, se fait raser complétement la figure et le crâne ; ceci fait, il rentre à la maison mortuaire, où tous les assistants se mettent à pleurer et à hurler à qui mieux mieux. Si la famille est assez riche, elle se paye le luxe de pleureurs et de pleureuses à gage. On débat alors avec le pourohita ou prêtre qui va officier le prix de cette seconde partie des cérémonies funéraires. On peut traiter à tant par cérémonie ou à forfait... Il y a des solennités mortuaires depuis une demi-roupie, c'està-dire vingt-cinq sous, jusqu'à des milliers de roupies; I^s brahmes s'entendent admirablement à exploiter l'orgueil de la famille. Vingt-cinq sous... c'est le prix des pauvres.
Pour cette somme, on n'a qu'un jeune pouro-.
hita, un débutant qui se dépêche de marmotter quelques prières en bloc, accompagne son mort jusqu'au bûcher, le regarde flamber quelques minutes et se hâte de rentrer à la pagode. Quand on ne peut y mettre que vingt-cinq sous, on est sûr de son affaire; plus d'amulettes, plus de pantcha-gavia, toutes les ouvertures sont livrées au diable qui entre là comme en pays conquis, et il faut quelques millions d'années passées dans le Naraca ou enfer, pour que le misérable
274 VOYAGE AU PAVS DES BRAHMeS.
puisse être purifié de ses fautes et venir recommencer sur la terre toute la série des migrations auxquelles les âmes sont obligées avant de parvenir au séjour céleste.
En vérité, par tous pays, il ne fait pas bon se faire enterrer ou brûler f)our vingt -cinq sous...
Ceux qui peuvent y mettre une sommg raisonnable sont traités comme suit : Le directeur des funérailles est toujours Théritier du défunt, mais le prêtre qui préside aux cérémonies religieuses est choisi parmi les brahmes de l'initiation supérieure. La mort constatée et le prix fixé, le pourohita se fait apporter du pantcha* gavia, de Thuile de sésame et autres ingrédients^ et procède à une nouvelle purification qui doit enlever les defnières souillures que la première purification faite au mourant aurait pu oublier* Après s'être assuré que toutes les ouvertures sont suffisamment bourrées d'amulettes^ il les bouche définitivement avec du pantcha-gavia et de la terre consacrée, et offre le sacrifice au feu qui doit obtenir au défunt le pardon de tous les péchés qu'iPa pu commettre pendant sa vie entière.
On frotte alors le front du mort avec de la poussière de sandal et du safran, on entoure son cou avec des guirlandes de fleurs, on lui
remplit la bouche de bétel, on le pare de tous ses joyaux et de ses plus riches vêtements, puis il reste exposé pendant le temps qu'on achève les autres préparatifs des funérailles.
Quand ils sont terminés, le défunt est enveloppé dans une pièce de toile neuve, et le pourohita, déchirant une bande de cette toile, plie un morceau de fer à une des extrémités, verse dessus un peu d'huile de sésame, et après Tavoir enroulée en forme de triple cordon, la conserve pendant douze jours, pour servir aux exercices qui vont suivre.
Sur deux longues perches on attache en tra* Vers, avec des liens de paille, sept tringles en bois. C'est sur cette espèce de brancard qu'est porté le corps du défunt. On lui attache ensemble les deux pouces et de même les deux orteils, puis on lé Cercle dans son linceul avec une corde de paille; s'il était marié, on lui laisse le visage découvert. Le chef des funérailles donne alors le signal du départ, et portant du feu dans un vase de terre, il marche en tête du convoi. Après lui vient le brancard funéraire porté par huit brahmes, qui se relayent quatre par quatre; ce brancard est orné de fleurs, de feuillage vert, de toiles peintes, quelquefois d'étoffes précieuses, les parents et les amis l'entourent et le suivent sans turban en signe de deuil.
Pendant ce temps-là les femmes qui n'assistent pas aux pompes funèbres poussent dans la maison du mort des gémissements et des cris effroyables.
Chemin faisant on a soin de s'arrêter trois fois, à chaque pause on ouvre la bouche au mort, et on y met un peu de riz cru et mouillé, afin qu'il puisse à la fois manger et boire.
J'ai entendu dire que ces stations avaient au fond un motif plus sérieux. Il arrive souvent que les gens que Ton croyait morts ne Tétaient pas complètement, ou que, Tétant, ils ont ressuscité, et voici comment. Les juges des enfers qui, sous la direction de Yama, sont occupés de trier les vies humaines qui doivent être tranchées, exactement comme on trie deux espèces de graines différentes qui se sont mélangées dans la rapidité de l'opération, vu le grand nombre de gens qui meurent de minute en minute, ils sont, on le conçoit, sujets à se tromper. Alors il faut donner le temps à Yama, qui vérifie les opérations de ses aides, de reconnaître leur erreur.
La méprise une fois établie, il faut encore que l'âme du mort ait le temps d'arriver au funèbre séjour, où Yama, dès qu'il l'aperçoit, la renvoie immédiatement sur la terre achever le cours de son existence, en lui faisant ses excuses pour Tavoir dérangée.
Cpst donc pour cela qu'on fait ces trois pauses, qui doivent durer chacune . un quart • d'heure.
Il arrive souvent, soit qu'on y ait mis de la précipitation ou de la malveillance, soit encore que rame se soit amusée en chemin, ou ait été pourchassée par les mauvais esprits , que son corps est brûlé quand elle revient sur la terre. Voilà l'infortunée obligée d'errer autour de la maison qu^elle a habitée , dans les charniers où Ton brûle les morts, et dans les lieux déserts, pendant tout le temps qu'elle devait encore vivre sur la terre. De là viennent ces gémissements plaintifs que l'on entend la nuit le long des fleuves, sur la lisière des bois et dans tous les endroits isolés.
Assez souvent les héritiers, dans la crainte de voir reparaître le défunt, font durer ces stations un peu moins que le temps voulu ; si on s'en apercevait, ils seraient notés d'infamie, mais à i'aide de quelques cadeaux importants faits en dessous main au prêtre chargé de la direction des funérailles, ils savent habilement se tirer d'affaire.
Il est une autre croyance que les brahmes entretiennent précieusement, car elle est une source constante de bénéfices. Les âmes errantes,
prétendent-ils, suivent à l'envi tous les convois
funéraires, prêtes à s'introduire dans le corps du mort, si par hasard il existe une seule ouverture qui n'ait pas été hermétiquement bouchée, et dans ce cas elle revien r à la vie avec la situation du défunt, et les héritiers se trouvent ainsi frustrés par des étrangers.
Le pourohita, ou prêtre célébrant, est donc constamment obligé de veiller sur son mort.- A cet effet, et quand il se doute de quelque chose, il inonde toutes les fissures du défunt avec de Peau lustrale ou eau sacrée ; cette opération empêche toute âme étrangère de s'emparer de la dépouille du trépassé.
Quand il veut abréger les stations^ c'est-àdire quand il a reçu des parents une somme assez forte, il déclare tout à âoup qu'il n'a plus la force de lutter contre les invisibles, et qu'une âme protégée par le diable va s'emparer du défunt* Alors la marche du convoi se précipite ; quelques pièces d'or glissées habilement aux quatre bfahmes porteurs, et cela devient un^ course effrénée, pendant laquelle il arrive fréquemment que les liens de paille se relâchent, que les perches se désagrègent , et que le mort roule dans la poussière; on le ramasse alors précipitamment et la course continue jusqu'au bûcher.
Arrivés au lieu où on a coutume de brûler les
cadavres, on commence par creuser une fosse profonde, de la longueur de six pieds, de la largeur de trois ; cet espace de terrain est consacré par des memtrams et de Teau lustrale qu'on répand à profusion. Cette eau consacrée par les prières des brahmes prêtres, dans laquelle ils mettent dissoudre une poignée de seli, un peu de poudre d'encens, de myrrhe et de sandal, a cela de bon qu'elle n'est pas chère-, pour quelques sous vous pouvez largement en asperger votre cadavre et la place où il va être brûlé, et en conserver encore pour l'usage de la famille... car cette eau miraculeuse, non-seulement chasse les âmes en peine et les démons qui rôdent autour du brancard funéraire, mais encore procure aux vivants toutes sortes de félicités... je dois même ajouter pour mon propre compte (n'en ayant usé qu'une seule fois et dans une circonstance spéciale) qu'elle est excellente pour faire la soupe.
Voici à quelle occasion je pus porter ce jugement.
J'étais en chasse entre Pondichéry et Madras, sur les rives du Chounambar, fleuve qui, pendant les mois de sécheresse, a assez l'habitude d'avaler son eau pour se rafraîchir lui-même. Ce jour-là il n'en avait pas même laissé une goutte pour les voyageurs, nous étions au mi-
lieu d'une vaste plaine de sable, et nous interrogions avec anxiété l'horizon ; le soleil n'allait pas tarder à se coucher et nous n'avions pas une seule goutte d'eau pour apaiser notre soif et préparer notre repas.
Au bout de quelques instants de marche, nous rencontrâmes un de ces petits temples, desservis par un seul brahme, comme il en existe dans presque tous les lieux déserts, qui servent cependant de passage soit aux caravanes, soit aux voyageurs isolés.
Nous hâtâmes le pas, et quand, exténués de fatigue, nous demandâmes au desservant de nous donner un peu d'eau, le malheureux fut obligé d'avouer qu'il était dans le même état que nous, le Chounambar ne roulant plus d'eau potable depuis la veille. A notre arrivée, il se disposait à partir avec un âne chargé de deux grandes jarres pour une source qu'il connaissait à deux lieues de là. Je lui donnai un de mes domestiques pour l'accompagner, et je restai seul avec Amoudou à les attendre.
Mon noir se mit à fureter dans le temple et revint au bout d'un moment avec une figure rayonnante.
— Il y a beaucoup d'eau ici, saëb, me dit-il.
— Que dis-tu ?
— Si massa veut venir, il verra qu'Amoudou dit la vérité:.. •
Je le suivis, et au fond du sanctuaire, dans cette partie sacro-sainte du temple où nul mortel n'est admis, j'aperçus une auge de granit noir pleine d'eau. Il y en avait au moins deux cents litres. Cette auge était placée au pied même de la statue de Si va, qui, une épée flamboyante à la main, semblait prêt à châtier notre insolente profanation.
— Mais, malheureux ! fis-je à Amoudou, tu vois bien que c'est Teau sacrée de la pagode...
— - Qu'est-ce que cela fait, massa? me répondit-il... j'en ai goûté, elle est très-bonne.
Ces paroles étaient à peine prononcées que je buvais à même dans l'auge sainte; le desservant avait été si modéré dans l'emploi de ses drogues, que je ne retrouvai ni le goût de l'encens et de la myrrhe, ni celui du sandal, mais simplement une légère amertume, provenant sans doute de la faible quantité de sel que le brahme y avait fait dissoudre.
Amoudou en porta une petite provision aux deux pauvres bufHones qui traînaient ma charrette sans avoir rien bu depuis le matin, et les deux animaux l'avalèrent avec délices, sans se douter certainement des vertus merveilleuses de
l'eau qu' Amoudou leur présentait.
Ceci fait, mon Nubien installa paisiblement la lampe à alcool et son récipient qui me servaient à faire du thé ou du bouillon rapidement, il remplit d'eau lustrale ce dernier et la porta doucement à Tébullition ; dès que ce phénomène se présenta, il introduisit dans le liquide un peu d'extractum carnts de Liebigs', une cuillerée d'extrait de légumes de Cross and Blakwell,purveyors of her most gracions Majesty, et me trempa en quelques minutes une des plus délicieuses soupes que, la fatigue aidant, j'aie mangées de ma vie.
Il n'avait pas eu besoin de la saler !...
Quand la fosse funéraire est ainsi convenableinent préparée, par la prière et l'eau lustrale, on y dresse une pièce de bois, sur laquelle le cadavre est déposé.
Le chef des funérailles prend alors un peu de fiente de vache desséchée, y met le feu et la place tout embrasée sur Testomac du défunt ; pendant ce temps-là, il fait une oblation à toutes les planètes pour* se les rendre favorables.
Il paraît bien que ce feu ainsi allumé sur Testomac du défunt n'avait d'autre but, autrefois, que de bien s'assurer, avant de mettre le feu au bûcher, que la mort était certaine.
Aujourd'hui la plupart de ces cérémonies, dont les plus ridicules sont les mieux observées, ont
perdu pour le prêtre de l'ordre vulgaire, aussi bien que pour la foule, tout sens symbolique, si jamais elles en ont eu un.
Le brahme adresse alors à toutes les parties du corps du défunt,, les prières qui leur sont propres, et Tasperge une dernière fois d'eau lustrale; les assistants en font autant et le fils aîné du mort s'approche pour lui introduire dans la bouche la petite pièce d'or qui lui servira à payer son passage quand il arrivera au fleuve de feu qui barre l'entrée de l'empire de Yama, puis il répand un peu de pantcha-gavia sur le corps, fait le tour du bûcher avec une petite cruche de terre pleine d'eau qu'il répand à mesure, et le tour fini, brise la cruche près de la tête de son père. Cette cérémonie le consacre héritier du défunt.
Le prêtre lui remet alors une torche enflammée •, avant de la recevoir, il est d'usage qu'il fasse encore éclater son aflliction par quelques déclamations de bon goût.
En conséquence, il se frappe la poitrine à coups de poing, se roule par terre en poussant de grands cris et distribue autour du bûcher une série de coups de pied aux démons qui sont censés rôder autour du corps de son parent.
A son exemple les assistants pleurent, hurlent et se tiennent longtemps embrassés les uns
les autres en signe de profonde douleur. Tout cela est réglé comme un cérémonial de ballet. Il se décide enfin à prendre la torche et met le feu aux quatre coins du bûcher.
Aussitôt qu'il est bien allumé, tout le monde se retire, à l'exception des huit brahmes qui ont porté le cadavre et qui doivent rester sur les lieux jusqu'à ce qu'il soit consumé.
L'héritier va alors se baigner sans quitter ses vêtements, et encore tout mouillé, il choisit par terre un lieu propre et y fait cuire dans un vase de terre neuf qu'il doit soigneusement conserver durant les dix jours suivants, du riz et des pois mêlés ensemble.
Dirigeant son intention vers le défunt, il fait par terre une libation d'huile et d'eau, répand au-dessus une libation d'herbe darba, qu'il arrose du même mélange, et sur laquelle il place le riz et les pois cuits ; après les avoir pétris en boule, il fait sa troisième libation, récite des memtrams, puis jette la boule de riz et de pois aux corbeaux, qui sont, dans l'Inde, plus communs, que les mouches, et qui voltigent autour du bûcher avec le désir clairement manifesté par leurs cris de manger un morceau de l'ancêtre qui est en train de rôtir. »
Lorsque le défunt appartient à une famille qui n'a pas les moyens de payer le bois de son
bûcher, on se contente de le flamber légèrement et il devient alors la proie des chacals et des corbeaux. Habitués à ces bonnes aubaines qui leur arrivent de temps en temps, ces derniers animaux ne manquent pas d'accourir en foule autour des bûchers.
Dans Tesprit des Indous, ces sinistres oiseaux ne sont autres que des démons et autres esprit*^ malfaisants déguisés, et Toffrande de riz et de pois qu'on leur fait n'a d'autre but que de les rendre favorables au mort.
S'ils refusaient d'accepter cette pâture, ce serait le signe évident que le défunt, au lieu d'avoir été admis dans le séjour de délices, se trouverait, en dépit de tous les memtrams, de toutes les cérémonies, invocations, prières, purifications, dans un des séjours infernaux.
Il s'agirait alors de l'en tirer au plus tôt. Pour cela, il faudrait d'abord bien fixer le lieu spécial où l'âme du mort se trouve enfermée. Une pareille recherche embarrasserait bien des gens, ce n'est que l'enfance de l'art pour ces gaillards, qui ont l'habitude de faire parler le ciel à volonté et de vendre des places pour le céleste séjour.
Le prêtre déclarant cependant que le cas est grave, on interrompt le cours des cérémonies ; il prend alors une des boulettes de pois et de riz, et la pétrissant de nouveau, il la jette par
petits morceaux au corbeau qui se trouve le plus rapproché de lui, et il compte les morceaux; dès qu'un second corbeau en enlève un seul à celui à qui ils sont destinés, le brahme s'arrête de distribuer du riz et de compter. Si le premier corbeau en a mangé sept sans encombre, c'est le signe évident que Tâme du défunt se trouve enfermée dans le septième cercle infernal.
Pour la faire sortir maintenant de ces sept cercles, ,cela ne va pas être une petite affaire, car il n'en peut franchir qu'un à la fois.
On traite en général à forfait, et moyennant une certaine somme, le prêtre fait franchir à votre parent un cercle par année, par mois, par jour et même par heure, tout dépend du prix qu'on y met.
On a même vu des exemples de gens que leur mauvaise conduite ici-bas avait fait renfermer jusque dans le vingt et unième cercle, en franchir un par minute et même par seconde, mais il faut avoir la fortune d'un commoutys (caste des banquiers) pour se payer ce luxe.
C'est une des plus grandes préoccupations de rindou, de ne pas laisser à la générosité de sa famille le soin de le tirer des griffes des Rakchasas ; aussi est-il dans l'habitude, longtemps avant sa mort, de s'entendre avec le chef des brahmes à ce sujet, et moyennant d'amples do-
nations de terrains, de troupeaux, de grains, d'or, d'argent, de pierres précieuses, il est assuré qu'on ne le laissera ni brûler dans Tenfer . de feu, ni geler dans l'enfer de glace, ni dévorer dans l'enfer des serpents, etc.. Au moment même où il rend le dernier soupir, un brahme envoyé à cet effet se dépêche de prononcer les paroles de la délivrance, paroles magiques d'un pouvoir si souverain, que les dieux eux-mêmes ne peuvent résister à leur influence, et que le défunt, fût-il le plus grand criminel de la terre, est admis à l'instant au séjour de la béatitude. Quand les prêtres ont affaire à des gens naïfs, la peur aidant, ils les ruinent régulièrement, eux et leur famille, avant leur mort.
Après que le cadavre est consumé , les huit brahmes qui étaient restés près du bûcher se rendent au lieu où sont réunies les diverses personnes qui ont assisté aux obsèques, ils font trois fois le tour de l'assemblée, demandant la permission de prendre le bain de la purification, appelé bain du Gange, en l'honneur du fleuve sacré.
C'est une nouvelle occasion de faire appel à la poche des fidèles , car ces brahmes qui ont porté le corps du défunt ne peuvent, après le bain, que revêtir des habits neufs qu'aucun contact ne peut avoir souillés; on les satisfait, et
a88 VOYAGE AU PAYS DES BRAHME».
ils s'en vont tout joyeux avec le prix de leurs vêtements.
Le chef des funérailles invite alors tous les brahmes présents à faire le moritica-suana^ ou bain de la mort. Cette cérémonie a pour but de rafraîchir d'une manière symbolique le corps de leur confrère qui vient d'être livré aux flammes.
On leur distribue à cette occasion du bétel, quelques pièces de monnaie, puis les parents procèdent à la distribution des dassa-dana^ ou des dix dons, à tous les brahmes, d'après leur rang dans la pagode, leur importance dans la cérémonie mortuaire et leur âge.
Tout le monde alors se rend Jusqu'à la porte du défunt , où personne n'entre parce qu'elle est souillée, mais chacun se lave les mains et les pieds à l'étang le plus voisin, et se retire chez soi.
L'hériiier remplit alors de terre un petit vase dans lequel il sème neuf espèces de graines, du riz, du froment, du sésame, du millet et cinq espèces différentes de pois, et il les arrose pour les faire germer plus vite. Ceci va servir pour les cérémonies qui vont se succéder sans interruption pendant une année, et dont je vais signaler les principales.
Une attention d'une haute importance qu'il
faut avoir le jour de la mort, c'est de placer dans le logement du défunt un petit vase plein d'eau, au-dessus duquel on suspend un fil attaché par un bout au toit ou au plancher. Ce fil doit servir d'échelle au pranam^ c'est-à-dire au souffle de vie qui animait le corps du défunt, et qui pen dant dix jours consécutifs descendra par là pour venir apaiser sa soif.
Et pour que le pranam puisse également manger, chaque matin on place auprès du vase une poignée de riz cuit.
Ce n'est que quand toutes ces formalités sont accomplies, que les parents du défunt et les gens de sa maison peuvent enfin prendre un peu de nourriture ; car ils n'ont ni bu ni mangé depuis l'instant où les cérémonies ont commencé.
Le second jour des funérailles, celui qui y préside, accompagné de ses parents et amis, se rend au lieu où le cadavre a été brûlé la veille, là il recommence, avec un brahme officiant, les
mêmes cérémonies.
Tous les brahmes présents prennent de nouveau le moritica-suana, reçoivent du bétel et des cadeaux et se retirent.
L'héritier en retient cependant un auquel il donne deux mesures de riz et une toile neuve pour se vêtir ; il fait ce cadeau à ce prêtre qui le rend immédiatement au défunt dans l'autre
monde. Par Teffet de ses prières , ce dernier, en effet, reçoit un vêtement de lumière et une nourriture célaste.
Le troisième jour, Théritier rassemble de nouveau SCS parents et ses amis chez lui, il fait cuire du riz et des gâteaux, mange avec eux ce frugal repas et retourne au champ mortuaire, où il s'accroupit sur ses talons en tournant sa face du côté de l'Orient ; il fait une invocation aux divinités infernales , puis, muni d'un petit bâton, il fouille dans les cendres et y cherche les petits ossements qui ont échappé aux flammes et les met dans un vase de terre en récitant un memtram.
Puis, ramassant les cendres, il va les jeter dans le fleuve le plus prochain, et à son défaut, dans rétang sacré de la pagode.
Il dresse alors une butte de terre haute de trois coudées, sur le lieu même où le cadavre a été brûlé.
Il prend trois petites pierres : Tune placée au milieu de la butte reçoit le nom du défunt, la seconde au sud le nom de Yama, et la troisième au nord celui de Roudra.
Il leur fait à toutes trois des oblations et leur Verse dessus de Thuile et de Teau.
A ce moment tous les hommes viennent à la file presser dans leurs bras le fils du défunt et pleurer
LES RUINES DE BEDJAPOUR. 2gi
avec lui, et la distribution des cadeaux recommence. Cett€ partie de la cérémonie n'est jamais oubliée.
Comme la veille, un brahme est encore gratifié de provisions de bouche et de vêtements.
Puis on fait cuire du riz pour apaiser les malins esprits qui se dissimulent dans le corps des corbeaux.
Il est d'un intérêt majeur de conserver soigneusement durant dix jours les trois petites pierres, ainsi que la marmite consacrée à la cuisine des esprits; si par malheur on venait à perdre un de ces objets, toute la cérémonie serait à recommencer.
Jusqu'au neuvième jour, c'est-à-dire pendant la neuvaine, on fait chaque jour une répétition exacte de toutes ces cérémonies, établies par les prêtres dans le but évident de pousser à la consommation et de les gorger de cadeaux; car voyez les explications que donne leur rituel appelé Nittia-Carma.
D'après cet ouvrage, la continuité de ces cérémonies a pour but :
I ° D'empêcher que le défunt n'endure la faim et la soif, et ne reste nu ;
2® De faire qu'il se dépouille vite de sa hideuse enveloppe cadavéreuse pour revêtir une belle forme, et que dans sa nouvelle renaissance
il ne soit ni sourd, ni aveugle, ni muet, ni boiteux, ni affecté d'aucune infirmité corporelle.
Le dixième jour, le chef des funérailles fait de bon matin ses ablutions, puis construit dans la cour de son habitation un petit abri de feuillage sous lequel il prépare du riz, des légumes et de Teau de miel ; quand tout cela est prêt, la veuve du défunt, après avoir fait ses ablutions, se peint les paupières avec de Tantimoine, le front avec du vermillon, le cou avec de la poudre de sandal, les bras et les jambes avec du safran ; elle se pare de ses plus riches habillements, de tous ses joyaux, entrelace de fleurs rouges sa chevelure et suspend à son cou des guirlandes de fleurs odoriférantes. Des femmes mariées l^entourent, la serrent Tune après l'autre entre leurs bras et pleurent avec elle.
Le chef des funérailles, pourvu de tout son attirail, et suivi des parents et des amis de la veuve et de ses compagnes, se rend de nouveau au champ funéraire, où se renouvellent toutes les cérémonies préparatoires telles que je les ai décrites.
Il délaye cette fois de la terre avec de Peau et répand à trois reprises cette boue sur les trois pierres, ce qui est accompagné de memtrams, interpellations, sacrifices, offrandes, etc..
Les femmes présentes entourent ensuite de
LES RUINES DE BEDJAPOUR. 2g?>
nouveau la veuve, se frappent en mesure à coups de poing la poitrine et la tête, et poussent à qui mieux mieux des sanglots et des cris déchirants.
Le chef des funérailles fait de nouvelles oblations aux oiseaux de mauvais augure, et une libation d'huile et d^eau sur l'emplacement du bûcher.
Il renferme alors les trois pierres dans le vase de terre qui a joué un si grand rôle pendant ces dix jours, entre avec son fardeau dans un étang consacré, et tournant sa face du côté de l'Orient, il dit en regardant le soleil :
« Jusqu'ici, ces pierres ont représenté le cadavre, puisse-t-il dès ce moment quitter sa forme hideuse pour pren3re celle des dieux ; puisse-t-il être transporté dans le swarga pour y jouir de tous les plaisirs aussi longtemps que le Gange coulera, aussi longtemps que ces pierres existeront. » '
A ces mots, il jette dans Teau, par-dessus sa tête, le vase et les pierres qu'il contient ; puis il fait ses ablutions, revient sur le rivage, fait de nouvelles libations et distribue encore le dassadana.
Ceci fait, et moyennant un cadeau d'importance, il obtient pour ses parents et pour lui la
permission de se raser, chose qu'ils n'ont pu faire durant ces dix jours de grand deuil.
Après toutes ces cérémonies plus ou moins singulières, dont je ne donne qu'une bien courte description,, on fait sur le bord de Tétang sacré une espèce de figure avec de la boue qui est censée représenter le défunt. On lui donne son nom^ et on lui fait une oblation. La veuve arrive alors avec ses compagnes, et sans donner le moindre signe de tristesse, elle se dépouille de ses joyaux et de ses parures, efface les couleurs artificielles dont elle s'était fardé différentes parties du corps, et finit par détacher le tably qu'elle a au cou. Elle va placer toute sa défroque près du morceau de terre qui représente son époux, et prononce ces paroles :
« Je les quitte pour te témoigner mon amour et mon dévouement. »
Ici les gémissements, les marques de regrets et de condoléances recommencent de plus belle.
Le pourohita ou prêtre qui a présidé aux funérailles, vient faire à tous les assistants le pounia-avatchana, ou consécration de l'eau lustrale; il leur fait boire un peu de cette eau et leur en répand quelques gouttes sur la tête.
Ils se trouvent par là purifiés des «ouil-
LES RUINES DE BEDJÂPOUR. 2g 5
lures qu'ils ont contractées par cette participation.
Toutes les personnes présentes reçoivent alors de rhéritier une noix d'areck et une feuille de bétel ; il donne aussi à la veuve une toile blanche, et cette dernière revêt pour la première fois le vêtement des viduva (veuves) qu'elle ne doit plus quitter.
Tout le monde se rend alors à la maison du défunt, où après avoir rendu visite à la lampe qui garde le feu domestique, chacun se rend au bain et rentre chez soi. La veuve soufHe alors cette lampe qu'elle a allumée de ses propres mains en entrant vierge dans le domicile conjugal et qu'elle ne rallumera plus jamais, le mariage des veuves , étant absolument interdit dans l'Inde.
Resté seul, l'héritier va chercher les cinq petits vases de terre dans lesquels il a semé des graines de différentes espèces ; il leur offre une oblation, puis va les jeter dans l'étang consacré.
Le onzième jour, après avoir fait comme d'habitude ses ablutions, il va inviter dix- neuf brahmes pour un sraddha, ou repas funéraire, qu'il leur sert à l'intention du défunt; plaçant ensuite dans une corbeille des vases de terre de différentes grandeurs, dans lesquels il place
de rhuile de sésame, de Therbe darba, du sandal, des fleurs, il se rend au bord de Pétang sacré, accompagné par les brahmesses invités.
Là il creuse un petit fossé qu'il consacre par des memtrams et des aspersions d'eau lustrale ; il y dépose alors ses vases de terre, puis il allume un feu sur lequel il fait une oblation d'huile, d'herbe, de sandal et de fleurs, puis étalant du riz bouilli sur une feuille de bananier, il l'arrose de beurre liquide, le pétrit en petites boulettes, et fait une nouvelle oblation au feu en les jetant dans la flamme. Par cette cérémonie, il demande que le défunt, purifié de tous ses péchés, soit admis dans la demeure céleste.
Il distribue alors l'inévitable dassa-dana aux brahmes, car aucune cérémonie ne peut se terminer sans gorger ces braves gens, et après un bain pris en commun, tout le monde se réunit de nouveau pour assister à la cérémonie de la délivrance du taureau.
Et après avoir choisi un jeune taureau de deux ans, d'une seule couleur, blanc, rouge ou noir, on le fait baigner, puis on le barbouille de poudre de sandal, de safran; on le couvre de guirlandes de fleurs, et on finit par lui imprimer sur la bouche, avec un fer rougi au feu, l'arme de Siva appelée soulah^ qui ressemble à un losange très-allongé.
Le chef des funérailles, s'adressant à ce dieu , lui offre la délivrance de ce^ taureau afin que le défunt soit muni d'une bonne place au swarga ; alors on lâche Tanimal qui est censé devoir, jusqu'à la fin de ses jours, grâce à la protection du dieu dont il porte la marque, vivre libre et pâturer en paix.
Mais c'est un pur symbole. A peine le taureau s'est-il éloigné de quelques pas, que les brahmes s'en emparent et le conduisent à la pagode.
Les dix-neuf prêtres assistants s'asseoient alors sur des escabeaux; Théritier répand devant eux une couche d'herbe darba, leur en remet une tige à chacun en récitant un memtram, en prononçant trois fois le nom du défunt, puis il verse sur la tête de chacun un peu d'huile parfumée et une pincée de sandal, leur fait cadeau à chacun d'une pièce de toile neuve, et de nouveau leur 3ert un abondant repas.
Il doit ne les renvoyer que bien repus et avec des présents si précieux, que tout le monde célèbre sa munificence.
Le repas terminé, il fait de nouveau des boulettes de riz bouilli et renouvelle ses oblations au feu et aux malins esprits.
Le douzième jour, le fils du défunt, et à son défaut l'héritier le plus proche , va inviter huit brahmes et les fait asseoir de front sur autant
d'escabeaux; il en désigne un qui doit repré- . senter fictivement le cadavre du mort, et il lui donne, ainsi qu'aux sept autres, une tige de l'herbe darba avec le cérémonial accoutumé.
Il trace par terre trois carrés qu'il enduit de fiente de vache, qu'il consacre par des prières, de l'eau lustrale, de l'huile et de l'herbe sacrée darba; il fait entrer dans le carré du milieu le brahme qu'il a institué cadavre, lui répand des parfums sur le corps et lui lave les pieds.
Deux autres brahmes entrent alors dans le second carré, et les cinq autres dans le troisième ; il les parfume et leur lave les pieds, à tour de rôle ; puis s' approchant de celui qui joue le rôle de défunt, il lui verse de nouveau de l'huile parfumée dans les mains et sur la tête, en marmottant une série d'invocations, et lui donne de riches pendants d'oreilles, un anneau d'or, deux pièces de toile, une couverture blanche de laine, un chimbou neuf ou vase de cuivre, du bétel, de la poudre de sandal, et lui passe un chapelet autour du cou.
Chacun des sept autres brahmes reçoit deux • pièces de toile, une couverture de laine et un chimbou.
Tous alors prennent place au festin qui leur a été préparé.
Pendant ce temps-là le chef des funérailles
met dans un plat du riz, des légumes, du miel et de rhuile, et avec ce mélange forme quatre boulettes qu'il dépose à terre après avoir prononcé les memtrams de circonstance.
Une de ces boulettes est pour le défunt, l'autre pour Taïeul, la troisième pour le bisaïeul et la quatrième pour le trisaïeul.
En prenant celle du défunt, il dit :
« Jusqu'ici tu as conservé la figure hideuse d'un cadavre : dès ce moment tu vas revêtir la forme divine des ancêtres, et tu habiteras avec eux le pitra-loca (séjour des ancêtres) pour y jouir de toutes sortes de félicités. »
Il divise alors cette boulette en trois parties qu'il incorpore à chacune des trois boulettes restantes, fait avec elles des oblations aux planètes qui ont quelque influence sur la destinée des trépassés, au feu et aux malins esprits ; puis ces offrandes sont données aux vaches sacrées.
Et tout cela se termine encore par le dassadana, ou des distributif ns de cadeaux à tous les brahmes qui ont assisté à ces longues cérémonies.
Le chef des funérailles s'oint alors la tête d'huile, va prendre un bain et revient à la maison bien enveloppé d'un long pagne. Il embrasse ses parents et ses amis assemblés , leur adresse à son tour des paroles de consolation.
il se frotte la tête de sandal, se peint au front les signes de la divinité qu'il vénère le plus dans la Trinité